Relaxe d’un instituteur poursuivi pour agression sexuelle – Une mère exprime sa colère : « J’ai honte de la justice de mon pays ! »

Par Séraphin Parmentier
20 septembre 2019 Mis à jour: 20 septembre 2019

Soupçonné d’agressions sexuelles sur des enfants scolarisés en maternelle, un enseignant a été relaxé par le tribunal correctionnel de Bonneville le 19 septembre.

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 11 novembre 2016 après l’ouverture d’une information judiciaire pour « agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans », l’ancien directeur d’une école maternelle de Cornier, une commune de 1300 habitants située à une quinzaine de kilomètres au sud d’Annemasse, en Haute-Savoie, a été relaxé par le tribunal correctionnel de Bonneville ce jeudi.

Lors du procès qui s’était déroulé les 24 et 25 juin derniers, l’avocat général avait requis cinq ans de prison, dont trois ans ferme, à l’encontre du prévenu.

Le 19 septembre, l’accusé a pourtant été relaxé, le juge ayant considéré que les enfants, âgés de trois ans au moment des faits, étaient trop jeunes pour porter de telles accusations à l’encontre du directeur de l’école qui était également enseignant. Une décision qui a profondément choqué les parents des enfants concernés.

« Je suis complètement abasourdie et en même temps écœurée. On a piétiné leur souffrance. Quand je suis venue la chercher à l’école sa première question a été : ‘Maman, est-ce que Bruno est en prison ?’, je lui ai dit que non, elle m’a répondu : ‘Alors il peut aller où il veut ? Il peut venir nous chercher ?’ J’ai honte de la justice de mon pays ! », a déclaré la mère de l’une des victimes présumées au micro de BFMTV.

« J’aimerais bien qu’on m’explique comment, à 3 ans, des enfants peuvent parler de masturbation ou d’érection. À 3 ans, un enfant ne tient pas ces discours-là. J’aimerais beaucoup que les juges m’expliquent quelle a été l’enfance de leurs enfants », a-t-elle ajouté.

« Toute relaxe donne de l’espoir aussi à ces gens-là »

Avocate de plusieurs parents ayant porté plainte contre l’ancien directeur de l’école de Cornier, Maître Christelle Pernollet ne comprend pas non plus la décision rendue par le juge.

« […] Les familles que je représente sont abasourdies et très choquées par le jugement qui a été rendu. C’est un moment qui a été difficile pour elles. Certaines étaient en larmes. Ces familles ne comprennent pas, alors que de nombreux enfants ont révélé les agressions sexuelles dont ils ont été victimes, que ces faits-là, que le traumatisme attesté par des psychologues, ne soient pas pris en compte par la justice », a-t-elle souligné sur France Bleu.

« […] Le président a expliqué que le tribunal avait estimé que les déclarations des enfants n’avaient pas été recueillies avec les garanties nécessaires, et qu’à partir de là, il n’y a avait pas suffisamment d’éléments probants pour entrer en voie de condamnation », poursuit l’avocate.

« Toute relaxe donne de l’espoir aussi à ces gens-là, dans le sens où ils ont très souventle sentiment qu’ils seront impunis puisqu’ils sont les adultes et que ce sont des enfants », ajoute-t-elle.

« Il est quasiment acquis que nous allons faire appel de ce jugement »

Les familles des enfants attendent désormais de savoir si le parquet compte interjeter appel. Celui-ci dispose de dix jours pour faire appel de la décision rendue par le tribunal correctionnel de Bonneville.

« […] Nous attendons de connaître la position du parquet de Bonneville puisqu’en tant que parties civiles, notre appel est soumis à celui du parquet, mais il est quasiment acquis que nous allons faire appel de ce jugement », conclut Me Pernollet.

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