Retour d’« El Niño » Des dégâts en prévision dès l’automne

31 juillet 2015
Mis à jour: 18 octobre 2015

 

L’organisation météorologique mondiale (OMM) prévoyait l’année dernière le retour du phénomène climatique « El Niño ». C’est un phénomène qui se manifeste par une eau de surface de l’océan Pacifique oriental, anormalement chaude. La dernière manifestation remonte à 2010. Selon Météo France, le phénomène est de nouveau déclenché.

Dans sa nouvelle mise à jour de juillet, l’agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère (NOAA, The National Oceanic and Atmospheric Administration) estime à 90 % les probabilités de voir un El Niño très puissant l’hiver prochain. Cet évènement aura des conséquences directes sur plusieurs pays et un impact important sur les récoltes dans le monde.

Pour le premier semestre 2015, les températures des eaux de surface étaient de 0,85 °C, c’est bien au-dessus de la moyenne du XXe siècle, battant le précédent record établi en 2010 qui était de 0,09 °C. À ce jour, il n’y a plus de doute, selon le bulletin de prévision du 9 juillet dernier du NOAA, il y aura à Noël un épisode d’El Nino. « Les températures de la surface de la mer ont dépassé les 1 °C sur le centre et l’est du Pacifique tropical ».

El Niño, sous l’œil averti des climatologues

Eric Guilyardi est directeur de recherche au CNRS, au laboratoire de LOCEAN (laboratoire d’océanographie et du climat, expérimentations et approches numériques) et spécialiste d’El Niño, phénomène climatique qui apparait dans le Pacifique tropical tous les deux à sept ans.

Comment se manifeste El Niño

« Son impact est mondial ! L’océan se réchauffe dans l’est du Pacifique tropical, les alizés s’affaiblissent. De fortes précipitations apparaissent alors dans des régions habituellement sèches (Pérou, Chili…), entraînant d’importantes inondations. À l’inverse, l’Indonésie ou l’Australie connaissent des sécheresses. Le cours des aliments de première nécessité (riz par exemple) est aussi impacté puisque de nombreux pays producteurs sont touchés par ces changements de précipitation. Des études récentes montrent de plus qu’un réchauffement du climat de 4 à 5 °C doublerait la fréquence d’évènements extrêmes tels que celui de 1997-1998. Espérons que la conférence de décembre prochain débouchera sur des actions qui limiteront les effets dévastateurs de ce phénomène », a déclaré Eric Guilyardi.

Des conséquences dévastatrices sur l’ensemble du globe

D’après les climatologues du CNRS, les effets du réchauffement global pourraient être un doublement de la fréquence des événements El Niño avec un pic au cours du XXIe siècle. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Climate Change du 19 janvier 2014.

« Ces phénomènes climatiques induisent des catastrophes naturelles majeures : pluies diluviennes et glissements de terrain en Equateur et au nord du Pérou ; sécheresses et feu de forêts en Indonésie et en Australie ; blanchiment des récifs coralliens et déficit pluviométrique dans les îles Pacifique du Sud-ouest ; cyclones dévastateurs dans le Pacifique central ; disparition de la vie marine et réduction drastique des populations d’oiseaux natifs des îles Galápagos… »

El Niño de 1997-1998

Selon les estimations, l’évènement de 1997-1998 a été responsable, à lui seul, de dégâts matériels s’élevant à près de 40 milliards de dollars et de 23 000 décès dans le monde. Jusqu’à présent, le phénomène El Niño n’a pas été abordé dans le contexte du changement climatique global, c’est pourtant une question actuelle, cruciale, selon Les Actualités du CNRS-INSU.

La température de l’océan

Selon les conditions actuelles du réchauffement des eaux du Pacifique, le Centre de prévision climatique de la NOAA prévoit à plus de 90 % qu’El Niño se poursuivra pendant l’hiver et très probablement au printemps 2016.

Selon la NOAA, les modèles climatiques entrevoient que le phénomène va se renforcer au cours de l’automne pour atteindre son maximum de puissance en hiver avec un pic de température des zones marines situées près du Pérou et de l’Amérique centrale supérieure de 1,5 °C par rapport à la normale. « C’est un schéma classique avec une phase de préparation en fin de printemps pour un maximum d’activité à Noël, comme l’indique son surnom d’enfant Jésus, donné par les Péruviens », a précisé Eric Guilyardi.

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