« Porter la voix de ceux qui n’en ont plus »: une élève avocate rend hommage à l’avocat chinois Gao Zhisheng lors d’une plaidoirie au Mémorial de Caen

Par Sarita Modmesaïb
14 avril 2021
Mis à jour: 10 mai 2021

Lors du concours de plaidoiries des élèves avocats qui s’est déroulé au mémorial de Caen samedi 20 mars 2021, Maud Chavatte s’est distinguée en choisissant de rendre hommage à Gao Zhisheng, l’avocat des droits de l’homme en Chine détenu par le régime chinois.

Maud Chavatte est une élève avocate au parcours atypique et authentique. En effet, si cette jeune femme de 37 ans était la doyenne des 11 finalistes de ce concours, c’est qu’elle a choisi de prioriser d’autres aspects de la vie avant une carrière professionnelle.

Cette maman de trois enfants a enchaîné pendant une bonne dizaine d’années de nombreux petits boulots aussi divers que variés : croupière dans un casino, palefrenière dans un centre équestre, animatrice en zone d’éducation prioritaire… autant d’activités qui révèlent une ouverture d’esprit certaine…

Ayant ensuite décidé de reprendre ses études, Mme Chavatte est maintenant élève avocate à l’école de Poitiers.

« Porter la voix de ceux qui n’en ont plus », tel est le voeu de Maud Chavatte qui a choisi lors de cette plaidoirie, d’aborder le sujet sensible et d’actualité qu’est la disparition de Gao Zhisheng, cet avocat des droits de l’homme, détenu arbitrairement par le PCC et porté disparu depuis 2017.

Gao Zhisheng, celui qui a osé défendre un pratiquant de Falun Gong

Dans sa plaidoirie intitulée L’Enfer du serment, la future avocate décrit dans un premier temps le parcours de celui que beaucoup nomment « l’avocat le plus courageux de Chine », Gao Zhisheng.

« Issu d’une famille pauvre », devenu « orphelin à 11 ans », « obligé de rester 15 ans à travailler dans les mines de charbon » avant de devenir un brillant avocat à 31 ans, Gao Zhisheng a « décidé de consacrer un tiers de son activité à l’aide juridique gratuite pour, dit-il, ‘garder un lien avec la base de la société chinoise' ».

Il va alors « défendre gratuitement les enfants victimes d’erreurs médicales et les personnes défavorisées ».

Mais en 2004, alors qu’il est connu maintenant à l’échelle nationale en Chine,  il ose prendre la défense d’un pratiquant de Falun Gong.

« Le Falun Gong est une philosophie de vie basée sur l’exercice physique et la méditation, reposant sur 3 principes fondamentaux : Vérité, Compassion, Tolérance. Ce n’est ni un parti politique, ni une véritable religion », explique Maud Chavatte.

« Gao Zhisheng découvre alors que ces pratiquants sont persécutés, arrêtés en dehors de toute procédure judiciaire, torturés et systématiquement condamnés. »

« Toute demande émanant d’un pratiquant de Falun Gong sera soldée par une fin de non-recevoir. »

Tentant alors de plaider la cause des pratiquants de Falun Gong, Gao Zhisheng va écrire, entre autres, une lettre ouverte aux dirigeants du Parti communiste chinois. « C’est aussi ce qui marquera le début de l’enfer », souligne Maud Chavatte.

Gao Zhisheng (Tiré de www.transcendingfearfilm.com)

« Fin 2005 débutent les menaces téléphoniques et la surveillance permanente par la police secrète. S’ensuivront la fermeture de son cabinet, le retrait de sa licence d’avocat, puis son premier enlèvement le 15 août 2006. »

« Il est jugé en secret quatre mois plus tard, sans avocat bien sûr, et condamné à trois ans d’emprisonnement, pour subversion, avant d’être libéré fin décembre. »

S’enchaîneront ensuite entre 2006 et 2014 de courtes remises en liberté suivies d’autres enlèvements. Pendant ces rares moments de liberté, Gao Zhisheng en profitera pour dénoncer les tortures subies par lui-même, mais aussi par les pratiquants de Falun Gong.

Le Falun Gong, « réserve d’organes du système de transplantation chinois »

« Ce qu’il ignorait, c’est que ces pratiquants ne sont pas seulement persécutés et torturés. Ils constituent également, avec les Ouighours et d’autres minorités, la réserve d’organes du système de transplantation chinois. »

Maud Chavatte va ainsi rappeler l’historique des enquêtes et mesures prises à l’international face à ces persécutions et à ce trafic d’organes perpétré sur les pratiquants de Falun Gong.

Elle nomme ainsi les spécialistes des droits de l’homme David Matas, David Kilgour et Ethan Gutman, qui ont enquêté sur ces prélèvements d’organes, ainsi que la résolution adoptée en 2013 par le Parlement européen demandant au PCC « de mettre immédiatement fin à la pratique du prélèvement d’organes sur des prisonniers d’opinion et des membres de groupes minoritaires, religieux ou ethniques ».

Mme Chavatte rappelle aussi la création d’un tribunal indépendant, le China Tribunal, sous la direction de Sir Geoffrey Nice, ancien procureur adjoint au tribunal pénal international, « afin de rassembler les preuves et les témoignages. Il a conclu très récemment, en mars 2020, qu’en Chine, le prélèvement forcé d’organes sur des prisonniers d’opinion est pratiqué depuis un certain temps sur un très grand nombre de victimes ! »

« Donc, nous savons… nous savons qu’il s’agit d’une réalité, une réalité qui dure depuis plus de 20 ans ! » assène Mme Chavatte.

« En 1999, débute la répression à l’encontre des pratiquants du Falun Gong.

Dans le même temps, la chirurgie transplantatoire explose en Chine !

Le nombre de centres de transplantation quadruple en quelques années et on passe de quelques centaines de greffes en 1999 à plus de 10 000 en 2008 !

Les sites internet des hôpitaux chinois affirment pouvoir disposer d’organes en une semaine, quand les délais d’attente en France se comptent en mois, voire en années… »

Maud Chavatte évoquera aussi les nombreux témoignages, « édifiants », non seulement de pratiquants de Falun Gong rescapés des geôles chinoises, mais aussi de personnels médicaux ayant eux-mêmes pratiqué des prélèvements d’organes sur des pratiquants vivants.

Enfin, la future avocate va énumérer les différents articles de la Convention internationale des droits de l’homme, adoptée en 1948 par l’ONU, et pourtant systématiquement violée lors de ces crimes perpétrés en Chine. La Chine qui, pourtant, est membre permanent de l’ONU…

« Parce qu’il défendait ces droits, parce qu’il alertait sur leurs violations permanentes dans son pays, maître Gao Zhisheng a disparu pour la dernière fois en août 2017. »

« Personne, à l’exception des autorités chinoises, ne sait à l’heure actuelle où il se trouve et ni même s’il est encore en vie. C’est pourquoi aujourd’hui, je souhaite lui adresser ce message :

Maître, nous ne vous oublions pas, nous marchons dans vos pas… »

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