Pourquoi le stress est-il l’un des meilleurs indicateurs de satisfaction future dans la vie?

Le fait d'accepter le stress et de s'y adapter peut offrir d'importantes perspectives de croissance personnelle.
Par Barry Brownstein
29 novembre 2019 Mis à jour: 30 novembre 2019

« Ma vie est chamboulée, pourquoi ne puis-je pas me ressaisir ?« 

La plupart d’entre nous avons déjà entendu cette phrase dans sa tête ou bien l’a entendue de la part d’autres personnes : « Si seulement je n’avais pas ce problème, tout irait bien. »

Nous nous sentons accablés par ce qui semble être nos seuls problèmes majeurs. Immergés dans un tel état d’esprit, nos actions ne reflètent plus nos valeurs et nos objectifs les plus élevés. Et si, se demande Ryan Holiday, les circonstances défavorables auxquelles nous sommes confrontés offraient « une formule pour prospérer non seulement en dépit de ce qui se passe, mais à cause de cela » ?

Ryan Holiday, dans son livre L’obstacle est le chemin : De l’art éternel de transformer les épreuves en victoires, s’inspire de la sagesse de Marc Aurèle et d’autres philosophes stoïciens. Il souligne qu’Aurélius voyait chaque obstacle, chaque circonstance adverse, « comme une occasion de pratiquer plusieurs vertus : la patience, le courage, l’humilité, la débrouillardise, la raison, la justice et la créativité« . Plus nous pratiquons de vertus, plus nous créons de sens dans notre vie. Résister à nos problèmes signifie que nous renonçons à des occasions de devenir la meilleure version de nous-mêmes.

La beauté de notre vie coexiste souvent avec nos fardeaux. La beauté demeure longtemps après la disparition du problème.

« Les obstacles, dit Ryan Holiday, ne sont pas seulement à prévoir, mais aussi à accepter. Devons-nous incommensurablement les accepter ? Oui, parce que ces obstacles sont en fait des occasions de nous tester, d’essayer de nouvelles choses et, finalement, de triompher. »

L’adversité crée un sens à nos vies

Dans son livre The Upside of Stress (L’avantage du stress), Kelly McGonigal, psychologue de l’Université Stanford, invite ses lecteurs à « prendre un moment pour identifier une période de leur vie qui a été une période de croissance personnelle significative, un point tournant qui a conduit à des changements positifs ou à un nouvel objectif« . Maintenant, considérez ceci : « Décririez-vous aussi cette période comme stressante ? »

La plupart répondent « oui ». Faisant écho à Marc Aurèle, Kelly McGonigal observe : « L’adversité peut créer de la résilience, et le traumatisme inspire souvent de la croissance personnelle. » Persister, explique-t-elle, « c’est maintenir l’optimisme nécessaire à la poursuite du sens, même face à l’adversité« .

Mme McGonigal nous demande de remarquer combien de fois nous voyons le côté négatif des circonstances adverses, en disant « c’est tellement stressant » ou « je suis tellement stressée« . Notre état d’esprit est important. Se basant sur les travaux du professeur de psychologie de Stanford Alia Crum, Mme McGonigal explique que lorsque nous considérons le stress comme nocif, nous « essayons d’échapper au stress ou de le réduire« .

Les tentatives d’évasion peuvent être pires que le problème. Si nous avons un état d’esprit stressant et nuisible, au lieu de nous attaquer aux causes profondes, nous essayons de nous débarrasser de nos sentiments en nous tournant vers le tabagisme, l’alcool, les drogues, la télévision, la consommation excessive d’alcool, la vérification de nos smartphones des milliers de fois par jour et autres distractions.

Il y a une meilleure solution. Les recherches de Crum montrent que ceux qui perçoivent le stress comme une bonne chose considèrent « les situations stressantes comme un défi et non comme un problème accablant« . Le résultat de ce changement d’état d’esprit est plus de productivité au travail, plus de satisfaction dans la vie, « plus d’énergie et moins de problèmes de santé« . Peut-être plus important encore, ceux qui accueillent le stress sont « mieux à même de trouver un sens à leur vie dans des circonstances difficiles« .

Avec la conviction que « le stress peut me faire grandir« , on puise dans « une capacité naturelle de trouver l’espoir, d’exercer ses choix et de leur donner un sens« . Les défis de la vie sont des occasions de faire l’expérience de la « force, de la croissance et de la résilience« .

Les recherches montrent que les gens les plus heureux sont ceux qui ont connu l’adversité. Madame McGonigal ajoute : « Une vie heureuse n’est pas sans stress, et une vie sans stress ne garantit pas non plus le bonheur. Même si la plupart des gens considèrent le stress comme nuisible, des niveaux plus élevés de stress semblent aller de pair avec ce que nous voulons : l’amour, la santé et la satisfaction de notre vie. »

Le stress est l’un des meilleurs indicateurs d’une vie satisfaisante. Pourquoi ? « L’une des raisons est que le stress semble être une conséquence inévitable de l’engagement dans des rôles et de la poursuite d’objectifs qui nourrissent notre sens de l’objectif. » Elle ajoute que « la capacité de trouver un sens à notre vie nous aide à rester motivés face à de grandes difficultés« .

Comment l’adversité a créé un sens dans ma vie

Quand j’étais jeune, je ne savais pas que je bégayais. Des orthophonistes bien intentionnés ont fait de moi un bègue « professionnel » en m’enseignant des techniques qui m’ont permis de me concentrer sur le contrôle de la disfluence. Quand je suis arrivé au lycée, j’avais peur de parler en classe par peur d’être intimidé.

Un concept de soi en tant que bègue s’est pleinement formé. Lorsqu’un défi d’élocution se profilait à l’horizon, des pensées anxieuses me rongeaient l’esprit. Si seulement je ne bégayais pas, alors tout irait bien, je n’aurais plus de problème.

Devenir professeur ne m’a pas semblé être le choix de carrière tout désigné, mais je ne doutais pas cependant que l’enseignement était bien ma voie.

À 24 ans, alors que j’étais encore dans les études supérieures, j’ai enseigné mes premiers principes de l’économie. À 32 ans, j’avais gagné le premier des dix prix d’excellence en enseignement.

Les bègues ont de la difficulté à lire en public. Pourtant, je n’ai jamais été tenté d’abréger ou de lire mes notes et mes diapositives PowerPoint. En cours de route, j’ai constaté que le bégaiement s’est estompé lorsque j’étais concentré sur l’extérieur, complètement présent dans la salle de classe, répondant à ce qui était nécessaire à ce moment-là et dans ce lieu. D’une certaine manière, on peut dire que le bégaiement a amélioré mon enseignement.

Ces premières années en tant que professeur ont été particulièrement stressantes. Pourtant, je savais qu’il y avait plus dans la vie que ma propre souffrance mentale, et cette prise de conscience m’a ouvert à un intérêt sans renouvelé pour le développement humain et la spiritualité. Comme l’écrit McGonigal :

« Les êtres humains ont un instinct inné et la capacité de donner un sens à leur souffrance. Cet instinct est même une réaction biologique à la gestion du stress, bien que souvent vécu comme une rumination, une quête spirituelle ou encore comme un examen de conscience. Les circonstances stressantes éveillent ce processus en nous. C’est une raison de plus pour laquelle une vie stressante est souvent une vie satisfaisante ; le stress nous met au défi de trouver un sens à notre vie. »

Le succès en classe m’a incité à enseigner davantage de cours dans le cadre du programme de Master. Par conséquent, j’ai développé un deuxième domaine d’expertise en développement de soi, ce qui m’a permis d’offrir des ateliers enrichissants.

Le bégaiement n’a pas disparu de ma vie, mais il occupe moins mon esprit. J’ai bénéficié d’avoir travaillé avec l’orthophoniste Barbara Dahm. Madame Dahm a étudié la façon dont les locuteurs normaux transforment spontanément la pensée en parole audible. Au lieu de combattre l’incompétence avec plus de contrôle, son approche aide à éliminer les obstacles qu’un bègue s’est créé lui-même dans le processus naturel de la parole.

Le bégaiement m’a-t-il aidé à donner plus de sens à ma vie ? Marc Aurèle aurait certainement dit que oui, l’adversité m’a poussé en avant : « L’obstacle à l’action fait avancer l’action. Ce qui se trouve sur le chemin devient le chemin. »

Dans le poignant épisode « Tapestry » de Star Trek : The Next Generation, le capitaine Picard a l’occasion de revivre et de changer un incident passé dans sa vie, un incident pour lequel il a longtemps regretté ses actions. Un fil dans la tapisserie de sa vie est tiré, et les capacités de leadership de Picard sont diminuées. Dans cette vie alternative, au lieu de devenir capitaine, Picard est un officier subalterne peu remarquable. Sa leçon apprise, la trajectoire de la vie de Picard est restaurée.

Il peut sembler qu’une vie sans adversité serait un chemin plus facile, mais la richesse de notre vie serait-elle perdue ?

Connectez-vous à vos valeurs

Mme McGonigal rend compte des recherches des psychologues Geoffrey Cohen et David Sherman. Une simple intervention par l’écrit sur vos valeurs conduit à un gain énorme dans votre capacité à faire face à l’adversité :

« Lorsque les valeurs des gens leur apparaissent clairement, ils sont davantage susceptibles de croire qu’ils peuvent améliorer leur situation par l’effort et le soutien des autres. Cela les rend plus enclins à prendre des mesures positives et moins susceptibles d’utiliser des stratégies d’adaptation pour éviter ce qui les gêne, comme la procrastination ou le déni. Ils sont aussi plus enclins à considérer l’adversité qu’ils traversent comme temporaire, et moins incités à penser que le problème révèle quelque chose d’inaltérablement insupportable sur eux-mêmes ou sur leur vie. »

Les gens peuvent passer leur vie à chercher des solutions permanentes pour atténuer les sentiments de stress dans leur vie. De telles solutions peuvent sembler très proches ; en réalité, elles sont hors de portée. Aurelius a conseillé de regarder dans une autre direction : « Un jugement objectif, à ce moment précis. Action désintéressée, à ce moment précis. Acceptation de tous les événements extérieurs, à ce moment précis. C’est tout ce dont tu as besoin. »

Madame McGonigal observe que la vie n’est pas « pas une vie sans adversité, ni difficultés« . Elle écrit : « Bien que beaucoup de gens idéalisent une vie sans adversité, ceux qui en ont une sont moins heureux et en bonne santé que ceux qui ont connu quelques difficultés« .

Nous pouvons utiliser l’adversité pour trouver plus de sens. Fait encourageant, Mme McGonigal écrit :

« Le bien qui vient des expériences difficiles ne vient pas de l’événement stressant ou traumatisant lui-même. Il provient de nous-même, des forces qui sont éveillées en nous par l’adversité, et c’est la capacité humaine naturelle à rendre la souffrance compréhensible. »

Dans Man’s Search for Meaning (L’homme en quête de sens), Viktor Frankl nous a appris à trouver l’espoir et le sens dans une grande adversité. « Chaque homme, écrit-il, est interrogé par la vie ; et il ne peut répondre à la vie qu’en répondant au sens de sa propre vie ; à sa propre vie il ne peut répondre qu’en étant responsable. » Nous pouvons tous prendre conscience des forces qui résident en nous.

Barry Brownstein est auteur et professeur émérite d’économie et de leadership à l’université de Baltimore.

RECOMMANDÉ