S’appuyer sur la tradition pour bâtir l’avenir : la signification derrière « Enrouler l’écheveau »

Par Eric Bess
24 mai 2021
Mis à jour: 24 mai 2021

Il y a toujours une place dans nos vies pour la beauté, l’attention et le respect que l’on trouve dans la culture traditionnelle. Nous pouvons la rechercher et trouver un moyen de l’apporter à l’avenir afin que les générations suivantes disposent d’une base sur laquelle elles pourront s’appuyer.

Le peintre britannique du XIXe siècle Frederic Leighton m’a inspiré une profonde réflexion sur la tradition avec son tableau Enrouler l’écheveau.

Enrouler l’écheveau, vers 1878, par Frederic Leighton. Huile sur toile, 100,3 x 161,3 cm. Galerie d’art de Nouvelle-Galles du Sud, Sydney, Australie. (Domaine public)

Enrouler l’écheveau

Dans Enrouler l’écheveau de Leighton, nous voyons deux personnages en train d’enrouler du fil en une boule. La personne de gauche est plus âgée que celle de droite et donne une impression de mère. Nous appellerons la personne de gauche la mère et la personne de droite la fille.

La mère est vêtue d’un simple vêtement blanc classique, et elle est assise sur un petit banc. À sa droite se trouve un panier contenant des fils de différentes couleurs. Elle regarde le fil rougeâtre entre ses deux mains, qu’elle tient pour sa fille.

Sa fille, vêtue d’un haut blanc et d’une jupe rougeâtre, tire le fil des mains de sa mère et l’enroule dans la pelote qu’elle tient. À ses pieds se trouvent d’autres pelotes de fil terminées, ce qui montre que ces deux-là travaillent depuis un certain temps.

La mère et la fille travaillent en équipe sur un balcon. Il y a des marches qui commencent à la droite de la fille. Elles travaillent toutes les deux devant un paysage maritime montagneux, sous un ciel nuageux mais lumineux.

Qu’est-ce que cela peut signifier exactement ? Quelle signification pouvons-nous en donner pour nos vies aujourd’hui ?

Construire sur la tradition avec attention et respect

En tant qu’artiste, l’une des premières choses qui me frappent est l’attention avec laquelle la mère regarde le fil qu’elle tient. Le regard qu’elle porte dénote un certain niveau de respect pour son métier, ce qui se traduit par une expertise, car je présume que ce métier est quelque chose qu’elle a enseigné ou qu’elle enseigne à sa fille.

Cela me fait penser qu’il ne peut y avoir d’expertise sans une attention et un respect profonds pour l’artisanat, quel qu’il soit. Nous pouvons adopter cette attitude dans nos foyers et sur nos lieux de travail afin d’aborder la vie et le travail avec le soin et le respect qu’ils méritent.

Cela dit, ce tableau me fait également penser que non seulement les métiers traditionnels sont transmis de génération en génération, mais que ce type d’attitude ou de façon de penser peut également être transmis, et que la relation entre le métier et l’état d’esprit peut constituer ce que nous appelons la culture. Ainsi, c’est la culture qui peut être transmise de génération en génération.

Le fil représente-t-il potentiellement la transmission de la culture traditionnelle ? La mère, représentant la tradition dans sa robe classique, passe le fil à sa fille. Cette dernière enroule le fil en une pelote qui sera utilisée plus tard pour créer des textiles.

Les textiles sont une forme de création : Ils sont utilisés pour créer des vêtements, des nappes, de la literie, etc. Si la fille représente la jeune génération, se peut-il que la source de la créativité de la fille soit la mère, c’est-à-dire la tradition ?

Il est intéressant de noter que la jupe de la fille est de la couleur du fil qu’elle enroule, comme si ce fil avait été utilisé à un moment donné pour créer la jupe qu’elle porte maintenant. Cela suggère-t-il que les jeunes générations peuvent se parer et parer la culture dont elles héritent avec les beaux métiers et les belles attitudes que l’on trouve dans la tradition ?

Si oui, comment ce transfert de beauté, de soin et de respect se produit-il ? Comment la jeune génération fait-elle ressortir la beauté, l’attention et le respect de l’ancienne ?

La mère regarde avec attention et respect le fil, qui représente la culture, mais la fille regarde intensément sa mère. La mère, qui n’est plus une enfant et qui est maintenant experte dans son métier, remplit le rôle de gardienne de la culture. D’une certaine manière, prendre soin de la culture, c’est prendre soin de sa fille.

Mais la fille, en regardant sa mère, doit reconnaître les efforts de sa mère. La fille doit être prête à apprendre de sa mère, à profiter de la sagesse et de l’expérience qu’elle a acquises. Les jeunes générations doivent être prêtes à apprendre des succès et des échecs des générations précédentes ; la jeune génération doit être prête à apprendre de la tradition.

Les deux générations doivent travailler ensemble. Elles doivent travailler en harmonie. Les deux personnages sont harmonisés non seulement l’un avec l’autre mais aussi avec le paysage maritime montagneux derrière eux. Même le fil qui pend entre eux coule en tandem avec le rebord du balcon, la masse de terre derrière eux et la ligne d’horizon.

La beauté, l’attention et le respect apportés par la tradition harmonisent les générations entre elles et avec la nature. Ainsi, le paysage pourrait également représenter l’espace sur lequel la jeune génération intégrera sa culture héritée.

Cela ne signifie pas que la fille fera uniquement ce que la mère lui enseigne ; cela ne signifie pas que la jeune génération verra sa créativité étouffée par les règles de la tradition. Au contraire, le fondement de la tradition permet différentes formes d’expression, d’où la couleur et le dessin différents de la jupe de la fille.

La tradition peut être utilisée pour élever la jeune génération à quelque chose de plus beau, de plus attentionné et de plus respectueux que la génération précédente. Est-ce la raison pour laquelle les marches sont derrière la fille ? C’est comme si la fille pouvait prendre les informations qu’elle a apprises de sa mère, se retourner à tout moment et monter les marches derrière elle.

Mais monter les marches derrière elle suggère que la fille devra peut-être se détourner de sa mère, c’est-à-dire se détourner de la tradition.

Cela ne signifie pas que la fille renie la tradition dans son ensemble, mais peut-être cela suggère-t-il qu’il est également de la responsabilité de la jeune génération de laisser derrière elle tout ce qui est destructeur. Ce n’est pas parce que quelque chose est fait depuis longtemps qu’il n’y a pas de meilleure façon de le faire.

Je peux donc imaginer que la fille apprenne tout ce qu’il y a à apprendre sur l’enroulement du fil jusqu’à ce qu’elle le maîtrise elle-même. Elle aussi en vient à aborder son métier avec l’attention et le respect qu’il mérite, et grâce à cette attention et à ce respect, elle perpétue la tradition qui lui a été transmise, contribuant à créer à sa place une culture encore plus belle.

Elle se retourne et monte les marches jusqu’à une autre plate-forme où, adulte, dans son haut blanc et sa jupe rougeâtre, elle s’assied sur un banc pour enseigner à ses enfants une tradition qu’ils pourront, espérons-le, perpétuer.

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement perspicace pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles les générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront un voyage de réflexion dans le but de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess est artiste figuratif en exercice et candidat au doctorat à l’Institut d’études doctorales en arts visuels (IDSVA).

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