Un réfugié vietnamien devient styliste de mode après avoir fui le communisme

15 avril 2019 Mis à jour: 11 juillet 2019

Après la bataille de Saigon en 1975 et la chute de la République du Viêt Nam (ou plus communément Viêt Nam du Sud ou Sud Viêt Nam), le communisme a consumé l’enfance de Jaden Lam Phan qui avait alors 5 ans. Pendant les 20 années qui ont suivi, sa famille fut réprimée, espionnée et exploitée par le régime de la République démocratique du Viêt Nam (ou Viêt Nam du Nord, ou Nord-Viêt Nam).

Le père de Jaden a été le premier à fuir le Vietnam en 1980 lors d’un voyage périlleux à bord d’un petit bateau de pêche, pour finalement atteindre les États-Unis, et le reste de sa famille a suivi par avion dix ans plus tard. D’autres qui sont partis avant eux n’ont pas eu cette chance : certains sont partis sur des bateaux entassés, attachés ensemble, en essayant d’atteindre les pays voisins. Des centaines de milliers de Vietnamiens seraient morts sur des bateaux, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

« Dans ce temps-là, on a une chance sur deux de réussir », a récemment dit Jaden, à New York. « Vous mourrez en mer ou vous aurez une merveilleuse vie en Amérique. Ou bien vous restez au Viet Nam et vous vous faites torturer jour après jour. »

Dans son costume bleu clair conçu lui-même à travers sa propre ligne de vêtements de luxe Jaden Lam, le jeune homme a défié toutes les prédictions.

Une mer de gratte-ciels entoure l’appartement de Jaden situé au 50e étage, à Manhattan. Malgré son succès, il n’a pas oublié les malheurs de son enfance. Et le designer se désole de voir les jeunes générations embrasser aveuglément les idéologies du communisme et du socialisme, alors que lui et des centaines de milliers d’autres ont risqué leur vie pour y échapper.

Un musée rappelle la terreur

Le 14 mars, à Londres, Jaden a relaté son histoire lors du premier événement du Museum of Communist Terror. Le musée, ayant une mission similaire à celle du designer, accueille des conférences et est visité par des classes d’écoles et d’universités.

« Ils souhaitent que les gens à Londres et du Royaume-Uni en général se réveillent, parce que la nouvelle génération, les nouveaux ‘milléniums’, ne comprennent pas ce que sont le socialisme et le communisme », a expliqué Jaden. « Alors que ma famille, mes amis et moi-même, nous l’avons vécu. »

Il a ajouté que le communisme et le terrorisme sont une seule et même chose : si votre pensée diffère de celle du régime, ils vous assassinent. Selon le musée, après la chute de la ville de Saigon – aujourd’hui connue sous le nom de Ho Chi Minh-Ville, le nom du dirigeant communiste du Viet Nam du Nord qui a attaqué le Viet Nam du Sud et ses alliés américains – le peuple vietnamien a été monitoré par le Parti communiste. Et comment était-il surveillé ?

« Nous devions espionner nos voisins. Pourquoi devions-nous faire cela ? C’était l’exigence (…) Chaque semaine, nous avions une réunion de groupe et nous devions dire ce que faisaient les autres », se souvient Jaden.

Au cours de la Révolution culturelle en Chine, cette tactique a également été utilisée par le Parti communiste chinois. À cette époque, Zhang Hongbin, aujourd’hui avocat à la retraite, avait dénoncé sa mère pour avoir parlé contre le président Mao Zedong et elle avait été condamnée à mort par la suite, selon le journal USA Today.

Les esprits libérés par l’éducation et le capitalisme

Après que les communistes ont pris le pouvoir au Viet Nam, ils ont voulu enlever aux gens leur faculté de penser. Jaden et ses frères et sœurs sont les premiers dans leur famille à avoir reçu un niveau d’éducation allant au-delà du secondaire.

« Le gouvernement détruisait les temples, brûlait des livres, voulait rendre la population analphabète pour leur laver le cerveau plus facilement », a-t-il expliqué.

Les temples ont fait l’objet de raids et les Viet Cong ont arrêté les leaders religieux. Selon l’ouvrage Vietnam Under Communism [Le Viet Nam sous le communisme], de Nguyen Van Canh, peu après la bataille de Saigon, les communistes ont brûlé tous les livres de la faculté de droit de l’Université de Saigon, affirmant qu’il s’agissait d’une « culture décadente ».

L’Amérique a donné à l’ancien réfugié une grande partie de ce qui lui était interdit au Viet Nam. Jaden affirme qu’encore aujourd’hui, le peuple vietnamien considère les États-Unis comme un paradis. Cependant, le jeune homme met en garde à l’effet qu’une fois [la carrière] réussie, il faut aussi redonner en retour.

« À tous les immigrants et réfugiés (…) une fois que vous aurez atteint un certain niveau de réussite, pensez à redonner à la communauté, à aider les autres, en particulier les anciens combattants d’Amérique. Ils se sont battus pour nous – pour notre liberté, pour notre sécurité », a-t-il dit.

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