Manuel Valls : « La France et le Japon, au fond, se ressemblent beaucoup »

6 octobre 2015
Mis à jour: 6 octobre 2015

« Furansu wa Nihon ga daisuki desu» (« La France aime beaucoup le Japon ») lançait en japonais Manuel Valls le 5 octobre à Tokyo, lors du lancement de l’année franco-japonaise de l’innovation. Car effectivement la France aime le Japon, son innovation technologique, sa politique en Asie basée sur la démocratie et son dynamisme scientifique et culturel.

Manuel Valls est en visite officielle depuis le 3 octobre au Japon. Pendant 3 jours, le Premier ministre a eu le loisir de montrer l’attachement de la France à cette démocratie asiatique (ils sont peu en Asie avec Taïwan et la Corée du Sud), à ses valeurs et à sa culture. Dans un contexte de tensions diplomatiques avec la Chine, de croissances économiques européenne et japonaise faibles et de cicatrisation toujours en cours après l’incident de Fukushima, les prémices d’un possible accord de libre-échange euro-japonais semblent réjouir et renforcer les deux parties.

Aux côtés de son homologue Shinzo Abe, Manuel Valls a défendu « une nouvelle ambition » pour la coopération scientifique entre les deux pays, en mettant en avant l’innovation et le renforcement des liens entre les start-up françaises et japonaises, ainsi qu’entre les universités et les entreprises.

Partenariat diplomatique et stratégique
Le 3 octobre lors de son discours à l’Institut français devant les Français du Japon, Manuel Valls citait le Général et homme d’État Georges Clemenceau, qui voyait dans la réforme économique et politique du Japon démocratique la chance d’un partenariat durable et privilégié pour la France.

Selon le Premier ministre, « la France et le Japon, au fond, se ressemblent. Nous partageons un même attachement à la démocratie et à la défense des droits de l’homme. Nous reconnaissons l’importance d’un ordre international fondé sur le droit ».

Une remarque non voilée en direction des voisins chinois, dont la propagande anti-japonaise sert de prétexte pour dissimuler la réussite démocratique et économique de l’île voisine. Pékin revendique en effet des droits sur la quasi-totalité de la mer de Chine, formant de nouvelles îles au moyen de navires pompant le sable et la boue au fond de l’océan.

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Le Premier ministre a insisté le 3 octobre sur « le respect du droit international » en mer de Chine méridionale, théâtre de tensions en Asie-Pacifique : « La France est attachée au respect du droit international, notamment au droit de la mer, et à la libre circulation de la navigation maritime et aérienne », a M. Valls dans une interview au quotidien japonais Yomiuri Shimbun.

Le fait que le Japon souhaite maintenant jouer un rôle international plus important n’est pas non plus étranger à la visite du Premier ministre. C’est « une bonne chose », a t-il déclaré le 5 octobre à Tokyo, rappelant les récentes déclarations de François Hollande devant l’Assemblée des Nations Unies et affichant la volonté d’élargir le nombre de membres du Conseil de sécurité.

« Il ne m’appartient pas, bien sûr, à la place qui est la mienne de commenter des choix de politique intérieure du gouvernement japonais, mais le fait que le Japon souhaite s’impliquer dans la communauté internationale, assumer de nouvelles responsabilités, c’est en effet une bonne chose », a déclaré Manuel Valls.

La coalition au pouvoir menée par le Premier ministre Shinzo Abe a en effet fait adopter en septembre une loi permettant à l’armée japonaise de prendre part sur le terrain des conflits internationaux – une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Shinzo Abe veut aussi se protéger de l’instabilité politique de ses voisins immédiats de la Chine et de la Corée du Nord, qui comme tout bon régime communiste, jouent de menaces militaires envers l’étranger pour maintenir leur propagande et leur pouvoir dans leur pays.

Le Premier ministre français Manuel Valls avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe au cours d'une visite au temple Ginkakuji, communément appelé le « Pavillon d’Argent », à Kyoto le 4 octobre 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)
Le Premier ministre français Manuel Valls avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe au cours d’une visite au temple Ginkakuji, communément appelé le « Pavillon d’Argent », à Kyoto le 4 octobre 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)

Partenariats culturels et scientifiques
Pour le Premier ministre français accompagné de sa femme Anne Gravoin, il était question aussi d’une plongée dans la culture nippone. Musée du manga, visite d’un temple zen et d’un sanctuaire shintoïste, lancement d’une version japonaise de « Nuit blanche », inspirée de celle de Paris, la visite de Manuel Valls a eu la forte connotation d’un rapprochement culturel.

L’objectif est aussi de favoriser les échanges scientifiques entre les deux pays. Selon le site du ministère des Affaires étrangères, « l’une des premières priorités de la France au Japon est la coopération universitaire et scientifique, organisée autour de 250 accords inter-universitaires, conclus entre établissements d’enseignement supérieur et organismes de recherche français et partenaires japonais. »

Le 3 octobre, le Premier ministre a ainsi rencontré des artistes et créateurs français et japonais, a également rendu visite à l’entreprise Horiba, une grande société japonaise d’instruments de mesure qui emploie 1 000 personnes en France. Le 4 octobre à Kyoto, était inauguré avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe le STS Forum, appelé aussi « Davos de la science » réunissant plus de 1 500 scientifiques des deux nationalités.

Le Premier ministre français Manuel Valls se penche sur les instruments de mesure de la radioactivité de la société Horiba en présence du président et directeur général Atsushi Horiba (4e à droite) au siège de l'usine à Kyoto le 3 octobre 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)
111 Le Premier ministre français Manuel Valls se penche sur les instruments de mesure de radioactivité de la société Horiba en présence du président et directeur général Atsushi Horiba (4e à droite) au siège de l’usine à Kyoto le 3 octobre 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)

Le Japon, premier investisseur asiatique en France
La France veut renforcer ouvertement ses relations avec le Japon, 3e économie mondiale. Après les visites officielles de François Hollande en 2013, et de Shinzo Abe en 2014 à Paris, Manuel Valls renforce une nouvelle la coopération entre les deux pays : « Assurer ce dialogue politique, c’est vraiment le premier enjeu de cette visite : remettre au bon niveau les relations entre la France et le Japon, entre la cinquième économie mondiale et la troisième ».

Même s’il s’agissait d’une visite diplomatique, les partenariats économiques n’étaient pas très loin avec la présence d’une délégation d’une soixantaine de chefs et cadres dirigeants d’entreprises françaises (Airbus, EDF, Areva, Dassault Systèmes…). Le Japon, reste en effet le premier investisseur asiatique en France. « Pas de signatures mirobolantes, ça n’est pas du tout l’objet. L’objet, c’est au contraire les partenariats, le travail à long terme, enraciner et approfondir cette relation. » a précisé l’entourage du premier ministre.

Le Japon est la 3e économie mondiale, le 2e partenaire commercial de la France en Asie ; son premier investisseur asiatique et le 5e pays en terme de création d’emplois en France.

Japon, terre d’innovation et de partenariats économiques

Le Premier ministre Manuel Valls avec le ministre français de l'Économie, de l'Industrie et des affaires numériques Emmanuel Macron devant le stand d’Arianespace lors du lancement de l’année de l’innovation franco-japonaise, au Musée national des sciences émergentes et de l'innovation à Tokyo le 5 octobre, 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)
Le Premier ministre Manuel Valls avec le ministre de l’économie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, devant le stand d’Arianespace lors du lancement de l’année de l’innovation franco-japonaise, au Musée national des sciences émergentes et de l’innovation, à Tokyo, le 5 octobre 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP / Getty Images)

Dans les faits, la coopération économique franco-japonaise se base sur les fleurons respectifs des deux nations. « Le Japon est un terreau favorable: c’est le deuxième pays dans le monde en termes de recherche et développement et l’innovation française y est très appréciée », a expliqué à l’AFP Muriel Pénicaud, ambassadrice déléguée pour les investissements internationaux.

Le 4 octobre, dans la capitale de Tokyo, Manuel Valls a lancé avec son homologue japonais l’année franco-japonaise de l’innovation, visant selon Matignon à « relancer la coopération dans le domaine de la science, des technologies, de l’innovation ». Une Nissan hybride, produit de l’alliance avec Renault et le constructeur japonais, est un exemple de cette coopération en marche. La possibilité « de créer un fonds franco-japonais dédié au financement de l’innovation » a également été abordé .

Développer conjointement la filière nucléaire française
Le Premier ministre français a également annoncé un possible rapprochement technologique avec le Japon pour les questions relatives au nucléaire. Le Japon qui, après l’incident de Fukushima en 2011, avait fermé toutes ses centrales, en a ouvert une nouvelle en août 2015. Il s’agit là d’inviter l’industrie japonaise à participer à la restructuration du secteur nucléaire français, afin de le rendre plus sécurisé.

Selon le ministère des Affaires étrangères, « la coopération nucléaire se concentre désormais dans les domaines de la sûreté, de la gestion des conséquences de l’accident de Fukushima, et du développement d’une offre conjointe à destination des pays tiers ».

Une rencontre avait déjà eu lieu en septembre avec la société japonaise Mitsubishi Heavy Industries en vue d’une entrée au capital d’une filiale d’Areva chargée de la construction des réacteurs nucléaires.

Emmanuel Macron : un « atout pour la France »
En marge de la visite, le chef du gouvernement a voulu éteindre les polémiques des journalistes à propos du ministre de l’économie Emmanuel Macron. Selon lui, l’intéressé est « un talent, un plus pour le gouvernement », même si « une équipe gouvernementale doit respecter les règles ».

Le ministre de l’économie, présent spécialement au salon de l’innovation, a continué à montrer sa volonté à faire progresser la France : « En France, il est presque interdit de rater, qui tente et rate est stigmatisé à vie (…). Et puis, à côté de ça, on a une seconde caractéristique: on n’aime malgré tout pas celles et ceux qui réussissent trop bien, c’est assez rapidement suspect, il faut réussir mais pas trop », a déclaré le ministre.

Emmanuel Macron a aussi appelé à plus de marges de manœuvre pour le lancement d’idées nouvelles en matière d’innovation. « Nous devons de part et d’autre prendre beaucoup plus de risques, et les French Tech ce sont des pépinières de risques. Ces lieux d’innovation sont pour moi des archétypes de ce dont nos sociétés ont besoin » a t-il souligné, appelant à plus de progressisme.

Le premier jour de sa visite à Kyoto, à la sortie du sanctuaire shintoïste Shimogamo inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco – réputé pour être un endroit où les mensonges ne peuvent être dissimulés, Manuel Valls a assuré être « toujours zen », que ce soit au Japon ou en France. Un bon début de compréhension mutuelle avec le Japon.

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