Le sort du Royaume-Uni dans les mains des indécis

19 juin 2016
Mis à jour: 19 juin 2016

LONDRES – Rester ou partir, là est la question brûlante. Le 23 juin, la population britannique devra faire un choix : le Royaume-Uni doit-il demeurer ou non membre de l’Union européenne ? Alors que la date fatidique approche, chaque camp martèle aux électeurs qu’il s’agira d’un vote historique.

Il y a deux préoccupations principales au cœur du débat : l’immigration et l’économie.

Les électeurs qui sont plus concernés par l’économie tendent à vouloir demeurer dans l’UE, tandis que ceux concernés par l’immigration tendent à vouloir en sortir.

La question de la souveraineté

Un rapport basé sur un sondage British Social Attitudes de NatCen démontre que peu de gens au Royaume-Uni ont un fort sens d’une identité européenne, alors que seulement 16 % se considèrent comme « Européens ».

« Certains considèrent que l’adhésion à l’UE est une “menace” à ce que des gens considèrent comme une identité britannique distinctive, peut-être en partie en raison des limites que l’adhésion impose à la souveraineté des pays », a écrit dans le rapport John Curtice, un professeur en science politique à l’Université de Strathclyde.

« Au bout du compte, beaucoup d’électeurs perçoivent l’Europe comme étant “l’autre”, ainsi ils remettent en question la légitimité des institutions européennes d’avoir un mot à dire dans la gestion des affaires britanniques », explique-t-il en entrevue téléphonique.

Les économistes qui soutiennent la Brexit (Britain/exit) font valoir les avantages économiques et la souveraineté.

Les partisans de la Brexit martèlent qu’en raison de l’adhésion au club européen, le Royaume-Uni abandonne son contrôle sur l’immigration et voit son contrôle limité en matière de politiques financière et industrielle.

Plusieurs affirment que la Commission européenne, le bras bureaucratique de l’UE, s’est trop ingérée dans les politiques nationales. Le gouvernement britannique n’est pas en mesure d’apporter une aide adéquate à ses aciéries en déroute, en raison des règles de l’UE sur l’intervention étatique visant à préserver la compétition dans le marché européen.

Le pouls des électeurs

Les sondages démontrent que les deux camps sont tête à tête, mais entre eux se trouve un bassin d’indécis.

Helen Meyers, 28 ans, une gestionnaire de contenu en ligne de Battersea, Londres, n’a pas arrêté son choix.

« Je suis indécise. Je ne me suis pas penchée suffisamment sur la question. Je vais prendre une décision au dernier moment. Je voudrais de la meilleure information. Il semble qu’on mise beaucoup sur la peur. Plusieurs personnes que je connais n’arrêtent pas de changer d’idée », mentionne-t-elle.

James Wyatt, un directeur de projet pour une jeune entreprise d’Ealing à Londres, est l’un de ceux qui voteront pour demeurer dans l’UE.

« Je pense que nous allons vers une mondialisation de la planète. Un vote pour la Brexit c’est travailler contre notre évolution en tant que pays, économie, société et en tant que race humaine collective », estime M. Wyatt. « Je pense que ce serait une grave erreur. »

Pour Sathish Jaykumar, un entrepreneur de 37 ans, c’est personnel.

« Je reste. Je suis marié à une Italienne, alors elle va me tuer si je vote pour sortir. Je ne crois pas que quelqu’un peut sortir gagnant en se retirant d’un grand groupe. Le Royaume-Uni seul se fera écraser. »

Certains électeurs seront plus portés à voter pour le statu quo en raison d’une aversion au risque. Faire partie de l’UE est plus familier et procure un sentiment de sécurité.

« Inévitablement, le changement est plus difficile à vendre que le statu quo et plus nous nous approchons du scrutin, c’est quelque chose qui pourrait aider le camp anti-Brexit à gagner quelques électeurs », affirme John Curtice. « Mais ce n’est pas absolu, rappelez-vous que l’autre camp connaît bien cet argument. »

« Ça dépend de quel camp qui remportera cet argument », ajoute-t-il.

Michael Jarmulowicz, un diacre permanent de 66 ans de Willesden Green, à Londres, compte voter pour la Brexit parce qu’il veut que son pays ait plus de liberté et de contrôle sur ses propres lois.

« La corruption est répandue dans l’UE et ils surchargent toutes nos lois », estime-t-il.

James Hogarty, un jardinier d’Islington, à Londres, votera également pour la Brexit. « Je vote pour sortir, principalement en raison de l’immigration. Je n’aime pas les frontières ouvertes », affirme-t-il.

Les préoccupations au sujet de l’immigration et ses répercussions sur l’économie, la culture nationale et l’État-providence sont l’indicateur le plus fort pour déterminer si quelqu’un votera pour la Brexit, selon Matthew Goodwin, un professeur de politique et de relations internationales à l’Université du Kent.

Outre les indécis, même ceux qui pensent avoir fait leur choix pourraient changer d’idée à la dernière minute.

Il y a, par exemple, la députée conservatrice Sarah Wollaston. Elle a récemment changé sa position pour joindre le camp anti-Brexit, se justifiant en disant qu’elle jugeait « fausse » l’affirmation du camp Brexit selon laquelle la sortie de l’UE débloquerait 350 millions de livres par semaine pour le système de santé publique.

Un récent sondage réalisé par ORB pour le compte du quotidien The Independent démontre toutefois une forte poussée de 10 points pour la Brexit, soit la plus grande avance pour ce camp depuis que ORB a commencé à sonder sur le sujet pour le quotidien il y a un an.

Toutefois, il peut être plus difficile pour les firmes de sondage de prédire un référendum qu’une élection, car elles sont moins familières avec le sujet. De plus, les électeurs ne sont pas divisés selon les lignes de parti durant les référendums ; il n’est pas rare pour les partisans d’un même parti de choisir des camps différents.

Version originale : EU referendum in hands of UK’s undecided voters

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