Réhabilitation du musée départemental Albert-Kahn

24 mars 2016 Mis à jour: 12 septembre 2018

Le musée départemental Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt est l’un des projets phares de la Vallée de la culture des Hauts-de-Seine. Il est hébergé sur un site de 4 hectares, classé « musée de France » et inscrit au titre des « Monuments historiques » par l’État.

Le musée rassemble des collections uniques au monde réunies par le philanthrope, Albert Kahn. La construction et la restructuration du musée et du jardin constituent l’un des projets emblématiques du département. La fréquentation du musée est en progression depuis cinq ans, il fait partie des dix sites les plus visités en Île-de-France en dehors de Paris. Ce lieu reçoit aujourd’hui près de 100 000 visiteurs par an.

L’engawa, « espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur »

L’architecte japonais Kengo Kuma a été désigné lauréat du concours de maîtrise d’œuvre organisé par le conseil général des Hauts-de-Seine, nommé pour prendre en charge un groupe de spécialistes en vue de la rénovation du Musée-Jardin d’Albert Kahn. L’enjeu est d’offrir les meilleures conditions de conservation et de présentation des collections, d’offrir un espace d’accueil au public tout en créant une relation entre les deux entités du site que sont le musée et le jardin. L’architecte revisite et réinterprète l’engawa, un élément propre à l’architecture japonaise traditionnelle, qui est l’espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment.

La vision de Kengo Kuma est de redonner vie aux traditions architecturales japonaises en les réinterprétant pour le XXIe siècle. Il aborde les matériaux de manière scientifique et les exploite de façon à ce qu’ils confèrent grâce et légèreté aux projets. La pierre peut paraître aussi aérienne que le bois ou le verre. « Un lieu, c’est l’aboutissement du travail du temps et de la nature », estime-t-il. « Je pense que mon architecture encadre ces œuvres, ce qui permet d’éprouver plus profondément et plus intimement la nature. La transparence étant l’une des caractéristiques de l’architecture japonaise ; j’essaie d’utiliser la lumière et des matériaux naturels pour développer de nouvelles sortes de transparences. »

L’architecte japonais Kengo Kuma spécialiste des musées dans le monde

Bon nombre de musées comptent parmi les nombreuses réalisations de l’architecte aussi bien au Japon que dans le monde. Parmi ces réalisations, on trouve le Nezu Museum de Tokyo, la Cité des Arts et de la Culture de Besançon et le Fonds régional d’art contemporain (Frac) de Marseille, tous deux ouverts en 2013. Under One Roof est sa première réalisation en Suisse, cette expression est une métaphore en japonais qui signifie amitié, intégration et unité, a déclaré l’architecte. Il symbolise le pont entre la science, les arts et la société. Ces entités sont réunies sous un même toit.

Projet de l’une des façades du musée. (Kengo Kuma and Associates)
Projet de l’une des façades du musée. (Kengo Kuma and Associates)

La rénovation du musée Albert-Kahn

Le chantier de 4 600 m² de surface utile totale comprendra la construction d’un nouveau bâtiment de 2 300 m², la rénovation de neuf autres bâtiments, l’agrandissement des espaces d’exposition, ainsi que la création d’un parcours de référence et la rationalisation des espaces de conservation des collections. Le programme prévoit par ailleurs la réalisation d’un auditorium de 120 places, d’un restaurant et d’un salon de thé. Les jardins existant seront préservés, tandis que les serres latérales du palmarium seront recréées.

L’architecte japonais Kengo Kuma a été sélectionné pour son goût aux inspirations japonisantes. C’est une façon de rendre hommage à la relation très particulière qu’Albert Kahn entretenait avec le Pays du Soleil Levant. Au Sud, la façade donnant sur la rue sera agrémentée de fins éléments métalliques, il s’agit d’attirer la curiosité du public sur les espaces d’exposition. Le projet utilisera la géothermie sur nappe. La quasi-totalité de l’énergie sera produite ainsi, permettant d’assurer le fonctionnement du musée et de la galerie.

« Un lieu, c’est l’aboutissement du travail, du temps et de la nature. »   Kengo Kuma

 

L’actuelle salle de projection, les ailes latérales de la serre et la grange vosgienne seront réhabilitées et deviendront des lieux d’exposition. La salle des plaques, pièce où étaient conservées les autochromes, sera consacrée à la question de l’inventaire et jouxtera un espace dédié à la projection dans les conditions de l’époque. Enfin, la galerie d’exposition actuelle deviendra le nouvel auditorium et la salle de conférence.

Les fabriques japonaises, après plus de cent ans passés dans les jardins, des éléments patrimoniaux exceptionnels, sont aujourd’hui très abîmés, elles feront l’objet d’une importante restauration. Elle s’appuiera sur une étude historique et un diagnostic technique précis, réalisés par un archéologue spécialiste de l’architecture japonaise de la fin du XIXe siècle.

Histoire du jardin, réalisation

Au début des années 1890, le banquier Albert Kahn s’établit au bord de la Seine, sur le quai du 4-Septembre, transformé depuis le milieu du XIXe siècle en « promenade », pour permettre à Napoléon III et à sa cour de se rendre de sa résidence de Saint-Cloud au bois de Boulogne et à l’hippodrome de Longchamp. Ce grand axe planté est ponctué de maisons bourgeoises et de parterres de jardins. Il affirme le caractère résidentiel de ce quartier pavillonnaire de Boulogne appelé « Les Abondances ». L’attrait de ce nom, tout autant que les idées d’opportunités économiques et sociales auxquelles il renvoie, ont peut-être également attiré le banquier.

En 1894, le paysagiste Eugène Deny aménage le jardin de la maison dont Albert Kahn n’est encore que locataire. Albert Kahn y marque son goût pour l’horticulture. Il se consacre réellement à sa passion pour l’art du jardin dès 1895, lorsqu’il devient propriétaire de l’hôtel particulier qu’il loue depuis deux ans, mais aussi de quatre parcelles de terrain, toutes contiguës et en prolongation directe avec sa maison.

Jusqu’en 1910, il constitue patiemment le terrain de son jardin en achetant progressivement diverses parcelles, qu’il assemble. Il n’hésite pas à s’engager dans de lourds travaux, tous destinés à donner un sens à cette « mosaïque » de terrains. Ces acquisitions progressives aboutissent à la création d’un espace composé au final d’une vingtaine de parcelles, rassemblées sur près de quatre hectares.

Cette démarche conduit à la création d’un genre de jardin bien particulier au XIXe siècle : le jardin dit « de scènes ». Chaque acquisition permet à Albert Kahn de créer une nouvelle scène. Chacune d’elles apparaît comme une référence à des courants de l’art des jardins au XIXe siècle : le style « régulier » dans le jardin français, le style « paysager » dans le jardin anglais, le « japonisme » dans le jardin japonais.

Ce jardin joue un rôle bien particulier au sein du projet du banquier. Albert Kahn est animé par un idéal de paix universelle, rendue possible par la connaissance respective de chaque culture. Les jardins, constitués de modèles horticoles de pays différents, expriment eux-mêmes ces idées. Ils sont ainsi le versant végétal de l’ensemble de son projet, et appartiennent à son œuvre au même titre que ses diverses fondations.

 

L’architecte Kengo Kuma

Né en 1954, Kengo Kuma suit des études d’architecte et d’ingénieur à l’université de Tokyo. Il obtient son diplôme en 1979. En 1987, il ouvre un cabinet de design et, en 1990, il fonde son cabinet d’architecture, Kengo Kuma & Associates. En 1997, il gagne le prestigieux prix de l’Institut architectural du Japon. Son œuvre se présente avant tout comme une critique des académismes, des formalismes et de toute complaisance au style et à la mode.

Albert Kahn (1860-1940)

a édifié une fortune considérable qui lui a donné les moyens nécessaires pour œuvrer à son idéal de paix universelle. De 1898 à 1931, il crée diverses fondations pour favoriser la compréhension entre les peuples et la coopération internationale. Il est l’auteur d’une œuvre riche et complexe au service de la compréhension du monde. De cet ensemble abondant restent des collections uniques, conservées par le Département des Hauts-de-Seine : les Archives de la Planète, fruit du travail d’une douzaine d’opérateurs envoyés sur le terrain, entre 1909 et 1931, afin de saisir les différentes réalités culturelles par l’image en couleur et animée.

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