Pourquoi le président brésilien Jair Bolsonaro refuse-t-il de bloquer l’économie de son pays?

Par Alice Salles
13 mai 2020
Mis à jour: 13 mai 2020

Lorsque les rapports concernant la maladie du Covid-19 ont commencé à faire surface, les médias ont d’abord minimisé les risques. Mais ils n’ont pas tardé à suivre les déclarations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon lesquelles le virus était plus dangereux que la grippe saisonnière et qu’un nombre élevé de cas pourrait s’avérer difficile à gérer pour les systèmes de santé, et les gouvernements du monde entier se sont empressés d’empêcher le virus de se propager rapidement.

Adoptant des mesures de confinement inefficaces, les dirigeants du monde entier ont adopté des directives obligeant les citoyens à rester chez eux et ont ordonné à de nombreuses entreprises de fermer leurs portes.

Aux États-Unis, nous avons pu constater que certains gouverneurs d’État ont rapidement adopté des politiques qui ont entraîné des arrestations, des protestations et un chômage massif. Au Brésil, sous la direction de Jair Messias Bolsonaro, un ancien membre du Congrès surnommé le « Trump des Tropiques », les gouverneurs des États ont suivi les traces des gouverneurs américains, en fermant des entreprises et en arrêtant violemment les personnes qui osaient servir leurs clients.

Jair Bolsonaro a protesté.

Lors de ses interventions à la télévision et de ses points de presse, le président, qui a souvent été condamné pour ne pas avoir porté son masque facial correctement, a répété que le virus n’était pas très dangereux.

« Beaucoup attraperont le coronavirus, qu’ils soient prudents ou non. Cela arrivera tôt ou tard », a-t-il déclaré aux médias. « Nous devons le respecter, prendre notre hygiène personnelle au sérieux, mais nous ne pouvons pas devenir névrosés, comme si c’était la fin du monde. »

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« Il y a beaucoup de gouverneurs, à mon avis, qui prennent des mesures qui vont beaucoup nuire à notre économie. La vie continue, nous ne pouvons pas devenir hystériques ».

Pour tenter de persuader les gouverneurs à changer de cap, le bureau de Bolsonaro a lancé une campagne intitulée Le Brésil ne peut pas s’arrêter, et ses efforts ont été vains puisque la Cour suprême brésilienne (la Cour suprême fédérale) a ordonné la fin de la campagne.

Peu de temps après, les médias américains ont demandé la destitution du président Jair Bolsonaro.

Au Brésil, les critiques ont suivi, les avocats Thiago Santos Aguar de Padua et Jose Rossini Campos do Couto Correa ont déposé une demande de mise en accusation auprès du Congrès, arguant que le président « a commis un crime de responsabilité en allant à l’encontre des recommandations des autorités sanitaires et en participant à des manifestations de masse pendant la pandémie Covid-19″.

Les avocats ont fait référence aux nombreux épisodes où Jair Bolsonaro a été vu en présence de partisans qui se pressaient à l’entrée du palais présidentiel de la capitale pour lui demander de les laisser retourner au travail.

Certaines de ces rencontres ont été émouvantes : les travailleurs ont versé des larmes en expliquant au président qu’ils ne pourraient pas survivre avec une aide financière mensuelle de 600 BR$ fournie par le gouvernement, qu’ils ne voulaient pas de la « charité gouvernementale » et qu’ils voulaient « retourner au travail ».

Mais peu importe ce que voulaient les Brésiliens de la classe ouvrière. Le président s’est trouvé dans l’incapacité de rouvrir unilatéralement l’économie.

Ce qu’il a réussi à faire, cependant, c’est d’empêcher la surveillance gouvernementale de surveiller la plupart des résidents qui ne respectaient pas les règles relatives au confinement.

Empêcher la surveillance de masse

Lors des discussions sur les différentes approches possibles pour faire face à la pandémie début mars, les membres du Congrès américain ont souvent fait référence à la Corée du Sud pour servir de modèle à suivre.

Alors que certains, comme le candidat à la présidence du Parti libertarien, Justin Amash, affirment que la petite nation a bien fait en ne fermant pas l’économie à la suite de la propagation du virus, ils omettent souvent de préciser que la nation coréenne a utilisé des outils de surveillance de masse pour identifier les résidents qui auraient pu être exposés au virus. Le pays a également utilisé le même type de programmes pour promouvoir le dépistage obligatoire.

Dans l’État de São Paulo, le gouverneur João Doria a mis en place un programme de surveillance pour veiller à ce que les habitants restent à leur domicile, en suivant leurs déplacements grâce aux données GPS de leur téléphone portable. Mais lorsqu’on lui a demandé de mettre en place ce système au niveau fédéral, M. Bolsonaro a refusé.

Début avril, le ministre brésilien des Sciences, de la Technologie, de l’Innovation et de la Communication, Marcos Pontes, a déclaré que le président Bolsonaro lui avait demandé de retarder l’utilisation de la surveillance par téléphone portable pour suivre la population.

Pressant M. Pontes d’attendre que l’exécutif ait eu le temps d’évaluer le programme, le ministre a suspendu la mise en place du système de suivi à l’échelle nationale.

En dépit de ce qui pourrait facilement être considéré comme une position en faveur du droit à la vie privée, les membres des groupes « libéraux classiques » du Brésil, dont beaucoup sont maintenant au Congrès, ont continué à dénoncer le président pour son approche « irresponsable » de la crise du coronavirus.

L’OMS change de politique et affirme que les confinements massifs n’ont jamais été un objectif

À la mi-avril, Jair Bolsonaro s’est retrouvé au milieu d’un énième débat politique.

Après avoir congédié le ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta, un ardent défenseur du confinement, Jair Bolsonaro s’est associé à l’ancien ministre de la Justice Sergio Moro, qui avait autorisé en mars dernier la police militaire à arrêter toute personne en infraction avec les règles de l’État relatives au confinement.

Sergio Moro est devenu un nom familier à la suite de l’opération Car Wash, qui a conduit à l’arrestation de plusieurs politiciens impliqués dans un projet de corruption à long terme lié à la compagnie pétrolière du pays, Petrobras. Il a été le juge qui a autorisé l’enquête sur les politiciens corrompus, gagnant ainsi la confiance de la population conservatrice du pays.

Lorsque le président Jair Bolsonaro l’aurait approché pour discuter d’un changement à la direction de la police fédérale, et aurait finalement renvoyé le chef de la police fédérale, M. Moro a démissionné.

Le président Jair Bolosonaro a été la cible de critiques qui ont à la fois dénoncé la stratégie du leader conservateur pour lutter contre la pandémie et sa décision d’interférer avec le travail de Sergio Moro.

L’OMS a changé de ton au moment où cette nouvelle crise se préparait.

Dans une interview accordée fin avril, le Dr Mike Ryan, principal expert de l’OMS en matière d’urgences, a déclaré que la Suède, pays qui n’a jamais émis d’ordonnance de confinement pour la population dans son ensemble, était un « modèle » dans la lutte contre le Covid-19.

Plutôt que d’enfermer les gens, a déclaré M. Ryan, le pays s’est concentré sur les personnes âgées et les personnes vulnérables tout en ne laissant pas l’économie s’arrêter.

« Ce qu’elle a fait différemment, c’est qu’elle s’est beaucoup appuyée sur sa relation avec ses citoyens et sur la capacité et la volonté de ces derniers de mettre en œuvre l’autodétermination et l’autorégulation », a déclaré M. Ryan. « En ce sens, elle a mis en œuvre une politique publique à travers ce partenariat avec la population. »

En d’autres termes, c’est en permettant à la population suédoise de s’autoréguler sur la base des informations fournies par les professionnels de la santé du gouvernement que la stratégie adoptée par le pays a été couronnée de succès.

Que M. Ryan l’admette ou non, cette déclaration va directement à l’encontre de ce que les conseillers de l’OMS ont affirmé dans un passé récent lorsqu’ils ont appelé à une implication massive du gouvernement pour contenir la maladie.

Dans une interview accordée fin mars, Bruce Aylward, le conseiller principal du directeur général de l’OMS, a déclaré que les gouvernements devraient maintenir les populations sous contrôle, ajoutant qu’il était également souhaitable de traquer les citoyens dans le but de les tester.

Il a ensuite fait l’éloge de la Chine, qui était alors encore sous contrôle : « Et si vous regardez la Chine, les 31 provinces, qui ont toutes été touchées à un moment ou à un autre, la plus longue et la plus difficile, bien sûr, a été Wuhan, qui reste confinée. Il aura fallu près de dix semaines pour que la situation s’améliore – tout le mois de février, mars et une grande partie du mois d’avril. »

L’OMS et ses conseillers ont précisément fait ce genre de déclaration, ce qui a incité les critiques du président Jair Bolsonaro à l’attaquer pour avoir refusé de défendre l’arrêt de l’économie.

Maintenant que le Congrès national du Brésil évalue la demande de mise en accusation liée au coronavirus, le président Bolsonaro se bat contre la Cour suprême fédérale, qui interdit sa nomination à la tête de la police fédérale.

Cela donne à ses détracteurs des raisons de prétendre qu’il utilise la lutte contre le coronavirus pour promouvoir une prise de contrôle militaire, en dépit du fait qu’il ne bénéficie pas du soutien total de l’armée.

Au lieu de cela, ceux qui critiquent le président pourraient examiner de plus près le changement d’avis de l’OMS, en profitant de l’occasion pour réévaluer la stratégie adoptée par le président Bolsonaro.

Les Brésiliens se mobilisent contre le confinement

Devant le mécontentement croissant de la population à l’égard du confinement, le gouverneur Doria et le maire de São Paulo, Bruno Covas, ont récemment pris leurs distances par rapport aux discussions de mise en accusation, se concentrant plutôt sur les mesures prises par les responsables locaux et étatiques pour lutter contre le coronavirus. Et pendant le week-end du 1er mai, M. Bolsonaro a été salué par des milliers de manifestants anti-confinement à Brasilia, la capitale du pays.

« La perte d’emplois provoquée par certains gouverneurs est irresponsable et inacceptable. Nous allons en payer le prix fort à l’avenir », a déclaré le président à la foule.

Bien que beaucoup aient utilisé ces protestations pour prétendre que les défenseurs de la dictature militaire essaient d’utiliser le confinement mis en place contre le Covid-19 pour appeler à l’ingérence militaire, le président Bolsonaro a, pour sa part, essayé de lutter contre ce confinement en s’adressant directement aux gouverneurs.

Malgré tous ses efforts, rien n’a fonctionné.

Maintenant que les Brésiliens de la classe ouvrière perdent patience, certains ont même eu recours à la violence, M. Bolsonaro a déclaré aux manifestants ce week-end que, quel que soit l’endroit où les gouverneurs et les membres du pouvoir judiciaire veulent aller avec leurs ordonnances de confinement, il ne les laissera plus « interférer » avec son travail.

« Nous voulons ce qu’il y a de mieux pour le pays. Nous voulons une véritable indépendance des trois branches du pouvoir, et pas seulement un amendement à la Constitution », a-t-il déclaré à la foule.

« Plus d’interférence. Nous n’autoriserons plus d’interférences. Nous n’avons plus de patience. Nous poussons le Brésil à aller de l’avant. »

Il a ajouté qu’il « prie Dieu » pour qu’il n’y ait plus de retour en arrière de la part de la Cour suprême fédérale, et a conclu qu’il ne se contentera pas de « demander », mais qu’il s’assurera que la Constitution soit prise au sérieux.

Chômage et faim, un prix élevé à payer

Il est toujours difficile de deviner les motivations d’un homme politique, mais quoi qu’en dise M. Bolsonaro, il semble motivé pour épargner l’économie brésilienne. Et pour cause. Comme au Mexique, la pauvreté qui sévit au Brésil n’est pas une plaisanterie. Il ne s’agit pas d’acheter une maison plus petite ou de porter des vêtements hors marque. Dans le monde en voie de développement, la pauvreté constitue un risque grave et immédiat pour la vie et l’intégrité physique.

Aux États-Unis, les ordonnances de confinement, qui ont eu un impact important sur la santé des hommes et des femmes qui travaillent à domicile, ont fait grimper le chômage à un niveau record.

Dans les pays en voie de développement comme l’Inde, la faim est aujourd’hui très répandue. Même si les enfants sont les premières victimes du manque total de respect du gouvernement indien pour les principes moraux fondamentaux enracinés dans la nature de l’homme (connus sous le nom de loi naturelle), rares sont ceux qui tentent de plaider pour la liberté et la responsabilité personnelle face à la tyrannie en temps de crise.

Monsieur Bolsonaro a-t-il raison d’essayer de mettre un terme aux mesures de confinement généralisées ? A-t-il raison de vouloir protéger l’économie brésilienne d’une catastrophe potentielle tout en se concentrant sur la protection des personnes vulnérables ?

Les réponses ne sont peut-être pas aussi simples qu’on pourrait le souhaiter. Mais ce qui est incontestablement vrai, c’est qu’aucun gouvernement, qu’il soit local ou fédéral, n’a le droit moral d’empêcher les individus d’échanger entre eux.

Les personnes sont responsables de leur corps et de leur travail. Restreindre leur capacité à agir sur leurs droits est par définition criminel, et c’est la seule raison pour laquelle l’arrêt de l’économie alimenté par le coronavirus n’a jamais été une bonne décision.

Bien qu’il ait défendu une série de politiques défectueuses, le président Bolsonaro est peut-être l’un des rares dirigeants mondiaux à l’avoir compris.

Alice Salles est née et a grandi au Brésil, mais elle vit aux États-Unis depuis plus de dix ans. Elle vit aujourd’hui à Fort Wayne, dans l’Indiana, avec son mari Nick Hankoff et leurs trois enfants.

Cet article a été publié à l’origine sur Mises.org.

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