Pour l’ancien chef du parquet antiterroriste, « on n’ose plus parler d’islamisme » par peur de stigmatiser « des populations »

Par Séraphin Parmentier
10 octobre 2019 Mis à jour: 10 octobre 2019

Une semaine après l’attentat islamiste à la préfecture de police, Alain Marsaud a livré un constat alarmant sur la situation en France, fustigeant la « grande lâcheté » des dirigeants face à la progression du communautarisme et de l’islamisme.

Ancien magistrat, Alain Marsaud a été à la tête du service central de lutte antiterroriste au parquet de Paris dans les années 80. Dans un entretien accordé à Sputnik, il est revenu sur la tuerie perpétrée par le terroriste islamiste Mickaël Harpon à la préfecture de Police le 3 octobre.

« On a commencé par la prudence à l’égard de ces mouvances islamistes radicales, puis c’est devenu – je pense – de la naïveté et j’ai l’impression que ces deux sentiments se sont transformés, notamment chez le personnel politique, en une grande lâcheté ! », souligne M. Marsaud.

Si la France dispose d’un arsenal juridique permettant d’apporter une réponse judiciaire à la menace terroriste, une « bonne vingtaine » de lois antiterroristes et leurs réformes ayant été votées depuis 1986, l’ancien magistrat considère que les responsables politiques ont failli à leur mission de protéger la nation en refusant de les faire appliquer et ce, par lâcheté.

« Ce ne sont pas les réformes législatives qui sont nécessaires aujourd’hui. Je le dis très fermement : on a voté tout ce qui pouvait être voté, c’est simplement avoir le courage de nommer l’ennemi et de prendre toutes les mesures nécessaires pour le vaincre ! »

Et le septuagénaire de fustiger le manque de fermeté et les « mesurettes » à la suite de la vague d’attentats ayant ensanglanté la France en 2015.

« Excusez-moi, mais aujourd’hui vous avez une bonne partie des territoires de la République, autour de la région parisienne, qui sont en train d’échapper à l’autorité de ladite République », confie l’ancien député de la Haute-Vienne.

« Lorsqu’on n’ose plus nommer l’ennemi, on a peu de chances de le vaincre »

Alors que plusieurs ouvrages tels que Inch’allah de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Une France soumise de Georges Bensoussan, Partition d’Alexandre Mendel, ou Les Territoires perdus de la République d’Emmanuel Brenner ont régulièrement alerté sur les dérives communautaires et la montée de l’islamisme dans de nombreuses cités de l’Hexagone, Alain Marsaud n’est « pas certain » qu’il existe « la volonté ni le courage » politiques de reconquérir ces territoires et d’y faire respecter la loi.

« On doit véritablement s’interroger sur les moyens de les reconquérir, s’il est encore temps », ajoute-t-il.

« Lorsqu’on n’ose plus nommer l’ennemi, on a peu de chances de le vaincre. On n’ose plus parler d’islamisme, cela fait peur, il ne faut pas stigmatiser, comme on dit, des populations. Du coup, on n’utilise plus ce terme », poursuit M. Marsaud.

Mais pour l’ancien chef du service antiterroriste du parquet de Paris, les Français sont encore loin d’avoir payé le prix fort de la passivité et de la veulerie de la classe politique française face à l’essor de la menace islamiste, et ce malgré le « triste record » du nombre de victimes d’attentats commis au nom de l’islam sur le territoire national ces dernières années (263 victimes officiellement recensées depuis 2012).

« Il va falloir apprendre à souffrir, je peux vous assurer que les générations à venir vont véritablement souffrir ! C’est épouvantable de dire cela en 2019 »

Alors que 57 chefs d’État membres de la Coopération islamique ont officiellement établi un plan d’action détaillé destiné à définir une stratégie culturelle dont la mise en œuvre doit permettre d’islamiser les sociétés européennes lors de la 9Conférence islamique au sommet organisée à Doha (Quatar) en 2000, Alain Marsaud déplore l’apathie des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays.

« J’ai l’impression que nos politiques sont des ignares »

Une incurie et un laisser-faire coupable qui menacent aujourd’hui de rompre l’héritage culturel et religieux séculaires sur lequel s’est développée la société française.

« Il faut savoir que l’islam est avant tout – il faut bien le dire – une religion de conquête. Il s’agit finalement d’imposer une religion par la conquête, par la conquête des esprits dans un premier temps », explique l’ancien directeur général adjoint de Vivendi.

« Il faut quand même se réveiller ! J’ai l’impression que nos politiques sont des ignares, qu’ils ne se tiennent pas au courant de ce qui se passent dans le monde et ne réagissent pas », ajoute-t-il.

« Je crois qu’il faut les appeler à avoir enfin le courage, à découvrir cette qualité qu’est le courage et mettre fin à toutes ces lâchetés que nous connaissons depuis tant d’années », poursuit M. Marsaud.

Et l’auteur de l’ouvrage Avant de tout oublier de pointer du doigt le clientélisme de nombreux politiques prêts à toutes les infamies pour s’attirer les bonnes grâces du plus grand nombre d’électeurs possible, quitte à accéder aux revendications de minorités communautaristes.

« L’élu, une fois élu, ne pense qu’à une chose: c’est de pouvoir renouveler son mandat. Pour renouveler son mandat, il est souvent prêt à toutes les lâchetés, à toutes les compromissions, à tous les compromis.»

« Ce que craignent nos services de renseignement, c’est qu’un jour sur un mot d’ordre – venu éventuellement de l’étranger – à la même heure sur tout le territoire, des individus déterminés […] se livrent au même moment à des actions homicides. Ce serait un moment extrêmement grave pour la République, avec même des risques de guerre civile », conclut l’ancien magistrat antiterroriste.

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