Elle ramassait du carton et maintenant elle est infirmière: l’histoire d’une jeune Argentine qui a réussi à sortir de la pauvreté

Par Celeste Armenta - La Gran Epoca
18 septembre 2019 Mis à jour: 19 septembre 2019

Dans la vie, on peut connaître des moments de grand désespoir, mais en étant persévérant et en se fixant un but, le monde peut devenir une réalité différente. C’est ce qui est arrivé à Emilse, une jeune femme qui est passée de travailler dans la rue à étudier les soins infirmiers, améliorant son destin ainsi que de celui des autres.

Emilse Martínez est une jeune fille de 24 ans de Buenos Aires, en Argentine, qui travaillait jusqu’en août dernier comme ramasseuse de carton dans le quartier Caballito. Le mois de septembre a commencé avec un changement radical, après une avalanche d’événements qui ont découlé de sa participation à l’émission de télévision argentine « Qui veut être millionnaire ? ».

Dans cette émission, Emilse a répondu correctement à une série de questions de culture générale, au point où elle avait accumulé près de 5 000 €. Elle aurait pu continuer et risquer de gagner davantage, mais aussi de tout perdre. Son doute était si grand qu’elle a décidé de s’arrêter là. Dans une interview, elle a déclaré que sa tête lui disait de faire une chose et son cœur une autre.

Grâce à la dynamique de l’émission, la jeune fille a pu faire savoir qu’elle travaillait dans la rue à ramasser du carton et qu’elle était aussi étudiante en soins infirmiers ainsi que mère d’une petite fille ; elle a parlé des difficultés qu’elle vivait dans son quotidien. Ce qu’elle n’aurait jamais imaginé, c’est que quelques jours plus tard, elle recevrait un message des ressources humaines de Swiss Medical pour l’interviewer et lui faire passer des examens, puis ils l’ont rappelée pour lui dire qu’elle avait été acceptée pour travailler comme aide-soignante.

La vie avait enfin commencé à lui sourire !

Dès l’âge de 14 ans, Emilse a commencé à travailler comme ramasseuse de carton, de verre et de bouteilles en plastique. Elle le faisait parce qu’elle n’avait pas d’autre choix. Bien qu’elle ait distribué son curriculum vitae pour être vendeuse dans n’importe quel magasin, elle n’a pas été acceptée parce qu’elle n’avait pas le profil, rapporte le média argentin Infobae.

Pendant la crise de 2001, la pire que le pays ait connue depuis un siècle, la mère d’Emilse s’est trouvée dans le besoin de travailler dans le ramassage des ordures, et elle a été la première personne de la famille à occuper ce poste. Elle travaillait de longues heures dans les rues d’Argentine pour apporter de la nourriture à la maison familiale.

« Elle a dû se tuer pour nous donner du maté, du pain et du ragoût. Parfois une soupe et une polenta », a reconnu Emilse à Infobae.

Emilse a 9 frères et sœurs, et bien qu’elle aimait vraiment étudier, elle a décidé d’abandonner le collège pour soutenir sa famille. « J’ai beaucoup pleuré », se souvient-elle.

« Je dormais dans la rue, ce n’est pas facile pour une femme si jeune, avec ma sœur nous allions travailler le vendredi et rentrions chez nous le lundi. Tamara et moi restions dormir sur place parce que la nuit, on peut ramasser plus de carton », a-t-elle raconté à Infobae.

Pendant les dix années qu’elle a passées à travailler dans la rue, elle a reçu à la fois discrimination et soutien de la part des gens. Elle croit que le travail qu’elle a fait est d’une grande aide pour la planète, parce qu’il aide l’environnement.

À l’âge de 19 ans, après une crise émotionnelle dans laquelle elle a failli perdre la vie en tentant de se suicider, Emilse a vécu une expérience de mort imminente où on lui a montré deux mondes : celui des ténèbres qu’elle atteindrait si elle mourait, et celui de la lumière où on lui disait que le ciel existe et que sa vie est un don pour qu’elle vive et soit heureuse, pour qu’elle combatte, a-t-elle expliqué dans une interview à Telefe.

À partir de ce jour-là, Emi, comme l’appelle affectueusement son mari, a décidé de terminer ses études et, bien qu’elle ait d’abord voulu devenir policière, elle a décidé d’étudier en soins infirmiers, guidée par sa vocation d’aider son prochain.

Emilse a découvert qu’être infirmière est une très belle profession et elle admet qu’elle n’est pas impressionnée par le sang mais par les blessures. Un sentiment de compassion s’est éveillé en elle quand elle a vu à quel point les patients souffrent.

Une enseignante lui a dit : « Pour être infirmière, il faut d’abord être humaine. » Elle se souvient donc de cette phrase, et elle a suivi ce principe.

En tant que téléspectatrice régulière du concours « Qui veut être millionnaire ? », Emilse a tenté sa chance en envoyant ses coordonnées pour y participer. Étonnamment, elle a été appelée.

Avec l’argent qu’elle a gagné, Emilse veut finir la construction de sa maison, puisqu’elle n’est pas encore terminée et qu’une partie du bâtiment n’est encore qu’une cabane. Mais malgré le fait qu’elle a obtenu le prix, elle ne s’est pas reposée sur ses lauriers et a continué à travailler dans la rue.

« Je ne veux pas passer toute ma vie à me tuer, à tirer un chariot, à fouiller dans les ordures », a expliqué Emilse. « Ce n’est pas un travail indigne […] mais je mérite mieux, j’ai décidé de le faire. Je ne suis pas née pour ça », a-t-elle ajouté.

Alors quand ils l’ont appelée pour commencer à travailler dans un hôpital, elle ne pouvait pas être plus heureuse. Son premier jour de travail, elle est même arrivée à 6 h 20, soit une demi-heure avant l’heure où elle devait commencer à travailler.

« J’ai pris du temps [pour y aller] au cas où le train serait en retard. J’étais très nerveuse. Il est midi et j’ai encore l’impression d’être une petite fille le jour de sa première rentrée des classes, tout est nouveau », a-t-elle raconté à Infobae.

Selon Graciela Rojas, infirmière à l’hôpital, son histoire n’est pas unique : « Pour être honnête, nous avons plus d’une Emilse ici. Sans aucun doute, les filles comme elle nous montrent que les rêves peuvent devenir réalité. J’aime le fait qu’elle puisse se projeter dans le futur et demain elle sera une excellente professionnelle ».

« Après un chemin difficile, on sort toujours victorieux. Il faut être persévérant », c’est le mantra qui a permis à Emilse  de rester ferme, et c’est en effet un bon conseil à suivre dans les moments difficiles.

Regardez l’histoire d’Emilse en vidéo :

RECOMMANDÉ