Le prix de la pollution en France

12 décembre 2016 Mis à jour: 14 décembre 2016

48 000 : c’est le nombre de décès prématurés en France chaque année du fait de la pollution de l’air. La semaine passée aura été exceptionnelle avec le plus long épisode de pollution hivernale depuis dix ans en région parisienne, mais aussi dans le reste de la France, avec la région lyonnaise et le couloir rhodanien.

Si les causes de cette pollution hivernale sont bien humaines – l’émission de particules fines issues des véhicules diesel, entre autres, le chauffage au bois, le fioul – la durée de sa persistance est d’ordre météorologique, puisqu’un anticyclone s’est installé sur le territoire, chassant toutes les perturbations et maintenant les polluants dans le bassin parisien.

Un impact en deux temps sur la santé

Dès mardi 6 décembre, le seuil d’alerte aux particules fines (PM10, soit un diamètre inférieur à 10 microns) a été dépassé, avec plus de 80 microgrammes de particules au mètre cube d’air.

L’agence Santé publique France a rappelé pourtant que ce ne sont pas tant les pics de pollution qui sont nocifs pour la santé que l’exposition quotidienne à des taux moins élevés. Selon Sylvia Medina, médecin épidémiologiste et responsable du programme « Air et Santé » à l’agence Santé publique France, « les pics de pollution ont bien un effet sur notre santé mais comme ils concernent un nombre de jours limités, ils pèsent moins lourds dans l’impact global de la pollution sur notre santé que l’exposition chronique ».

Les PM2.5 traversent les alvéoles pulmonaires et même la barrière placentaire.

L’impact de la pollution se mesurerait donc en deux temps sur la santé. Lors des pics, l’impact se traduira par des irritations des yeux ou de la gorge, entrainant toux et rhinites, voire pour les plus fragiles, bronchites ou crises d’asthme. Les complications respiratoires ou cardiovasculaires ne sont pas non plus à exclure. En effet, les études ont montré que les particules les plus fines, les PM2.5, ces particules de diamètre inférieur à 2,5 microns, peuvent traverser les alvéoles pulmonaires, passer dans la circulation sanguine et même la barrière placentaire.

C’est sur le long terme que les conséquences sont les plus nocives, induisant « des maladies graves, comme un cancer du poumon, des maladies cardiorespiratoires, des altérations cognitives chez l’enfant et des maladies neurologiques chez les personnes âgées, telles Alzheimer », précise le docteur Medina.

Le coût de cette pollution

L’une des principales mesures immédiates prises pour faire face à ce pic de pollution a été la mise en place de la circulation alternée dans Paris et 22 communes limitrophes, entre mardi et vendredi dernier. Cette mesure s’est accompagnée de la gratuité des transports publics ainsi que du stationnement, entrainant ainsi un coût supplémentaire de 4 millions d’euros pour la RATP (tickets non achetés, augmentation des rotations de métros et de bus) et la SNCF. À cela s’ajoutent les pertes dues aux péages ou places de stationnement non payées par les automobilistes.

Quant au coût sanitaire dû à l’augmentation des dépenses de santé, il représente de 68 à 97 milliards d’euros en France. C’est un rapport établi par une commission d’enquête sénatoriale, intitulé « Pollution de l’air : le coût de l’inaction », qui a présenté ces chiffres alarmants en juillet 2015, totalisant un coût de 101,3 milliards d’euros par an en France.

En effet, outre l’impact sanitaire, la commission a aussi évalué les conséquences de cette pollution atmosphérique sur l’environnement, les monuments, sur l’absentéisme au travail (65 000 arrêts de travail par an) ou l’agriculture. Ainsi, l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) estime que le rendement du blé en région parisienne est réduit en moyenne de 10% par rapport à une région non polluée, sous l’effet de la pollution à l’ozone.

On semble encore loin de chiffres exacts, comme le rappelait la sénatrice Europe-Ecologie Les Verts Leïla Aïchi, rapporteure de la commission : « Les études jusqu’alors menées comportent d’importantes limites. Elles reposent sur un nombre très restreint de polluants. Les effets cocktail ne sont nullement pris en compte. Et le coût sanitaire de la pollution de l’air intérieur n’est quasiment jamais intégré ».

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