Qui a peur du grand méchant agriculteur ?

27 juillet 2015
Mis à jour: 27 juillet 2015

 

ÉDITO – Ils crient, ils pleurent, ils envahissent des supermarchés en bandes bruyantes et bourrues, déversent du fumier devant le domicile des préfets, députés et sénateurs. Leur syndicat, FNSEA, a suffisamment de poids pour convoquer des ministres – appelle-t-elle Stéphane Le Foll que celui-ci prend un hélicoptère et se rend à leur rencontre – et voudrait tout : de l’Europe pour des subventions, mais plus d’Europe quand celle-ci crée de la compétition ; de la mondialisation pour exporter du lait et des céréales, mais des frontières étanches quand les importations menacent.

Aux barrages routiers qu’ils ont organisés en Normandie, les hommes de la terre font l’exercice de la pédagogie, tentent d’expliquer leur étranglement par la grande distribution, la détresse de devoir produire toujours plus parce qu’on vend toujours moins cher, la lourdeur des réglementations, la solitude, l’incompréhension de tous. Tout cela avec le même ton bourru qui pourrait paraître menaçant mais a l’avantage de provoquer une écoute attentive – quoiqu’inquiète – des automobilistes, ceux-ci craignant, comme face à un animal sauvage croisé en pleine nature, la réaction imprévue et la charge violente.

Le développement urbain, l’entrée dans la modernité et la technologie ont été si rapides que notre monde rural est presque devenu une « terre inconnue », montrée à la télévision dans des émissions de télé-réalité. Il est intéressant de chercher à comprendre pourquoi le besoin d’amour de cultivateurs au cuir épais et au cœur tendre a permis l’un des plus gros succès d’audience du PAF ; le carton plein des différentes saisons de « L’amour est dans le pré » dit assez la fascination pour ces hommes et femmes qui semblent avoir évolué dans une dimension parallèle à celle des urbains. Mais ce ne sont que des images à la télévision, et il est dans le monde réel aussi difficile pour un hipster parisien de comprendre la terre et qu’on peut communiquer avec ses vaches, ressentir beaucoup sans avoir des mots pour le dire, que pour un agriculteur mayennais de démêler ce qu’apportent aux relations humaines des WhatsApp, Twitter ou Instagram. Question de priorités.

Qui, des urbains ou des ruraux, a raté le train ? Pour un certain triangle parisien imbu de lui-même, il n’y a dans les campagnes qu’une masse qu’on mène aux élections à coups de promesses. Ceci comprend les élections professionnelles par lesquelles les agriculteurs se donnent des fédérations nationales dont les choix désastreux favorisent une agriculture hyper-intensive à visée d’exportation pour ensuite, mais trop tard, tenter de faire reconnaître la qualité de la production hexagonale. Les ruraux pourraient montrer aux urbains qu’ils font l’erreur de se croire en avance alors qu’ils ont pris un train grande vitesse à destination de nulle part. Mais cela demande un choix de modèle : soit cette modernité des « fermes des mille vaches », les volailles en hangars, les animaux stressés et entassés, les engrais à outrance ; soit une agriculture raisonnée pour redonner du goût aux aliments et les valeurs de la terre. Les résultats d’un sondage BVA la semaine dernière montrent que 80 % des Français sont prêts à payer la différence de prix.

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