La Russie et la Chine répandraient de fausses informations sur le coronavirus

Par Eva Fu
7 mars 2020
Mis à jour: 8 mars 2020

Selon une haute responsable du département d’État américain chargée de la riposte aux menaces de propagande étrangère, la Russie et la Chine qui, dans leurs stratégies, s’opposent aux États-Unis et à l’Occident en général, propagent de fausses informations dans le cadre de la crise mondiale provoquée par l’épidémie de coronavirus.

« Le coronavirus est un exemple de cas où, pour mettre en œuvre leurs priorités, nos adversaires profitent d’une crise sanitaire qui terrifie les gens dans le monde entier », a expliqué lors d’une récente audition Lea Gabrielle, directrice du Global Engagement Center du département d’État.

Toutefois, alors que la propagande de ces deux pays calomnie et sape les bases des sociétés libres, l’intention et le style de leurs campagnes de désinformation dirigées par l’État diffèrent considérablement, a souligné Mme Gabrielle, avant d’ajouter :

« L’une des meilleures pratiques pour contrer la propagande et la désinformation est de les dénoncer. »

Moscou

Le Kremlin a mis aujourd’hui en jeu « l’ensemble du système de la désinformation russe », y compris les sites web mandatés par l’État, les médias d’État et des « hordes de faux personnages en ligne qui propagent de fausses informations », a indiqué Lea Gabrielle.

Tout en ayant pour objectif la restauration de son image de superpuissance mondiale, la Russie « cherche à affaiblir ses adversaires en manipulant la sphère de l’information de manière néfaste, en polarisant les conversations politiques internes et en essayant de détruire la confiance des gens dans la bonne gouvernance, les médias indépendants et les principes démocratiques ».

En février dernier, Philip Reeker, un haut fonctionnaire du département d’État, a accusé la Russie de s’être servie de milliers de comptes de médias sociaux pour promouvoir des théories de conspiration sans fondement – par exemple, l’affirmation selon laquelle les États-Unis ont développé le coronavirus en tant qu’arme biologique pour « mener une guerre économique » contre la Chine.

« En répandant la désinformation sur le coronavirus, les intervenants malveillants russes mettent en danger, une fois de plus, la sécurité publique en détournant l’attention de la nécessité des mesures sanitaires au niveau mondiale », a déclaré à l’époque Philip Reeker à l’Agence France Presse.

Les mensonges sont un outil pratique du Kremlin, a fustigé à son tour Mme Gabrielle, lui permettant de détourner l’attention du public. En créant et en discréditant un « ennemi » fictif – l’Occident – le gouvernement russe peut justifier l’existence de son système politique et détourner l’attention internationale de ses problèmes internes. Ce faisant, le Kremlin « cherche également à encourager le développement d’éléments les plus extrêmes ou ceux qui provoquent le plus de discorde dans la société [occidentale] », a-t-elle mis en garde.

Pékin

Contrairement à la Russie, qui « cherche à perturber de manière un peu chaotique l’ordre mondial actuel afin d’atteindre ses objectifs, le Parti communiste chinois (PCC) cherche délibérément à le façonner à l’avantage de Pékin », a noté Mme Gabrielle.

Les tentatives de Pékin de censurer les informations « même sur l’ampleur de cette crise mondiale de santé publique » ont mis en évidence les vrais objectifs du PCC : minimiser le nombre de décès en Chine, étouffer toute critique, faire taire les lanceurs d’alerte, y compris ceux qui ont tiré sur la sonnette d’alarme au début de l’épidémie.

Un résident local portant un masque facial balaie le sol à Wuhan, capitale de la province chinoise du Hubei, le 4 mars 2020. (STR/AFP via Getty Images)

Le médecin chinois Li Wenliang, l’un des premiers à avoir attiré dans les médias sociaux l’attention sur une épidémie « semblable au SRAS », a été accusé de propagation de rumeurs. Par la suite, il est décédé de la maladie provoquée par le nouveau virus, après l’avoir contracté auprès d’un patient qu’il traitait. Trois journalistes volontaires chinois – Fang Bin, Chen Qiushi et Li Zehua – ont récemment été arrêtés alors qu’ils documentaient le développement de l’épidémie à Wuhan.

L’application de messagerie chinoise WeChat et l’application de streaming vidéo YY ont été munies des mots-clés permettant de censurer les messages contenant des termes liés au virus – ceci probablement à la suite des « directives officielles », indique un nouveau rapport du groupe de recherche canadien Citizen Lab.

De telles démarches sanctionnées par l’État-Parti chinois « démontrent la sensibilité de Pékin qui craint d’être présentée comme responsable au niveau national et international », a martelé Mme Gabrielle.

Campagne de « l’ensemble du gouvernement »

Les mesures de propagande de Pékin portent un caractère global et sont mises en œuvre en déployant « l’approche de l’ensemble du gouvernement » : des outils politiques, économiques, militaires et d’information sont utilisés pour faire passer le message du régime au niveau national et international, a noté Lea Gabrielle.

Récemment, le régime chinois est revenu sur ses affirmations initiales selon lesquelles le virus provenait d’un marché d’animaux vivants et de fruits de mer à Wuhan. Zhao Lijian, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a déclaré le 5 mars que « l’origine du virus est encore indéterminée », soulignant que Pékin a été « largement saluée » pour « la vigueur, l’efficacité et la rapidité » de sa réaction à l’apparition du nouveau virus.

Des exemplaires de l’édition africaine du quotidien China Daily, contrôlé par d’État chinois, disponibles dans un kiosque à journaux à Nairobi, la capitale du Kenya, le 14 décembre 2012. (Tony Karumba/AFP via Getty Images)

Ces derniers jours, les médias d’État chinois ont, à leur tour, commencé à répandre la fausse nouvelle que le virus provient des États-Unis.

Les médias d’État ont également publié une série d’articles glorifiant la réaction de la Chine à l’épidémie. Par exemple, un article paru le 5 mars dans le China Daily affirmait que la lutte du gouvernement chinois contre le virus était « une histoire de fierté ».

Concernant les allégations de Pékin au sujet du pays d’origine du virus, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a noté que le régime chinois avait lui-même déclaré que « le virus provenait de Wuhan ».

« Nous sommes sûrs de savoir où cela a commencé [c.-à-d. en Chine] et nous sommes également convaincus qu’il y avait des informations qui auraient pu être mises à disposition plus rapidement et que des données auraient pu être fournies et partagées entre les professionnels de la santé du monde entier », a-t-il déclaré à chaîne CNBC le 6 mars.

« Tout cela est très regrettable », a-t-il ajouté.

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