Qui se cache derrière les Instituts Confucius dont Emmanuel Macron veut faire la promotion en France ?

17 juillet 2019 Mis à jour: 1 août 2019

Les Instituts Confucius sont de véritables armes de propagande et d’espionnage du régime chinois. En France, on en dénombre 16, principalement présents dans les universités. Dans un discours du 12 janvier 2018, le président français Emmanuel Macron a déclaré souhaiter « que nous puissions mutuellement davantage développer la présence et le rôle des Instituts Confucius » lors de d’une déclaration commune avec le leader du régime chinois Xi Jinping.

Mais le président français et les services de la présidence savent-il vraiment ce qui se cache derrière ?

Dans cette interview réalisée par Epoch Times, Göran Lindblad, ancien vice-président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe revient sur la controverse des instituts Confucius et les stratégies utilisées par le régime communiste chinois pour infiltrer les organisations occidentales.

Selon vous, quelle est l’idéologie qui sous-tend les instituts Confucius de Chine dans les universités et les écoles?
La plupart des gens ignorent l’existence des instituts Confucius. La plupart des gens ne connaissent pas la véritable idéologie du régime communiste en Chine. Aujourd’hui, le régime communiste en Chine a combiné le pire de deux idéologies : la répression totale de l’idée communiste – mais en écartant une partie du marxisme. Parce que la Chine n’est même plus une économie de marché ou une économie planifiée, c’est une économie capitaliste brute où aucune législation ne protège l’individu ou la société.

Alors tout peut arriver si le Parti communiste décide de faire ceci ou cela. Et l’ignorance de cela est dangereux. Si nos universités ne sont pas libres et ouvertes à la discussion, nous allons avoir vraiment de très gros problèmes à venir. C’est la même chose pour les écoles et les lycées, si vous avez un lien avec un institut Confucius dans les classes du secondaire, les enfants vont se faire endoctriner dès le plus jeune âge. C’était l’idée de la Hitlerjugend (Jeunesse hitlérienne) en Allemagne à l’époque nazie. C’était l’idée des Pionniers en Union soviétique. Vous avez des organisations de ce type qui existent et qui sont positives comme les boy scouts, mais vous avez aussi des organisations qui font la promotion des idées de l’État ou du parti au pouvoir.

Que sont les instituts Confucius et leurs objectifs ?
Dans les années 1930, Mussolini a créé des instituts de langue italienne dans toute l’Europe et dans d’autres parties du monde. Et les instituts Confucius sont à peu près la même chose : ce sont des centres d’espionnage et des centres de propagande, rien d’autre. L’objectif principal est d’endoctriner les gens et de recueillir des informations pour le régime totalitaire chinois. Ce sont là les deux principaux objectifs, qui ne sont pas exprimés ouvertement.

Et avec des budgets réduits, beaucoup d’universités se sont montrées intéressées à ce que les instituts Confucius financent l’enseignement de la langue chinoise, de la culture chinoise et de toutes ces choses. Idem dans les années 30 avec les instituts de langues de Mussolini. Il y a une différence entre les instituts de différents pays parce qu’ils sont aussi distincts. Ces instituts Confucius sont intégrés dans les universités, ce qui offre une excellente occasion de faire du travail d’infiltration et d’espionnage et dans le même temps endoctriner les étudiants à la pensée communiste.

Tous les enseignants des instituts Confucius sont bien sûr contrôlés depuis Pékin, ce qui est mauvais. J’étais un étudiant en politique dans les années 60 et nous étions très attachés au maintien de la liberté académique. Aussi je pense qu’il est temps de rétablir cette liberté. Qu’il s’agisse des instituts Confucius ou d’une autre entreprise – ou même d’un grand groupe qui finance des recherches. C’est un peu délicat, vous devez savoir à qui vous avez affaire et d’où vient l’argent. Par exemple, si le fabricant de cigarettes Philip Morris parraine la recherche sur le tabac, je ne ferais pas confiance à cette recherche… c’est même chose ici.

Il y a des infiltrations et des recherches sur ce qui se passe ici et là en Chine, alors si vous avez des gens qui viennent du régime pour les faire, vous ne devriez pas leur faire confiance.

Quelle est la différence entre les instituts Confucius et les institutions linguistiques de pays comme la France et l’Allemagne ?

L’institut Goethe et tous les autres instituts – ils sont indépendants. Ils ne sont pas situés à l’intérieur de l’université. L’idée de l’institut Confucius est de s’infiltrer dans une université établie et d’y faire partie. Lorsqu’ils réussissent, cela les rend plus dangereux, parce qu’ils menacent la liberté académique. Les autres instituts, ils sont situés séparément. Il n’y a pas de problèmes si vous avez une organisation et que vous savez qu’elle est étrangère et qu’elle fait la promotion de son pays, c’est normal.

Il y a des démocraties qui font cela, il y a des dictatures qui font cela. Par exemple, vous avez la société azerbaïdjanaise à Londres. Elle fait la promotion d’Aliyev et du régime azerbaïdjanais, ce qui ne pose aucun problème, car vous savez à qui vous avez affaire. Le problème, c’est que si vous êtes dans une université et que vous ne savez pas vraiment qui est derrière, là c’est dangereux.

Pourquoi pensez-vous que des organisations pro-communistes comme les instituts Confucius ont pu si facilement entrer dans le système éducatif occidental ?

C’est seulement parce que vous avez beaucoup de gens qui ne le savent pas. On sait très peu de choses sur les atrocités communistes commises en Europe, sur les atrocités communistes commises en Asie, surtout si on remonte à 20 ou 30 ans en arrière. Il y a très peu de connaissances au sein de la population générale. L’éducation dans les écoles de la plupart des pays d’Europe occidentale, ainsi qu’aux États-Unis, ne couvre pas de manière satisfaisante ce passé totalitaire.

Dans beaucoup d’écoles, ils ne dépassent même pas la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais lorsqu’il s’agit de leur mode de fonctionnement, il y a plus de similitudes que de différences. S’ils sont nazis, communistes, islamistes ou autres choses en -ismes, ils utilisent la même terreur, le même genre de prisons, la même torture, les mêmes viols, etc.

Quelle est votre compréhension de la relation entre le Parti communiste chinois (PCC) et les instituts Confucius (IC) ?

La relation est qu’ils sont totalement contrôlés par le parti, le PCC contrôle les instituts Confucius. Leur direction est un vice-premier ministre ou un grand ministre important et membre de la direction du Parti communiste. Donc, bien sûr, tout est contrôlé par les communistes. Il n’y a rien dans un régime totalitaire qui ne soit fait dans le pays ou à l’extérieur du pays qui ne soit pas contrôlé par le régime totalitaire. Et dans le cas de la Chine, c’est le PCC – le Parti communiste.

Quelle est la situation en Chine en termes d’éducation et d’enseignement d’une pensée indépendante ?

En fait, la situation locale en Chine n’est pas bonne. La Chine doit faire beaucoup en matière d’éducation des enfants et d’amélioration de l’enseignement universitaire pour l’ensemble de la population. Ils n’investissent pas là-dedans parce que ce n’est pas dans l’intérêt du Parti communiste de le faire. Le Parti communiste a un intérêt principal – rester au pouvoir, garder les privilèges pour ceux qui sont ‘plus égaux’ que les autres, comme George Orwell a écrit dans La ferme des animaux : «Certains sont plus égaux que d’autres.» Cela vaut pour tous les régimes totalitaires, en particulier les régimes communistes où les gens sont censés être égaux.

Beaucoup de membres de l’intelligentsia de gauche en Europe pensent encore que l’idée communiste de Marx était bonne, mais que ça a mal tourné. Je suis absolument convaincu que l’idée est fausse parce que dans les écrits de Marx, on parle déjà de l’utilisation de la terreur pour maintenir la dictature en place et c’est exactement ce qu’ils font. Ils ne sont donc pas intéressés à éduquer les enfants à moins qu’ils ne croient que cette éducation servira leurs objectifs. Et bien sûr, les gens exigent de plus en plus à mesure qu’ils tirent plus de richesses de l’économie capitaliste brute qu’ils ont, et cela signifie qu’ils doivent céder à une partie de la pression de la population.

Il y a plus de protestations en Chine que la plupart des gens ne le croient. Il y en a tout le temps à propos de petites et de grandes choses. Et cela cause une peur bleue au Parti communiste, veuillez excuser mes propos (sic). Bien sûr, c’est parce qu’ils n’aiment pas que les gens pensent par eux-mêmes, ils ont peur de toute opposition, surtout si cette opposition devient connue du public.

À première vue, les instituts Confucius semblent inoffensifs. Quelles sont vos préoccupations quant à leur influence ?

Ils essaient d’exercer une influence sur les programmes d’études. Ils essaient d’influencer les élèves, les enseignants et de recueillir des informations. Ils voulaient s’établir à l’Institut royal de technologie de Stockholm il y a quelques années. Ils ont quitté l’université lorsqu’il y a eu un conflit là-bas, il y a quelques années.

Lorsque j’étais au parlement et j’ai demandé pourquoi nous hébergions une organisation communiste à l’université de Stockholm. Ils voulaient s’installer à l’Institut de technologie, ce qui aurait été un désastre parce que c’est là que se font la plupart des recherches sur l’armée de l’air suédoise et la défense aérienne. Tout est très secret à l’Institut de technologie. Ils ont aussi des institutions ouvertes, mais ils ont une institution spéciale pour l’aérodynamique qui est totalement militaire. Je n’aimerais donc pas qu’une puissance étrangère y soit impliquée. Ils essaient de faire ça tout le temps.

Certaines universités ont maintenant pris conscience des méthodes réelles et des souhaits réels des instituts Confucius, et c’est une bonne chose. Ils ne seront plus à l’Université de Stockholm, ils ont déjà mis fin à toute coopération. Il était temps. C’était même trop tard de quelques années. Mais c’était quand même bien (qu’ils partent.) Ils étaient là depuis… 10 ans. Mais c’était à la faculté de langue, donc, ils ne pouvaient pas faire beaucoup de mal là-bas. Mais le mal qu’ils ont fait était, bien sûr, d’avoir pu exercer une influence. Il n’y a pas grand-chose à espionner là-bas, où il y a beaucoup de professeurs qui étudient de vieux textes en latin ou en grec ancien.

Pourquoi la Chine dépense-t-elle autant d’argent pour promouvoir son propre système éducatif à l’étranger ?

C’est parce qu’ils veulent influencer les étrangers. C’est l’idée, et c’est même écrit également dans les documents du Parti communiste si vous allez faire quelques recherches. Ce n’est pas facile à déceler dans un système en cours, mais vous pouvez le voir dans les systèmes antérieurs. Nous avons l’exemple de l’Allemagne de l’Est, la partie communiste de l’Allemagne qui a été contrôlée par l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la chute du mur de Berlin. La Stasi, la police secrète, a fait beaucoup de travail afin d’influencer les nations étrangères. Par exemple, il vient d’être révélé dans les archives que des centaines, de 600 à 700 enseignants suédois avaient été invités gratuitement, payés par le régime communiste pour suivre des cours et être endoctrinés en Allemagne de l’Est.

Cela explique en grande partie ce que moi et les gens de ma génération avons vécu au lycée et pourquoi les enseignants avaient des idées si inclinées vers le communisme. Cela a probablement été fait par l’Union soviétique, par d’autres pays communistes, dont la Chine. Et cela coûte beaucoup d’argent pour un régime totalitaire, d’avoir des gens qui vivent une expérience positive. «Oh on a appris le chinois gratuitement», «On a eu des échanges culturels», «Ils ont payé mon voyage à Pékin». Ce sont là de précieux gains de propagande que le régime obtient.

Même les bonnes démocraties ont de tels échanges. Les États-Unis ont de bons échanges, mais ils encouragent la libre pensée dans leurs programmes. Quand il s’agit des régimes communistes et autres régimes totalitaires, ils essaient de créer l’homo sovieticus ou l’homo communisticus dans le but d’amener les gens à réfléchir, ou à arrêter de penser, et qu’ils acceptent ce que le parti dit être bien ou mal. Cela vaut donc tout l’argent et, très probablement plus pour eux. Les universités sont stupides d’accepter ça.

Quelle est l’idée derrière la marque « Institut Confucius » ?

C’est un paradoxe parce que les communistes détestent les idées de Confucius et ils affirment depuis des décennies que ce n’est absolument pas pertinent, que c’est mal et ainsi de suite. Mais ils utilisent Confucius à des fins de propagande parce qu’ils veulent un nom de marque. Nous vivons dans un monde moderne, un monde globalisé où un nom de marque indique si une organisation est bonne ou mauvaise. Dans un article que j’ai lu, un professeur a dit qu’il ne fallait pas penser qu’on peut sortir et amener du commerce en Chine avec un institut Mao Zedong, ça ne serait pas très bon pour la Chine communiste, alors ils utilisent Confucius, c’est un stratagème.

Que diriez-vous aux universités qui poursuivent leur contrat avec un institut Confucius ?

Je leur demanderais si elles veulent garder leur liberté académique ou non ? Sont-elles pour ou contre la liberté académique ? Si elles sont pour, ce n’est pas une option, si elles sont contre, elles peuvent faire partie du gouvernement communiste chinois. Quelles recherches font ces universités ? Est-ce que ça vaut la peine d’être volé ? Si oui, elles peuvent les envoyer directement par mail à la Chine, au lieu de se les faire voler petit à petit par un institut Confucius. S’ils n’ont rien qui vaille la peine d’être volé, alors c’est seulement de la propagande, ce qui est aussi assez mauvais.

Pensez-vous que certaines des réactions contre les instituts Confucius sont des réactions exagérées ?

Non, je ne crois pas que ça soit exagéré. Si vous ouvrez les yeux, ce n’est pas une réaction excessive, c’est même tout le temps justifié. On ne voit pas le danger réel qui est derrière. Si les gens sont naïfs au point de ne pas comprendre à qui ils ont affaire, c’est un problème. S’ils ne voient pas que c’est dangereux… Si vous vous donnez la peine de poser des questions politiques à ces enseignants sur la Chine, il deviendrait évident pour quiconque que ces personnes sont payées et contrôlées par le PCC (Parti communiste chinois), ça prendrait 5 minutes pour le découvrir si vous preniez le temps de le faire.

Selon vous, quel est le programme des instituts Confucius ?

Eh bien ça dépend. Ils recrutent, bien sûr, certains d’entre eux ne sont que des enseignants mais certains d’entre eux appartiennent aussi aux services de sécurité chinois et ils sont bons pour recruter des espions. Si vous infiltrez suffisamment une organisation, c’est dangereux pour l’ensemble de l’organisation. La pensée change. Si l’université fait de la recherche technique ou des choses de ce genre qui peuvent être utiles, ils feront de l’espionnage. De l’espionnage industriel peut être fait à l’université, sinon de l’espionnage militaire. Certaines universités font de la recherche militaire.

Aujourd’hui, l’espionnage industriel est quelque chose de très répandu. Cela dépend donc de qui se lie d’amitié avec qui parce que vous entretenez des relations avec les gens. L’agent intelligent travaillera exactement de cette façon. Je ne pense pas qu’ils s’isolent socialement, je pense qu’ils vont à des fêtes, qu’ils font du réseautage ici et là. C’est dans leur tactique.

Le Parti communiste chinois n’est pas intéressé à ce que ses étudiants soient éduqués ici, aux États-Unis ou ailleurs, au risque d’être trop influencés et qu’ils se rendent compte de ce qui se passe en Chine. Certains d’entre eux le font, mais ils ont trop peur de faire face à une opposition active, pour des raisons familiales et pour d’autres raisons. Mais… d’autres le font. Et certains d’entre eux font défection et restent. Ils essaient aussi de les contrôler. Certains sont recrutés, pour de l’argent. Des pièges à miel sont ainsi utilisés partout par les services secrets.

Les pratiques d’embauche des instituts Confucius se sont révélées discriminatoires. Qu’en pensez-vous ?

On ne peut pas avoir des contrats qui interdisent aux gens d’appartenir à certaines organisations. Si votre employeur vous dit que vous ne pouvez pas appartenir au Falun Gong, c’est illégal. C’est totalement illégal dans la plupart des pays occidentaux, absolument aux États-Unis et au Canada, certainement dans la plupart des pays européens. Ce genre de disposition ne peut pas être prise et elle devrait faire l’objet de poursuites immédiates. N’importe quel procureur pourrait le faire, je suis surpris que ce ne soit pas jugé.

Interview réalisée par Epoch Times avec Göran Lindblad, ancien vice-président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et ancien membre du Parlement suédois, autour de la controverse sur les instituts Confucius et les stratégies utilisées par le Parti communiste chinois pour infiltrer les organisations occidentales.

Dr Lindblad est également Président de la Plateforme de la mémoire et de la conscience européenne, une organisation non gouvernementale active dans la recherche, la documentation, l’éducation et la sensibilisation sur les régimes totalitaires.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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