Pékin muselle les journalistes à Wuhan, qui se qualifient eux-mêmes «d’équipe de propagande»

Par Eva Fu
26 mars 2020
Mis à jour: 27 mars 2020

Le régime chinois surveille de près les journalistes des médias d’État depuis le début de l’épidémie du * virus du PCC pour s’assurer que leurs reportages sont en phase avec les récits officiels, a déclaré un ancien journaliste à Epoch Times.

Zhang Zhenyu, un ancien reporter de ifeng, un média pro-Pékin basé à Hong Kong, a révélé les instructions détaillées de Pékin à environ 300 reporters des médias d’État chinois qui ont été envoyés au point zéro de l’épidémie à Wuhan depuis les premiers stades de l’épidémie en janvier. Les révélations provenaient de ses sources travaillant dans ce secteur en Chine.

Il a déclaré que la priorité absolue de ces reporters sur le terrain était de ne pas rapporter de nouvelles négatives.

L’équipe de propagande

Dans toute la Chine, toutes les grandes agences de presse d’État ont envoyé des journalistes à Wuhan pour qu’ils rejoignent la société de presse. Ils doivent rester dans la ville jusqu’à ce que l’épidémie soit terminée, selon Zhang. La nature de leur rôle est si claire qu’en interne, les reporters s’appellent eux-mêmes « l’équipe de propagande », a-t-il déclaré.

Zhang Zhenyu a déclaré que le régime a établi des règles strictes pour garder les journalistes sous contrôle.

Le département de la propagande du régime a ordonné aux reporters de suivre l’exemple de Xinhua, China News Service, et People’s Daily (Le Quotidien du peuple) , les trois principaux organes de presse gérés par l’État chinois, selon Zhang.

Les reporters ne sont pas autorisés à quitter le groupe ou à révéler leurs allées et venues à quiconque à l’extérieur. Personne n’est autorisé à agir à sa propre discrétion, a-t-il déclaré. Leurs emplois du temps sont chargés d’interviews préprogrammées, tandis que les photos de chaque reportage sont soigneusement examinées par les autorités pour approbation.

« La soi-disant société de presse est une laisse nouée autour du cou de chaque journaliste. […] Vous devez aller là où on vous demande d’aller », a déclaré M. Zhang dans une interview. « Ils mangent et vivent ensemble, et agissent de concert, se surveillant mutuellement – c’est en gros le dilemme d’un prisonnier. »

Normalement, en Chine, si un journaliste se trompe de ligne politique, il doit écrire une auto-critique et en général, le média doit intervenir comme tampon pour protéger le journaliste, a déclaré M. Zhang. Par contre, en rassemblant les reporters, le régime enlève en réalité cette protection et peut directement punir quiconque s’écarte de la voie tracée.

« Dans le passé, nous nous échappions dans de telles circonstances, mais dans un endroit comme Wuhan, on ne peut pas s’enfuir même si on le veut. En termes simples, ils sont devenus des pions dans cette société de presse. »

Les directives de Pékin

L’administration du cyberespace de Pékin, la principale agence de censure d’Internet du régime, a émis environ cinq directives aux journalistes, a déclaré M. Zhang, en citant ses contacts depuis la Chine.

Tout d’abord, ils devaient détourner l’attention de la gravité de l’épidémie et souligner la manière dont la ville revient à la normale.

Les journalistes ont également été invités à ne pas signaler de nouveaux cas pour éviter d’alimenter les craintes du public, a déclaré M. Zhang. Au lieu de cela, ils doivent intensifier la couverture de l’aggravation de l’épidémie à l’étranger pour attirer l’attention ailleurs et pour montrer que le mode de gouvernance du régime est supérieur aux systèmes démocratiques à l’étranger.

En outre, un « système d’alarme » a été mis en place pour filtrer les contenus sensibles sur l’internet concernant l’épidémie, a-t-il ajouté. Un document récemment divulgué par la province de Hubei a montré que les fonctionnaires avaient engagé au moins 1 600 censeurs dans la région pour supprimer en temps réel toute remarque critique en ligne.

Avant leur voyage à Wuhan, les journalistes avaient été avertis de ne pas violer les termes du contrat car toute question découlant de leurs erreurs serait une question de sécurité nationale, a déclaré M. Zhang.

Les reporters n’ont pas osé discuter de leur travail même avec leur famille, sachant que leurs téléphones sont probablement sur écoute, selon M. Zhang.

Contrôler le récit, du début à la fin

Après l’échec de son opération de dissimulation initiale et la perte de contrôle de l’épidémie, le régime a commencé à fermer les villes à partir du 23 janvier, une mesure drastique qui a déclenché l’indignation du public, a déclaré Zhang.

Les deux objectifs du Parti communiste chinois, a déclaré M. Zhang, sont de transférer les responsabilités et de transformer l’épidémie en une occasion de se glorifier.

Il a déclaré que Beijing News, un média d’État, a reçu un « avertissement sévère » pour avoir légèrement transgressé les points de discussion officiels dans ses reportages sur les hôpitaux de fortune rapidement construits – un autre sujet trié sur le volet par les autorités.

« Le Parti ne résout pas le problème, mais se débarrasse plutôt de ceux qui ont soulevé les questions, cela est dicté par son système », a-t-il déclaré. « Et résoudre le problème signifie contrôler l’opinion publique. »

Le régime a également fait l’éloge des journalistes des médias d’État pour leur couverture de l’épidémie.

Parmi les premiers reporters à couvrir l’admonestation de la police à Li Wenliang, l’un des premiers médecins du pays à avoir mis en garde contre le danger du virus, nous pouvons citer Liao Jun, une journaliste de l’agence de presse d’État Xinhua.

Elle a également publié plus de 500 articles sous son nom, dont beaucoup reprenaient les affirmations du régime selon lesquelles le virus pouvait être contenu et n’était pas contagieux à ses débuts. Le 8 mars, Pékin a salué Liao comme une héroïne qui « va à contre-courant ».

« Il n’est pas difficile d’imaginer combien de personnes sont derrière elle pour l’aider à produire des articles de désinformation aussi riches », a déclaré M. Zhang.

Il a également dénoncé la campagne de désinformation agressive et persistante du régime, qui vise à donner la fausse impression que la Chine est plus sûre que le reste du monde, et à inciter les Chinois d’outre-mer à revenir en Chine.

Le 24 mars, China Daily a publié une interview d’un étudiant bangladais qui étudie à Wuhan qui s’est « porté volontaire » pour rester dans la ville afin de lutter contre l’épidémie. Il a qualifié la Chine de « meilleur et plus sûr endroit au monde » et a déclaré que le virus « n’est pas lié à la Chine ».

L’administration Trump a récemment désigné China Daily ainsi que quatre autres médias publics, dont Xinhua et China Global Television Network, comme des « missions étrangères », les qualifiant d’« organes de propagande explicite du Parti communiste chinois ».

À la suite de cette désignation, l’administration a réduit le nombre d’employés chinois autorisés à travailler dans les bureaux de ces médias aux États-Unis.

En représailles, le régime chinois a annoncé qu’il expulserait les journalistes américains basés en Chine qui travaillent pour le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait alors déclaré qu’il regrettait la décision du régime de « restreindre encore davantage la capacité du monde à mener des opérations de presse libres, ce qui, franchement, serait vraiment bon pour le peuple chinois […] en ces temps de défi mondial incroyable, où plus d’informations, plus de transparence est ce qui sauvera des vies ».

* « Epoch Times désigne le nouveau coronavirus, responsable de la maladie du Covid-19, comme le « virus du PCC », car la dissimulation et la gestion déplorable du Parti Communiste Chinois (PCC) ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale. »

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