La révolution et la contre-révolution en Amérique

Par Paul Adams
13 juillet 2020
Mis à jour: 14 juillet 2020

La récente tourmente – manifestations, émeutes, occupation de zones urbaines, vandalisme et destructions dans tous les États-Unis avec des répercussions dans d’autres pays en réaction au décès d’un Afro-Américain arrêté par la police à Minneapolis – m’a rappelé mes propres jours en tant qu’étudiant radical.

En mai 1968, j’étais à Londres, exalté comme tous mes contemporains par les « événements » de ce mois-là. La révolte étudiante en France, qui s’est répandue comme une traînée de poudre, a obtenu un certain soutien parmi les artistes, les intellectuels et même des sections d’ouvriers, et semblait annoncer le renversement révolutionnaire du gouvernement et du « système ».

Je partageais l’enthousiasme des étudiants de Paris – j’ai écrit un tract, intitulé « La France aujourd’hui, la Grande-Bretagne demain », et je suis descendu dans les docks de Londres avec quelques camarades pour le distribuer à des dockers perplexes. L’objectif, comme dans de nombreuses révolutions précédentes, était de créer une alliance entre les étudiants et les travailleurs, une alliance qui  transformerait la société.

Mon contemporain, le philosophe anglais Roger Scruton, se trouvait à l’époque dans le Quartier latin de Paris et observait le chaos dans les rues de cette ville.

Il éprouvait une profonde répugnance face au nihilisme et à la jubilation avec laquelle les manifestants blessaient les policiers, renversaient les voitures, arrachaient les lampadaires, enlevaient les pavés pour en faire des projectiles, vandalisaient les bâtiments et les souillaient de graffitis.

Il avait une aversion particulière pour l’esprit révolutionnaire, avec son mépris pour les connaissances et la sagesse que nous héritons de nos ancêtres ainsi que pour le devoir de préserver, d’améliorer la culture et de la transmettre aux générations futures.

Ce qu’il a vu à Paris, c’était une complaisance, une dilapidation d’un grand patrimoine, une sorte de jeu de jeunes privilégiés qui, bien rapidement, allaient se calmer et devenir eux-mêmes de bons bourgeois.

Roger Scruton est devenu un conservateur à vie comme Edmund Burke, ce grand critique de la Révolution française de 1789. Il m’a fallu encore plusieurs décennies pour voir qu’il avait raison.

La classe et la race

Les militants et les leaders des révolutions ne sont souvent pas ceux pour qui ils prétendent parler.

En France, ce n’étaient pas les ouvriers qui ont mené la révolte, mais les étudiants et les intellectuels. En effet, le Parti communiste français – qui était autrefois révolutionnaire et qui contrôlait un grand syndicat – s’est présenté comme le Parti de l’ordre qui plaçait, lors de manifestations, ses membres de manière à montrer une séparation physique entre les travailleurs et les étudiants.

À la même époque, dans la Chine de Mao, la Révolution culturelle, officiellement nommée la « Grande révolution culturelle prolétarienne », était un mouvement lancé par Mao Zedong afin d’éliminer les membres du Parti qu’il considérait comme une menace pour son pouvoir. C’était une lutte intra-élite plutôt qu’une insurrection de la classe ouvrière contre la bureaucratie au pouvoir dans son ensemble.

Les mouvements Black Lives Matter (BLM) et Antifa aux États-Unis sont dirigés par des personnes qui se disent révolutionnaires. « Nous sommes des marxistes de formation », a déclaré l’un des fondateurs du BLM. Cependant, ils ne prétendent pas être un mouvement de travailleurs ou chercher une alliance avec les travailleurs comme l’avaient fait les marxistes de formation à l’époque de Marx. Ils mettent l’accent sur la race plutôt que sur la classe. En même temps, les très nombreux manifestants, à Minneapolis comme à Seattle et ailleurs, ne sont ni anarchistes, ni marxistes, ni ouvriers, ni même noirs.

Ainsi, les radicaux des années 1960 – déjà influencés par la politique identitaire promue et financée aux États-Unis par la Fondation Ford et la bureaucratie gouvernementale – parlaient au moins d’une alliance ouvriers-étudiants, tandis que ceux d’aujourd’hui n’en parlent même pas.

Comme certains « marxistes » d’aujourd’hui, ils ont adopté certaines des pratiques de culte sinistre de la Révolution culturelle – la dénonciation, le repentir public, la honte, la mise à genoux, la prosternation, l’iconoclasme – qui ont conduit certains à appeler le BLM d’aujourd’hui une religion pour les Blancs éveillés ou une secte de la culpabilité blanche.

Les radicaux, à l’époque comme aujourd’hui, rejettent ce que la Révolution culturelle a appelé les « Quatre Vieilleries » – les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes et les vieilles habitudes. Actuellement, nous voyons les éléments de l’endoctrinement dans le cadre d’un culte de l’éveil – bien que dans ce cas il s’agisse d’une sorte d’activité de gestion des ressources humaines qui cible les fonctionnaires et les agents blancs de la fonction publique dans le but « d’interrompre [leur] blancheur ».

Les grandes sociétés ont soutenu publiquement et ont financé généreusement le BLM. Le multimilliardaire blanc Jeff Bezos, PDG d’Amazon, nous régale avec sa vision de ce que nous devrions lire et regarder sur la race chaque fois que nous allons sur le site Amazon pour commander quoi que ce soit. Dans le cadre de notre nouvelle culture de suppression, des employés, des enseignants et des célébrités ont été massivement accusés sur Twitter ou renvoyés instantanément pour avoir posé la moindre question sur le BLM ou sur son association avec l’anarchie, la violence et l’intimidation.

Ce n’est pas ce dont je me souviens des années 1960. Comme l’a demandé Sohrab Ahmari dans le Spectator :

« Est-ce que quelqu’un croit sérieusement que l’establishment américain – Walmart, Facebook, Amazon, Netflix, les administrateurs des grandes universités, les grandes ligues sportives et même la plus ancienne entreprise américaine de vêtements Brooks Brothers – se rallierait, pour l’amour de Dieu, à un mouvement qui menace réellement ses intérêts matériels ? Et pourtant, ces sociétés et institutions, et autres, se bousculent pour exprimer leur solidarité avec le ‘soulèvement’, certaines allant jusqu’à donner des millions de dollars à Black Lives Matter, une organisation qui compte parmi ses objectifs l’abolition de la famille traditionnelle. »

Qui utilise qui ?

Est-ce que le BLM utilise intelligemment son hashtag pour obtenir de l’argent et le soutien de libéraux bien intentionnés tout en poursuivant les objectifs extrêmes de destruction de la société, de ses traditions, de ses coutumes, de ses habitudes et de ses institutions ? Ou bien, est-ce que la classe dirigeante utilise le BLM pour atteindre ses objectifs ? Partagent-ils simplement un intérêt commun à faire tomber le président Donald Trump et son programme ?

Est-ce que l’establishment américain soutient le BLM parce qu’il aime être du côté des gagnants et pense que ce mouvement va gagner ? Dans ce cas, la réponse à la question de Sohrab Ahmari serait affirmative. Cet establishment pense que les Américains en arriveront à croire – comme le fait le BLM, comme le New York Times l’apprend à ses lecteurs et à nos enfants – qu’ils méprisent leur pays, ses traditions et ses valeurs, à considérer tout ce qui concerne la politique et l’histoire comme une question de race, de la même manière que les marxistes le voyaient autrefois comme une question de classe.

Est-ce pour cela que les principaux journaux du pays commémorent le 4 juillet, la fête nationale des États-Unis, non pas avec une célébration, mais avec une liste d’insuffisances de ce pays ? Est-ce pour cette raison que Joe Biden, prétendant démocrate à la présidence américaine, a profité de l’occasion pour faire une conférence en faisant des reproches, contrairement au grand discours patriotique et festif de Donald Trump au Mont Rushmore – un discours qui a suscité une orgie de dénonciations de la part des démocrates américains et de leurs grands médias ? Comme l’a remarqué un chroniqueur, les médias ont « transformé le 4 juillet en un fiasco embarrassant ».

Ou est-ce que l’élite au pouvoir, qui domine les sommets de l’économie et de la société américaine, considère le BLM comme un mal nécessaire, la meilleure chance de vaincre Trump lors des prochaines élections et de regagner le pouvoir politique ? C’est un objectif déclaré du BLM et, par ailleurs, la priorité immédiate la plus importante de la classe dirigeante.

Ce soutien de l’élite, est-il la continuation de la réponse politique aux émeutes raciales des années 1960, un « séparatisme développemental » qui balkanise et sépare la classe ouvrière en catégories ou identités formelles en la maintenant faible et divisée ? Chaque succès de Trump – comme la hausse sans précédent des salaires réels et la baisse du chômage parmi les Noirs et les Hispaniques sous sa présidence avant la pandémie – doit être minimisé ou nié.

En rejetant la nation comme telle et ses valeurs fondamentales comme étant pourries et racistes jusqu’au bout et dès le début, les grands médias transforment l’expression du patriotisme, notamment la traditionnelle et joyeuse célébration de la fête nationale par toutes les classes et toutes les races, en un étalage de la suprématie blanche.

Tout ce qui peut être utilisé est effectivement utilisé pour délégitimer les résultats des élections présidentielles de 2016 et la présidence de Trump, pour assurer un retour rapide au pouvoir des élites aisées et instruites qui ont dominé les deux principaux partis américains et ont été au pouvoir alors que le cœur industriel des États-Unis était en ruine, ainsi que les grandes villes de ce pays et les familles ouvrières de toutes races.

Cette attitude d’adolescents, soutenue et financée par les adultes, peut sembler être un petit prix à payer pour restaurer leur pouvoir et nuire à Trump. En même temps, selon les paroles d’un éminent théologien noir, Black Lifes Matter est « une phrase de marque… conçue pour utiliser les Noirs. Cette phrase déshumanise les Noirs ».

Peut-être qu’une grande partie de la ville de Minneapolis restera en ruines maintenant que ses petits commerces, souvent appartenant aux minorités ethniques qui les ont établis au cours de décennies de sueur et de larmes, ont été pillées et détruites en quelques minutes. Pour les riches indulgents, l’élite managériale dotée de diplômes universitaires et les experts, c’est un prix qui vaut la peine de payer pour restaurer en même temps l’ancien régime et leur pouvoir.

Bref, vue sous cet angle, la tourmente actuelle n’est pas du tout une révolution, mais une contre-révolution antidémocratique.

Paul Adams est professeur émérite en travail social à l’université d’Hawaï et a été professeur et doyen associé aux affaires universitaires à la Case Western Reserve University. Il est co-auteur de Social Justice Isn’t What You Think It Is (La justice sociale n’est pas ce que vous en pensez) et a écrit de nombreux articles sur les politiques de protection sociale et l’éthique professionnelle.

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