Un prisonnier d’opinion tué à la suite d’un prélèvement d’organes forcé – sa fille réussit à s’évader de Chine pour témoigner

17 février 2019 Mis à jour: 9 juillet 2019

Dix voitures de police ont accompagné un petit groupe de la famille pour aller voir le corps de Han Jun Qing. Aucun journaliste ni caméra n’a été autorisé sur les lieux.

Mais sa fille, Han Yu, n’a pas besoin de photo ou d’article pour raconter exactement ce qu’elle a vu ce jour-là.

Dans une interview avec Han Yu, elle a dit : « Le corps de mon père était extrêmement mince. Il y avait des blessures sur son visage. Il manquait des tissus sous son oeil gauche. Son visage présentait des ecchymoses vertes et violettes. »

« J’ai vu une longue incision au couteau, cousue avec du fil noir, commençant à sa gorge, et descendant jusqu’à sa poitrine, et ses vêtements recouvraient le reste. J’ai essayé d’enlever sa chemise pour voir où l’incision se terminait, mais la police m’a arrêtée et m’a forcée à partir. »

Une ancienne photo de Han Jun Qing. (Photo fournie par Han Yu)

Seulement deux personnes à la fois ont été autorisées à entrer dans la pièce où gisait le corps froid de Jun Qing, sous la surveillance de deux policiers, tandis que des agents en uniforme entouraient le complexe à l’extérieur.

« Plus tard, ma tante et mon oncle sont entrés et ont ouvert de force les boutons de sa chemise. Ils ont vu que l’incision s’étendait de son cou jusqu’à son abdomen – une blessure au couteau très évidente. »

« Ils ont appuyé sur son ventre et ont découvert que l’intérieur de son abdomen n’avait pas d’organes, qu’il était plein de glace. Son corps a donc mis deux fois plus de temps à s’incinérer que le corps d’un homme ordinaire. »

À l’époque, le monde ignorait encore que le Parti communiste chinois pratiquait secrètement le prélèvement forcé d’organes sur les prisonniers d’opinion – une pratique qui s’est poursuivie sans relâche jusqu’à nos jours.

Le document fourni par la police de Pékin indique que les charges contre Han Jun Qing ont été retirées car il est décédé en détention. (Image fournie par Han Yu)

La persécution

Lorsque le père de Han Yu a été arrêté pour la première fois, son frère et elle ont vu la police le traîner par la porte et saccager leur maison. À l’époque, elle avait 14 ans, c’était une étudiante qui menait une vie normale.

« J’ai dit à la police : ‘Vous arrêtez une bonne personne’, et il a levé la main pour me frapper (…) Après environ un mois, ils ont arrêté ma belle-mère aussi, alors il n’y avait que mon frère et moi à la maison. »

Les parents de Han Yu ont été arrêtés pour avoir pratiqué le Falun Gong, une discipline spirituelle qui enseigne des vertus, notamment des principes moraux, avec des éléments bouddhistes et taoïstes. La pratique implique la méditation et s’inspire des pratiques de culture traditionnelles chinoises telles que le qigong, consistant en de mouvements physiques doux.

Le Falun Gong était pratiqué librement en Chine jusqu’en 1999, date à laquelle le dirigeant du Parti communiste chinois, Jiang Zemin, a lancé une campagne systématique pour diffamer et détruire le Falun Gong.

La police a saccagé la maison de Han Yu et confisqué tout le matériel relatif à cette pratique spirituelle.

Mais la police ne voulait toujours pas laisser la famille tranquille. Un jour, Han Yu a reçu un appel téléphonique d’une pratiquante de Falun Gong qui lui a demandé de passer la nuit chez elle. Quand Han Yun est allée la chercher le lendemain, elle a remarqué une voiture de police qui la suivait dans la rue. Elle est rentrée chez elle après avoir fait le tour du pâté de maisons.

Dans l’heure qui a suivi, plusieurs policiers sont arrivés à sa porte et sont entrés de force à l’intérieur, fouillant les lieux et l’interrogeant sur l’endroit où elle était allée et sur ce qu’elle avait fait. La pratiquante de Falun Gong qui avait demandé à rester avec elle n’a jamais rappelé.

« Même sans mes parents à la maison, ils me harcelaient encore. C’est là que j’ai vraiment eu peur de la police. »

À l’école, les parents de autres enfants ont dit à leurs enfants d’éviter Han Yu et son frère de peur que leurs familles ne soient impliquées.

Pendant cette période, son frère de 9 ans est devenu très introverti et a commencé à manquer l’école. « Il a souffert plus que moi parce qu’il était très jeune », dit Han Yu.

Lorsque son père est finalement rentré a la maison, il n’était plus le même homme que celui qui était allé en prison en jurant de respecter ses croyances. Il avait repris de vieilles habitudes qu’il avait abandonnées il y a de nombreuses années après s’être consacré à la pratique spirituelle. Son mauvais caractère était revenu, ainsi que ses habitudes de jeu et sa consommation excessive de cigarettes et d’alcool. Avant de pratiquer le Falun Dafa, il était un malfaiteur bien connu dans la communauté locale.

« Quand il a commencé à pratiquer le Falun Gong, toute l’atmosphère familiale a changé », a dit Han Yu. « À cette époque, j’étais plus heureuse que jamais. »

Son père est revenu de prison avec des histoires de torture. Il était souvent battu par les gardes. Une fois, il a été frappé simultanément avec dix matraques électriques.

Après que son père a guéri, il a de nouveau renoncé à ses mauvaises habitudes et a juré de maintenir sa foi dans le Falun Gong. Bien qu’il ne le savait pas à l’époque, cela allait lui coûter la vie.

Han Jun Qing est décédé le 4 mai 2004, trois mois après avoir été arrêté pour la deuxième et dernière fois.

Han Yu n’était pas au courant de l’incarcération de son père car elle ne vivait plus à la maison. Un jour, elle a reçu un appel.

« J’étais en état de choc. De panique. Je ne pouvais pas accepter la réalité. »

« Je ne pouvais pas croire qu’ils avaient tué mon père. Je pensais que l’appel avait été fait par erreur. Mais pas jusqu’à ce que je voie son corps, n’est-ce pas… »

La voix de Han Yu s’interrompit brusquement, faisant une grave pause. « Je ne pouvais pas le croire jusqu’à ce que je voie son corps et qu’il soit vraiment parti. À ce moment-là, j’ai perdu la tête. Je ne pouvais pas dormir, et quand je le faisais, je faisais des cauchemars. »

« Je rêvais souvent de mon père. »

Après la mort de son père, sa belle-mère a été libérée de prison. Mais ce qu’elle avait vécu était suffisant pour la terrifier et l’empêcher de pratiquer à nouveau ses croyances.

Une ancienne photo de Han Jun Qing. (Photo fournie par Han Yu)

Un voyage vers l’Ouest pour trouver la liberté

Enfant, Han Yu pratiquait le Falun Dafa avec ses parents. Après la mort de son père, elle a arrêté de pratiquer. Puis, une nuit de 2013, Han Yu a rêvé de son père.

« Mon père dans le rêve était tout à fait différent. Il avait l’air très sain et alerte, et il a dit qu’il voulait m’emmener quelque part. Je lui ai demandé où, et il m’a dit de venir avec lui. »

« Il m’a amené devant deux ascenseurs. L’un montait, l’autre descendait. Il se tenait avec moi devant celui qui montait. Il essayait de me dire de trouver ce que j’avais perdu, et de rester fidèle à mes croyances. »

Peu après son rêve, Han Yu s’est rendue à Hong Kong, où elle a été bouleversée de découvrir qu’il y avait encore des pratiquants de Falun Dafa dans les rues, dénonçant le mal qui les avait persécutés et diffusant la vérité sur la propagande communiste.

Elle décida de reprendre sa foi une fois de plus.

Han Yu pratiquant l’exercice de méditation du Falun Gong. (Photo fournie par Han Yu)

En 2015, Han Yu s’est rendue aux États-Unis pour assister à un rassemblement de pratiquants de Falun Gong du monde entier. À son retour en Chine 5 jours plus tard, elle a été arrêtée avec son colocataire et son propriétaire, qui étaient également des pratiquants.

Elle a été interrogée au poste de police au sujet de son bref séjour aux États-Unis et enchaînée à une chaise en métal sans rien avoir à manger ni à boire pendant une journée entière.

La police l’a finalement relâchée parce qu’elle n’avait pas suffisamment de preuves qu’elle pratiquait le Falun Gong.

Cependant, Han Yu savait qu’il était temps de partir.

Les lieux de travail chinois exigent maintenant que les employés fournissent leur numéro de sécurité sociale, et les téléphones des citoyens font l’objet d’une surveillance.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle avait choisi les États-Unis pour asile, Han Yu a ri. « Pourquoi les États-Unis ? »

« Parce que c’est libre. »

Le 15 octobre 2018, Han Yu, alors âgé de 33 ans, est arrivée à New York.

« Mon premier sentiment en venant ici, c’est la liberté. En Chine, j’ai dû être extrêmement prudente en lisant un livre de Falun Dafa – je ne pouvais jamais l’emmener dehors. Ici, je peux lire le livre dans le métro, faire les exercices dans les parcs, et même pratiquer les exercices devant l’ambassade de Chine. Je n’ai pas à m’inquiéter d’être arrêtée ou persécutée. »

« Mais pour être honnête, il y a encore une partie de moi qui n’a pas échappé à la Chine, car je ressens toujours une peur irrationnelle chaque fois que je vois la police. »

Aujourd’hui, chaque jour de semaine, qu’il pleuve ou neige, Han Yu se tient debout devant l’ambassade de Chine, brandissant des banderoles et distribuant des tracts à d’innombrables étrangers avec ses propres efforts pour répandre la vérité sur ses convictions et dénoncer les maux perpétrés par le gouvernement chinois.

Han Yu pratiquant un exercice de Falun Gong devant l’ambassade de Chine à New York avec d’autres pratiquants. Devant eux, on peut lire sur la bannière : « Le Falun Dafa est bon. »  (Photo fournie par Han Yu)

Elle espère qu’un jour que justice sera faite pour les responsables de la mort de son père.

Lors de la mise en place des mesures répressives, Jiang Zemin a déclaré ce qui suit : « Diffamez leur réputation, ruinez-les financièrement, détruisez-les physiquement. »

Il a introduit des politiques génocidaires à mettre en œuvre par ce que l’on appelle le « Bureau 610 ». Il s’agit par exemple des politiques suivantes : « Aucune mesure n’est trop excessive », « Aucune responsabilité en cas de coups à mort », « Considérez que mourir à la suite de sévisses physiques est un suicide » et « Incinérez le corps immédiatement sans confirmer l’identité ».

Pourtant, malgré tout ce qu’elle a souffert aux mains de la police chinoise, Han Yu a dit : « J’ai l’impression… qu’en fait, la police est plutôt pitoyable. Ils ne savent vraiment pas la vérité. Ils pensent que ce en quoi ils croient est juste – parce que les gens sont encouragés à ne pas penser indépendamment en Chine. »

« S’ils connaissaient le genre de personnes que nous sommes, ils ne nous persécuteraient pas comme ça. »

Han Yu se souvient de son père avec fierté alors qu’elle prend son manteau. « Jusqu’à la fin, il n’a pas cédé à la persécution et s’en est tenu à ses croyances. »

« Je m’accrocherai aussi à mes croyances et je répandrai la vérité partout – pour sauver un plus grand nombre de personnes vivant en Chine qui sont persécutées pour ce en quoi elles croient. J’ai encore des amis en prison. »

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