Canada: le prix de la démocratie est la liberté d’expression pour nos opposants

Par Gerry Bowler
18 juin 2020
Mis à jour: 18 juin 2020

Un certain nombre de Canadiens semblent avoir du mal à écouter les personnes avec lesquelles ils ne sont pas d’accord.

Les journalistes du National Post se sont récemment plaints à leurs rédacteurs en chef qu’une chronique de Rex Murphy, dans laquelle il affirmait que le Canada n’était pas une société raciste, était mal soignée, ignorante et déshumanisante pour les personnes d’origine africaine et les indigènes. Ils ont affirmé qu’en publiant un tel article, le journal donnait aux journalistes d’origine africaine le sentiment d’être indésirables. Une « discussion ouverte » de deux heures sur le racisme au National Post s’en est suivie.

À Edmonton, un professeur d’anthropologie a été licencié de son poste administratif parce qu’elle croyait en la réalité du sexe biologique et qu’elle remettait en question le fait d’autoriser les femmes transgenres dans les prisons pour femmes. Apparemment, cela avait mis certains étudiants « mal à l’aise ». Un responsable de l’Institut des études et services pour les minorités sexuelles de l’Université de l’Alberta a affirmé que le licenciement du professeur ne violait pas la liberté de l’enseignement, qui ne concerne apparemment pas l’expression d’opinions aussi dégradantes.

L’avocate Danielle Robitaille a été contrainte d’annuler une conférence à l’université Wilfrid Laurier en raison des menaces de manifestants étudiants qui disaient que sa présence sur le campus pourrait traumatiser les victimes d’agressions sexuelles. Son crime était d’avoir représenté légalement Jian Ghomeshi, qui avait été acquitté de ces charges.

Les universités canadiennes sont réputées pour empêcher la venue d’orateurs dont les idées vont à l’encontre du courant culturel prédominant et auxquels s’opposent les étudiants activistes. Si ces groupes menacent de perturber la situation, les administrateurs réagissent non pas en garantissant la liberté d’expression, mais en exigeant des frais de sécurité énormes (28 000 $ dans un cas) – octroyant ainsi aux manifestants un « veto de chahuteur ».

Ces dernières années, les exemples de ce type de comportement se sont multipliés en Amérique du Nord : des orateurs ont été agressés physiquement, des réunions ont été perturbées, des comédiens ont été accusés de crimes haineux et des personnes ayant des points de vue divergents sur le climat, le sexe et la race ont perdu leurs plateformes et leurs postes. Lorsqu’un historien apprend l’existence de tels événements, il se sent mal à l’aise.

Les révolutionnaires français qui se sont vu accorder les droits d’une presse libre et d’une discussion sans entrave dans la nouvelle constitution de 1789 se sont empressés de priver leurs opposants de ces droits chaque fois que leur faction est arrivée au pouvoir. La loi de 1793 sur les suspects interdit de parler durement des autorités, de « tromper l’opinion » ou de « corrompre la conscience publique ». Très vite, ces radicaux ont été eux-mêmes condamnés pour avoir heurté la sensibilité de la clique qui les avait évincés.

Pendant les années qui ont précédé la prise du pouvoir par les nazis, la politique en Allemagne était souvent menée par l’intimidation. Les paramilitaires rivaux, tels que le Sturmabteilung nazi, la Ligue des combattants du front rouge communiste, les Casques d’acier et les sociaux-démocrates du Reichsbanner, se sont donné pour mission de tabasser les orateurs rivaux, de détruire leurs presses à imprimer et d’empêcher la distribution de matériel d’opposition. Lorsque Hitler est arrivé au pouvoir en 1933, il n’a pas fallu longtemps pour que la liberté d’expression soit totalement abolie.

Dans les pays communistes comme Cuba, la liberté n’est pas considérée comme un moyen d’encourager une discussion ouverte ou de promouvoir des réformes ; on est seulement libre de faire ou de dire ce que le parti au pouvoir juge être dans l’intérêt du pays. Au Tibet, un homme qui a tenté de débattre avec un fonctionnaire dans le cadre d’une « campagne de rééducation » a été condamné à trois ans de « rééducation par le travail ». Les autorités communistes laotiennes ont arrêté un jeune militant écologiste qui utilisait Facebook pour demander de l’aide pour les victimes d’inondations. Cela contredisait la ligne du gouvernement selon laquelle tout allait bien, et il a été condamné à cinq ans de prison pour avoir diffusé de la « propagande anti-étatique ».

La Chine interdit de discuter des événements qui se sont produits sur la place Tian’anmen en 1989 et réglemente l’internet pour s’en assurer, mais c’est le moindre des péchés de ce pays contre la liberté : leurs camps d’esclavage de laogai sont remplis de dissidents politiques et de ceux qui ont appelé à la liberté religieuse.

Dans des pays comme le Canada, la censure est le plus souvent utilisée comme une arme par ceux qui prétendent en être victimes : l’effet « pleurnichard ». Certaines minorités raciales ou sexuelles et leurs défenseurs accusent leurs adversaires d’encourager la « haine » et comme aucune personne décente ne peut soutenir la haine, cette technique dépeint leurs adversaires comme des bigots dont les opinions peuvent être ignorées ou déformées par les médias. Les groupes de pression exigent que les campus universitaires soient des « espaces sûrs » où ils peuvent s’attendre à être affranchis de toute opinion offensante.

La liberté d’expression n’est pas seulement un droit abstrait – c’est la façon dont une société saine résout ses problèmes. L’information est le pouvoir, et nous ne devrions pas encourager sa suppression par des entreprises, des politiciens, des groupes de pression ou des personnes qui prétendent être « mal à l’aise ». Comme l’a montré Nadine Strossen de l’Union américaine des libertés civiles dans son livre HATE : Why We Should Resist It with Free Speech, Not Censorship (la haine : pourquoi nous devrions lui résister avec la liberté d’expression, et non avec la censure), légiférer contre les opinions dissidentes est au mieux inefficace et souvent contre-productif.

Les idées controversées ou minoritaires ne disparaissent pas simplement parce qu’elles sont réprimées par des brutes, des foules d’ultra ou des diktats du gouvernement, et un pays qui permet de faire taire la diversité perd sa prétention à être une démocratie.

Gerry Bowler est un historien canadien et un membre haut placé du Frontier Centre for Public Policy.

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