Le régime chinois met fin à une force de l’ordre du type Gestapo

Pourquoi le Parti affaiblit-il un organisme créé pour persécuter la pratique spirituelle du Falun Gong ?
29 mars 2018 Mis à jour: 11 juillet 2019

Le régime communiste chinois a considérablement affaibli, sinon aboli le pouvoir de l’une de ses agences les plus meurtrières et les plus notoires : le Bureau 610, une organisation extra-judiciaire du Parti, similaire à la Gestapo nazie.

Cette initiative s’inscrivait dans le cadre d’un vaste ensemble de réformes structurelles qui ont été adoptées au cours des récentes sessions parlementaires du Parti.

Le Bureau 610 a été créé par l’ancien dirigeant du Parti communiste chinois, Jiang Zemin, le 10 juin 1999 – d’où son nom – dans le seul but de persécuter le Falun Gong, une pratique de méditation avec des enseignements moraux basés sur le principe d’Authenticité-Bienveillance-Tolérance.

Estimant que la popularité du groupe – en 1999, alors qu’il y avait jusqu’à 100 millions de pratiquants, selon les médias occidentaux citant des responsables chinois – minerait l’autorité du Parti, Jiang Zemin a mobilisé les appareils de sécurité et de propagande de l’État pour arrêter et détenir les pratiquants, tout en calomniant la pratique pour retourner l’opinion publique contre le Falun Gong.

Fonctionnant sans l’approbation du Parlement du Parti, du Congrès national du peuple ou du Politburo de 25 membres composé d’élites du Parti, le Bureau 610 n’a jamais eu de mandat juridique officiel.

Pourtant, sous la direction du Bureau 610, les pratiquants du Falun Gong ont été arbitrairement condamnés à des camps de travaux forcés, des prisons ou des centres de lavage de cerveau pour subir des tortures psychologiques. Des milliers de personnes ont été torturées à mort ou rendues handicapées depuis 1999, selon l’Organisation mondiale pour enquêter sur la persécution du Falun Gong, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis. Le Bureau 610 est également impliqué dans la pratique des prélèvements forcés d’organes sur les prisonniers d’opinion, la plupart d’entre eux pratiquant le Falun Gong, selon les chercheurs, ce qui entraîne un grand nombre de décès.

Une reconstitution des prélèvements d’organes en Chine sur des pratiquants de Falun Gong, lors d’un rassemblement appelant à mettre fin à la persécution du Falun Gong, à Ottawa, Canada, en 2008. (The Epoch Times)

Le Bureau 610 tire son autorité de ses relations avec la Commission des affaires politiques et juridiques (PLAC). Les deux premiers chefs du Bureau 610, Luo Gan et Zhou Yongkang, ont également dirigé la PLAC.

Auparavant, les directeurs régionaux du Bureau aux niveaux provincial et municipal étaient également les secrétaires ou secrétaires adjoints de la PLAC provinciale ou municipale. En vertu de cet arrangement, le Bureau pouvait envoyer tous les éléments de l’appareil de sécurité de Chine – la sécurité publique (police), la sécurité de l’État, le système judiciaire et le système de poursuites – pour persécuter les pratiquants de Falun Gong.

L’ancien responsable du Bureau 610, Hao Fengjun, avait précédemment révélé que la plupart des membres de l’agence, estimés à environ 15 000 personnes, étaient également membres de la PLAC.

Le 21 mars, le Parti a publié un document annonçant ses réformes, dont la fusion de trois forces de sécurité dédiées à la répression des dissidents et à leur intégration sous la PLAC. L’une d’entre elles est le « Bureau central de protection contre les problèmes de religions hérétiques », également connu sous le nom de Bureau 610. Les deux autres bureaux abolis sont la « Commission de gestion globale de la sécurité publique centrale » et le « Bureau de travail de maintenance de la stabilité centrale ».

Dans le cadre du nouvel arrangement, les fonctions du Bureau 610 sont désormais confiées à la PLAC et au ministère de la Sécurité publique. Bien que le document n’indique pas clairement que le Bureau 610 ait été aboli – ce qui a été explicitement déclaré pour les deux autres forces de sécurité – de nombreux observateurs pensent que la proposition implique qu’il en a été ainsi. Un juriste en Chine s’exprimant sous couvert d’anonymat a confié à Epoch Times qu’il est fort possible que la PLAC et le ministère de la Sécurité publique continueront à persécuter le Falun Gong.

La nouvelle politique poursuit les efforts de la direction actuelle du Parti Xi Jinping pour affaiblir la PLAC et le Bureau 610. Lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir en 2012, il a retiré le secrétaire de la PLAC du Comité permanent du Politburo, l’organe décisionnel le plus puissant du Parti, ce qui a considérablement réduit son autorité.

Plus tard, les anciens chefs du système 610, incluant l’ancien secrétaire de la PLAC Zhou Yongkang, et son chargé d’affaires Zhou Benshun (aucun lien de parenté) et l’ancien directeur du Bureau 610, Li Dongsheng, ont été purgés du Parti et condamnés à la prison.

La vaste campagne de lutte contre la corruption menée par Xi Xinping a purgé de nombreux fonctionnaires fidèles à l’ancien dirigeant Jiang Zemin, une faction de l’opposition. Ces responsables ont montré leur allégeance politique à Jiang Zemin en participant à la persécution du Falun Gong.

Selon Minghui.org, un site Web basé aux États-Unis servant de centre d’échange d’informations sur la persécution du Falun Gong en Chine, fait remarquer qu’à compter d’août 2016, 15,1 % des fonctionnaires du Bureau 610 avaient fait l’objet d’une enquête, d’une mise en accusation, d’une condamnation, de mesures disciplinaires ou d’une purge.

Xin Ziling, ancien président de la presse de l’Académie militaire chinoise affiliée à l’État, a révélé que le leadership de Xi Jinping essaie d’éliminer le Bureau 610.

« Le Bureau 610 est quelque chose d’embarrassant », a-t-il déclaré au journaliste chinois indépendant de New Tang Dynasty Television lors d’une interview téléphonique. « Il ne s’agit ni d’un organisme gouvernemental, ni d’une entité juridique. Lorsque Jiang Zemin n’a pas réussi à faire adopter une proposition visant à supprimer le Falun Gong par l’intermédiaire des autorités centrales, il a organisé une réunion de cadres de haut niveau, rassemblé tous ses partisans et mis sur pied une telle organisation. »

L’éminent avocat chinois des droits de l’homme Gao Zhisheng a écrit dans sa lettre ouverte aux dirigeants du Parti en 2005 : « Le Bureau 610 est une organisation criminelle qui outrepasse le pouvoir du régime lui-même. L’association peut manipuler et contrôler toutes les ressources politiques du régime, exerçant une sorte de pouvoir que même une constitution ou une nation ne peut pas accorder. »

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