Pourquoi la candidature de Jean-Marie Bigard profiterait à Macron

Par Gregory Roose
28 mai 2020
Mis à jour: 30 mai 2020

Jean-Marie Bigard s’est dit « intéressé » par l’idée de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2022 face à Emmanuel Macron qu’il considère « déconnecté du Peuple ». Une telle candidature, dont le folklore ferait le bonheur des dépités de la politique et des chaînes d’information en continu, ne profiterait en définitive qu’au candidat Macron.

Chaque scrutin présidentiel charrie son lot de candidatures fantasques, plus ou moins médiatisées, mais beaucoup de candidats autoproclamés n’arrivent cependant pas sur la ligne de départ, ne parvenant pas à franchir le fameux cap des 500 signatures. En 2022, qui voterait pour l’humoriste Jean-Marie Bigard ? Qui aurait intérêt à ce qu’il s’invite dans la campagne présidentielle ? Son fort capital sympathie auprès des Français, entretenu par un verbe brutal qui enrobe une sensibilité attachante, suffirait-il à en faire un candidat crédible et légitime ? Cette question s’est posée pour la candidature d’Emmanuel Macron en 2016, ex-banquier intriguant spécialisé dans le dépeçage de fleurons industriels français, façonné par Jacques Attali, propulsé candidat à la présidentielle sans n’avoir jamais été soumis au suffrage du peuple et dont les meetings électoraux étaient bien moins remplis que les salles de spectacle de l’humoriste.

La question de la crédibilité ne se pose donc pas plus que celle de la légitimité. Il convient plutôt de savoir qui serait le grand gagnant d’une telle candidature. Ce pourrait être celui que Bigard veut défier. Le nouvel échiquier politique français est déstructuré, déstabilisé. La droite LR est fantomatique, la gauche divisée entre les factions populistes, progressistes et écolo-hystériques, le centre, opportuniste. Gageons qu’une candidature de Jean-Marie Bigard à l’élection présidentielle de 2022 affaiblirait les partis politiques qui attirent habituellement le vote contestataire, réactionnaire aux premiers rangs desquels se trouvent le Rassemblement National et la France Insoumise. Emmanuel Macron use de ficelles usées, mais toujours efficaces, qui consistent à faire monter le vote contestataire pour se présenter en seul candidat sérieux, crédible et garant d’une stabilité d’un système que d’autres veulent abattre. Mitterrand l’avait bien compris, et cela lui fut profitable. Une candidature de Bigard, montée notamment en épingle par BFMTV et d’autres médias Macron-compatibles, affaiblirait donc les partis d’oppositions et jouerait en la faveur d’Emmanuel Macron.

Il serait donc sage que Jean-Marie Bigard relègue au rang de bonne blague ses velléités présidentielles au risque de servir celui qu’il veut défier. L’homme mérite mieux que de servir d’idiot utile d’un système qu’il malmène avec une talentueuse gauloiserie.

Grégory Roose intervient régulièrement en tant que chroniqueur pour Valeurs actuelles, Sud Radio, Polémia ou Agoravox, notamment sur les questions d’identité et d’écologie. En 2018, il fonde le site de réinformation en ligne Adoxa.info. Il est l’auteur de Pensée interdites.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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