Propagande russe et aide humanitaire en Syrie

17 septembre 2017 Mis à jour: 17 septembre 2017

À l’intérieur d’une clinique médicale mobile en Syrie, un médecin russe prend la tension d’une femme. A ses côtés, son confrère examine une fillette qui semble inconsciente sur un lit roulant.

Cette clinique est l’une des unités médicales militaires installées par la Russie pour mettre en avant son aide humanitaire à la population syrienne, deux ans après son intervention militaire qui a permis au président Bachar al-Assad de reprendre la main face aux rebelles.

« Prenez la moitié de ce comprimé le matin et l’autre moitié le soir », conseille le premier médecin, aidé par un traducteur.

À l’extérieur de la clinique, un officier russe tente de contrôler les patients qui attendent leur tour. Une vieille dame gesticule face au militaire, qui la regarde sans comprendre.

La scène se déroule dans la province centrale de Homs, une des quatre « zones de désescalade » instaurées en Syrie par les Russes et les Iraniens –alliés du régime–, et les Turcs –soutiens de l’opposition– dans le but de parvenir à une paix durable dans le pays en guerre depuis six ans.

Moscou veut se poser autant en faiseur de paix qu’en force humanitaire

La clinique russe a été installée dans une sorte de « zone neutre » entre la localité rebelle de Dar al-Kabira et le territoire contrôlé par les troupes du régime qui tiennent la quasi-totalité de la province de Homs.

Une visite étroitement encadrée par l’armée russe a été organisée pour des journalistes cette semaine dans la zone.

Près de l’unité médicale déambulent des membres de la police militaire russe, chargés de surveiller le cessez-le-feu instauré en vertu de l’accord sur la désescalade conclu en mai.

La clinique se situe près d’un barrage russe, où des officiers syriens sont également visibles, vérifiant les papiers de ceux qui se déplacent entre les côtés loyaliste et rebelle. Les affaires des passants sont fouillées avant de franchir le barrage, décoré côté régime par des portraits du président Assad.

« Les combattants (rebelles) se trouvent à environ 500 mètres de là », explique le colonel Alexander Sazonov, qui supervise le barrage.

« Si vous n’êtes pas un combattant avec du sang sur les mains, vous pouvez passer », ajoute-t-il, faisant état de 10.000 passages par jour.

Le point de contrôle a été mis en place il y a deux mois, et le colonel se réjouit des « signes de changements positifs ». « Aucune violation » n’a été enregistrée d’après lui, alors que l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a fait état d’escarmouches sporadiques.

Une aide bien signalisée

Non loin du barrage, des civils font la queue pour recevoir de l’aide alimentaire déchargée de camions russes frappés de l’inscription: « De l’aide pour la Syrie venue de Russie ».

Du sucre, des céréales et de la viande en conserve, le tout emballé dans des sacs sur lesquels est écrit: « La Russie est avec vous! »

« Il n’y a pas eu d’aide médicale pendant cinq ans, et les gens ne pouvaient pas rencontrer leurs proches », faute de passage entre les zones gouvernementale et rebelle, assure l’officier Sazonov, qui affirme que chaque semaine, 10 tonnes d’aides humanitaires sont distribuées.

Deux files, l’une pour les habitants du côté rebelle, l’autre pour le côté loyaliste, sont formées autour des camions d’aide.

« Je viens toujours ici », indique Nawaf Ramadan, un habitant du secteur tenu par le régime. « On n’a pas beaucoup d’argent pour acheter de la nourriture », poursuit-il.

Les officiers russes s’impliquent aussi côté rebelle. Ils cherchent à communiquer avec des intermédiaires locaux qui peuvent relayer les informations concernant l’arrivée de l’aide, assure à l’AFP un porte-parole de l’armée russe, Igor Konashenkov.

Les zones de désescalade créées à Homs, mais aussi dans la Ghouta orientale proche de Damas, dans le sud et cette semaine dans la province d’Idleb (nord-ouest) ont considérablement fait baisser l’intensité des combats, alors que le conflit en Syrie a fait plus de 330.000 morts.

Pour le porte-parole militaire Konashenkov, la Russie joue un rôle essentiel dans la réconciliation, en servant notamment d’intermédiaire.

Les belligérants disent aux Russes : « on ne veut pas se parler (directement), on va seulement parler aux Russes », fait-il valoir.

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