Un rapport dévoile les ambitions indo-pacifiques de la Chine

Par Frank Fang
9 décembre 2019 Mis à jour: 9 décembre 2019

Un récent rapport australien a mis en lumière les intentions du régime chinois de rivaliser avec d’autres grandes puissances, notamment les États-Unis, l’Australie et le Japon, dans la région indo-pacifique.

Le rapport, intitulé Ocean horizons: Strengthening maritime security in Indo-Pacific island states, a été publié le 5 décembre par le groupe d’experts de Australian Strategic Policy Institute (ASPI) basé à Canberra.

L’influence et les investissements chinois dans la région, dont plusieurs font partie de l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative – BRI » (souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie »), peuvent avoir « des implications financières, stratégiques et de souveraineté », car des pays pourraient faire face à un endettement insupportable envers la Chine, souligne le rapport.

La BRI a été lancée par Pékin en 2013. C’est un titanesque programme visant à renforcer l’influence géopolitique de la Chine par le biais des investissements dans l’infrastructure. Il prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine.

En 2017, le Sri Lanka, incapable de rembourser la dette chinoise de plus d’un milliard de dollars, a dû céder à Pékin pour 99 ans le contrôle de son port principal de Hambantota. Ce cas a été considéré comme un exemple typique de la « diplomatie du piège de la dette » du régime chinois indique le rapport d’ASPI en notant que les États insulaires du Pacifique, tels que Tonga, Samoa et Vanuatu, « semblent être les pays dans le monde entier les plus endettés envers la Chine ».

Le régime chinois a également l’intention d’exercer une influence militaire par le biais de la BRI. En 2019, Wei Fenge, le ministre chinois de la Défense, a déclaré lors d’un rassemblement de chefs militaires du Pacifique Sud et des Caraïbes tenu à Pékin, que la BRI servirait de « cadre » pour la coopération militaire.

En 2018, les États-Unis et l’Australie ont exprimé leurs préoccupations lorsque Vanuatu a conclu avec la Chine un accord de 100 millions de dollars pour un projet portuaire avec des applications militaires possibles, bien que les deux pays signataires de l’accord aient nié qu’il implique la construction d’une base militaire chinoise.

« La Chine a également des intérêts économiques et démographiques croissants dans chaque région [des océans Pacifique et Indien] qui pourraient conduire à des futures interventions militaires. Les investissements croissants, y compris dans le cadre de la BRI, créent de nouveaux intérêts à protéger », souligne le rapport.

Pays insulaires du Pacifique

Pékin a un agenda diplomatique et stratégique bien clair en Asie du Sud, y compris un intérêt pour les réserves de poissons et de minéraux, au détriment d’autres pays de la région, tels que l’Australie et Taïwan, poursuit le rapport d’ASPI.

De plus, pour l’Australie, toute installation militaire chinoise constituerait une « menace importante », en particulier pour les principales voies maritimes qui relient ce pays aux États-Unis et à d’autres pays.

Dans un article paru en février 2018, l’ASPI soulignait que l’Australie dépendait des routes commerciales en Asie du Sud-Est, y compris d’importants goulots d’étranglement comme le détroit de Malacca ainsi que les détroits de Sunda et de Lombok. Si ces routes maritimes ainsi que celles des mers de Chine orientale et méridionale devenaient des eaux contestées, l’Australie devrait s’assurer d’autres routes pour traverser la mer de Banda et les eaux à l’est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée – les deux régions situées au nord de l’Australie.

« Le récent changement de Taïwan à la Chine de l’allégeance diplomatique des Îles Salomon et des Kiribati montre les difficultés liées au défi chinois dans la situation quand Pékin offre d’importantes sommes d’argent aux petits États », souligne le rapport.

Pékin considère Taïwan comme une province renégate qui doit être unie avec la Chine continentale, y compris par force militaire si nécessaire, alors que cette île est de facto un État indépendant avec ses propres forces armées et son propre gouvernement démocratiquement élu.

Le régime chinois a adopté différentes tactiques pour diminuer la légitimité de Taïwan en tant qu’État. Ces dernières années, il a réussi à changer en sa faveur les liens diplomatiques des anciens alliés de Taïwan par le biais des investissements et des prêts chinois – la politique souvent appelée la « diplomatie du dollar ».

Depuis 2016, Taïwan a perdu sept alliés : El Salvador, le Burkina Faso, la République dominicaine, le Panama, São Tomé et Príncipe, les Îles Salomon et Kiribati.

L’agence de presse officielle taïwanaise Central News Agency a rapporté que Pékin avait promis aux îles Salomon une aide de 500 millions de dollars en échange du changement de son orientation diplomatique.

Des cercles criminels chinois se sont installés dans les pays insulaires du Pacifique. Selon le rapport, les trafiquants d’êtres humains chinois ont utilisé Palaos et Fidji comme points de transit pour d’autres destinations dans la région.

États insulaires de l’océan Indien

Le régime chinois contrôle désormais plusieurs ports de l’océan Indien, dont le port pakistanais de Gwadar, le port de Feydhoo Finolhu aux Maldives et le port sri-lankais de Hambantota, ainsi qu’une base militaire dans le petit pays africain de Djibouti.

« Nous devrions nous attendre à la création d’autres bases (ou du moins d’installations de soutien logistique) à l’avenir dans l’ouest, le centre et l’est de l’océan Indien », met en garde le rapport de l’ASPI, étant donné que le régime chinois dépend des routes maritimes commerciales de la région, en particulier du détroit de Malacca, pour le transport de ses importations énergétiques.

Comme dans le Pacifique Sud, les riches réserves de poissons de l’océan Indien intéressent également la Chine.

« Madagascar, avec ses institutions de gouvernance faibles et ses importantes ressources naturelles, pourrait aussi devenir la cible d’initiatives prédatrices de la Chine », poursuit le rapport, en mentionnant des « tentatives non transparentes » de la part des sociétés chinoises d’obtenir des droits de pêche dans les zones économiques exclusives de ce pays d’Afrique de l’Est.

Tous les petits pays de l’océan Indien et de l’océan Pacifique sont vulnérables lorsqu’ils traitent avec de grands pays. « Leur taille et leurs faiblesses institutionnelles placent également les États insulaires dans une position très désavantageuse face aux grands pays qui cherchent à acquérir une influence économique ou politique », explique le rapport en soumettant plusieurs suggestions à l’intention de ces pays.

« Les États insulaires de l’Indo-Pacifique devraient travailler ensemble afin de renforcer les normes régionales qui les aideront à résister à la coercition économique et à améliorer la transparence dans la prise de décision. »

Le rapport a également appelé l’Australie, le Japon, l’Inde et les États-Unis à coordonner les activités de leurs agences de garde-côtes afin d’offrir une aide aux nations insulaires et littorales.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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