Les manœuvres internationales de la « Gestapo chinoise » pour éradiquer la pratique spirituelle du Falun Gong

Par Frank Fang
8 octobre 2021
Mis à jour: 8 octobre 2021

Durant une vingtaine d’années, une agence secrète s’est efforcée d’exécuter les ordres des hauts dirigeants du Parti communiste chinois et d’éradiquer un groupe spirituel considéré comme une menace pour le régime athée.

Connu sous le nom de « Bureau 610 », cet organisme « extra-légal » a été créé en 1999 pour cibler spécifiquement les pratiquants du Falun Gong. Bien que très peu d’informations aient été rendues publiques concernant ce « bureau », rien notamment sur sa chaine de commandement, il apparait clairement que ses activités ne se limitaient pas aux seules frontières de la Chine.

Selon un rapport de 650 pages récemment publié par l’Institut d’études stratégiques des écoles militaires – un groupe de réflexion financé par l’armée française – qui détaille l’étendue des activités d’influence mondiale du Parti communiste chinois (PCC), le Bureau 610 comptait environ 15 000 personnes en Chine et à l’étranger chargées de persécuter les pratiquants de Falun Gong.

Le Falun Gong, également connu sous le nom de Falun Dafa, est une pratique spirituelle qui intègre des exercices de méditation et des enseignements moraux basés sur la vérité, la compassion et la tolérance. Dans les années 1990, en Chine, la popularité de la pratique est montée en flèche et à la fin de la décennie le nombre de pratiquants était estimé entre 70 et 100 millions.

Selon le rapport, Jiang Zemin, le secrétaire général du Parti à l’époque, s’est senti menacé par la popularité croissante du groupe spirituel.

«  Jiang Zemin y décèle une menace pour la survie du Parti qui ne peut tolérer l’existence d’une structure sociale hors de son contrôle », peut-on lire dans le rapport.

En conséquence, le 10 juin 1999, Jiang Zemin fonde le Bureau 610 – le nom du bureau se réfèrant à la date de sa création. Ce bureau fonctionne tout comme la Gestapo de l’Allemagne nazie, avec des pouvoirs supérieurs à ceux des tribunaux et de la police.

Ce bureau, ainsi que les organes de sécurité publique et juridiques du PCC, ont initié une vaste campagne de persécution, et celle-ci se poursuit à ce jour. Selon le site d’information du Falun Dafa, faluninfo.net, ce sont dès lors des millions de pratiquants de Falun Gong qui ont été détenus dans des prisons, des camps de travaux forcés et autres installations, et des centaines de milliers qui ont été torturés.

Des documents internes obtenus par Epoch Times montrent que le Bureau 610 a finalement été dissout entre 2018 et 2019, et que ses fonctions ont été intégrées à d’autres organes du PCC, notamment la Commission centrale des affaires politiques et juridiques et les forces de police chinoises.

Malgré ce changement structurel, rien n’indique cependant que le PCC ait apaisé sa campagne de répression. Au cours des 6 premiers mois de l’année 2021, au moins 674 pratiquants du Falun Gong ont été condamnés illégalement, la peine la plus longue étant de 14 ans, selon Minghui.org, un site Internet basé aux États-Unis qui suit la persécution des pratiquants de Falun Gong.

Persécution à l’étranger

Le Bureau 610 a longtemps disposé d’agents à l’étranger pour réprimer et dénigrer les communautés du Falun Gong dans le monde entier.

« Il y a notamment un membre du Bureau 610 dans chaque mission diplomatique chinoise, dont la mission est de détecter, ficher et persécuter les adeptes de ce mouvement, tout en menant des actions de propagande en direction des gouvernements étrangers pour les dissuader d’entretenir des relations avec eux », peut-on lire dans le rapport.

« Même si le bureau 610 n’est pas un acteur de premier plan des opérations d’influence chinoises, ses activités dans les pays abritant de nombreux adeptes du Falun Gong constituent une véritable ingérence. »

Le rapport cite partiellement le témoignage de Chen Yonglin lors d’une audience du Congrès de la Chambre des représentants des États-Unis en 2005. Chen Yonglin est un ancien diplomate chinois qui a fait défection en Australie dix ans auparavant. Avant sa défection, Chen Yonglin était consul à Sydney et il était chargé de mettre en œuvre les politiques de Pékin concernant le Falun Gong.

Selon Chen Yonglin, le consulat-général avait créé un « groupe spécial » pour « surveiller et persécuter » les pratiquants de Falun Gong en Australie. Ce groupe « s’insérait dans le dispositif national [Bureau 610] ».

Le diplomate a précisé que des groupes similaires ont été mis en place aux États-Unis et dans les pays ou le Falun Gong est actif.

Ainsi, en 2008, pendant plusieurs mois, le quartier de Flushing à New York a été le théâtre de violences soutenues contre des pratiquants de Falun Gong. Des foules de ressortissants chinois agressaient physiquement, harcelaient verbalement et jetaient des pierres sur des pratiquants de Falun Gong.

Il s’est avéré par la suite que cette campagne de violence de plusieurs mois avait été initiée par le consulat chinois de New York. Lors d’un appel téléphonique sous couverture, le consul général de New York de l’époque, Peng Keyu, a admis avoir incité des groupes pro-PCC à mener cette série d’attaques.

Dans son témoignage, Chen Yonglin a également rapporté qu’en Australie, le groupe local affilié au Bureau 610 était soutenu par une importante cellule du renseignement qui opérait sur le territoire.

« Je sais qu’il y a plus de 1 000 agents secrets et informateurs chinois en Australie qui ont joué un rôle dans la persécution du Falun Gong, et le nombre aux États-Unis est certainement plus élevé », a-t-il expliqué.

En complément du travail de ce réseau local d’espions, les diplomates chinois ont également fait pression sur les responsables politiques australiens pour qu’ils acceptent la position du Parti concernant le Falun Gong. Ainsi, a-t-on offert aux responsables locaux des avantages politiques et économiques. Finalement, le consulat « a réussi » efficacement à réduire le nombre d’hommes politiques disposés à rencontrer les pratiquants locaux de Falun Gong ou à publier des lettres de soutien.

Des incidents similaires ont eu lieu dans les consulats chinois aux États-Unis. Selon une audition du Congrès en 2002, les maires de plusieurs villes américaines, dont Baltimore, Westland, Houston, San Francisco, Saratoga et Seattle, ont subi des pressions de la part du consulat de leur région pour ne pas publier de proclamations en faveur du Falun Gong ou pour annuler celles qui avaient déjà été publiées. Et certains maires s’y sont pliés en retirant leurs proclamations.

Un incident plus récent s’est produit en août 2017, lorsque le comité judiciaire du Sénat de l’État de Californie a approuvé à l’unanimité une résolution condamnant le PCC pour la persécution du Falun Gong. Cependant, quelques jours plus tard, les parlementaires ont tenu un autre vote pour renvoyer la mesure au comité du règlement. Ils ont ainsi empêché la résolution d’être soumise à un vote en séance.

Ce revirement a eu lieu du fait d’une lettre de menace que le consulat chinois de San Francisco a envoyée à tous les membres du Sénat de l’État de Californie. Dans cette lettre, le consulat faisait savoir que cette résolution risquait « d’endommager sérieusement les relations de coopération entre l’État de Californie et la Chine » dans des domaines tels que le commerce et le tourisme.

Finalement, la résolution sur le Falun Gong n’a jamais été soumise au vote du Sénat.

Les manœuvres du PCC

Le rapport indique qu’un réseau similaire pour cibler la communauté du Falun Gong a opéré au Canada selon le témoignage d’un ancien fonctionnaire du Bureau 610, Hao Fengjun, qui a fui la Chine en 2005 et a demandé l’asile politique en Australie.

Selon les déclarations de Hao Fengjun, il y avait à son époque plus de 1 000 espions au Canada chargés de surveiller les pratiquants locaux de Falun Gong. Parmi ces espions se trouvaient des Canadiens d’origine chinoise, des hommes d’affaires et des étudiants, et leurs activités se concentraient principalement à Vancouver et à Toronto.

Au Canada, le PCC a également déployé une autre méthode notoire pour diffamer le mouvement : il a utilisé des personnes se faisant passer pour des pratiquants de Falun Gong et a envoyé des courriels insultants et parfois menaçants à des représentants du gouvernement, selon le rapport.

Amnesty International Canada et la Coalition canadienne pour les droits de l’homme en Chine ont également évoqué cette manœuvre dans leur rapport de 2020. Selon le rapport, c’est une manœuvre typique du PCC à l’étranger contre les pratiquants de Falun Gong. Elle est destinée à « saper leur réputation » et à « nuire à leurs relations avec les interlocuteurs ».

Pour étayer ce constat, le rapport de 2020 cite deux hommes politiques canadiens – Judy Sgro et Peter Julian – qui ont reçu ces faux courriels.

« Des responsables gouvernementaux de tous niveaux dans de nombreux pays ont été ciblés de manière répétée et systématique par des courriels trompeurs provenant de personnes prétendant être des pratiquants de Falun Gong. L’expéditeur est souvent obsessionnel, irrationnel et grossier, ce qui donne une légitimité aux affirmations du régime chinois selon lesquelles le Falun Gong est une menace pour la société », peut-on lire dans le rapport, qui cite un membre anonyme de l’Association canadienne du Falun Gong.

En Argentine, les agents du PCC ont mis en place une autre tactique visant à ternir la réputation du Falun Gong : inciter les médias à diffuser des contenus diffamant la pratique.

Le rapport cite un incident survenu en 2020, au cours duquel un intermédiaire du PCC a offert 20 000 pesos (environ 175 €) au rédacteur en chef d’un petit média en échange de la publication d’un article diffamant le Falun Gong. Ce même intermédiaire a également essayé d’acheter d’autres médias locaux plus importants, dont Infobae, El Cronista Comercial et Diario Popular, pour qu’ils publient le même article.

Frank Fang est journaliste à New York. Il couvre les nouvelles en Chine et à Taiwan. Il est titulaire d’une maitrise en science des matériaux de l’Université Tsinghua à Taiwan.


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