Il serait imprudent de rejeter la théorie de la fuite du virus du laboratoire de Wuhan

Par Clive Hamilton
15 mai 2020
Mis à jour: 15 mai 2020

Donald Trump dit qu’il pense que le coronavirus a accidentellement fui d’un laboratoire de Wuhan, mais il n’a pas donné de preuves. Les agences de renseignement des États-Unis et d’Australie disent ne pas avoir de preuves tangibles. Le gouvernement australien affirme qu’il est bien probable que le virus ait été transféré d’un animal à l’homme sur le « marché des fruits de mer et d’autres animaux vivants » de Wuhan. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo semble revenir sur ses déclarations fermes antérieures.

Certains traitent les paroles de Trump comme étant sans fondement, nous attendons de voir s’il va les confirmer. En attendant, il ne sera pas judicieux de rejeter l’hypothèse d’une fuite accidentelle du laboratoire. Voici pourquoi.

Il faut tout d’abord noter qu’il ne s’agit pas d’une théorie du complot, c’est une hypothèse d’accident. Nous ne devrions pas confondre l’allégation d’une fuite accidentelle d’un virus naturel avec l’allégation selon laquelle le virus a été développé ou manipulé en laboratoire pour devenir plus mortel. L’analyse génétique a réfuté cette dernière suggestion.

Les principales preuves indiquant une fuite de laboratoire proviennent de recherches publiées par des scientifiques chinois avant que Pékin ne les censure. Le 29 janvier dernier, un article écrit par des chercheurs chinois a été publié dans le New England Journal of Medicine. Il concluait, à partir d’une étude effectuée sur 425 patients atteints de coronavirus, seulement 55 % des cas diagnostiqués avant le 1er janvier 2020 étaient liés au « marché des fruits de mer et d’autres animaux vivants ». En d’autres termes, l’article constatait que 45 % des cas sont apparus sans contact apparent avec le marché.

Le 6 février, un article de deux scientifiques des universités de Wuhan, intitulé « Les origines possibles du coronavirus 2019-nCoV », est paru. Botao Xiao et Lei Xiao ont noté que l’habitat des chauves-souris porteuses du virus présumé se trouvait à 900 kilomètres du marché de Wuhan, que les chauves-souris n’étaient pas consommées par les habitants de cette ville et « qu’aucune chauve-souris n’a été vendue sur ce marché ».

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Il n’y a pas non plus de preuve de l’existence d’un porteur de virus intermédiaire (les spéculations se sont concentrées sur les pangolins). Les scientifiques chinois ont souligné qu’il y a deux centres de recherche à Wuhan qui font des expériences sur les virus des chauves-souris : l’un se trouvant à moins de 300 mètres du marché et l’autre, l’Institut de virologie de Wuhan, à environ 12 kilomètres. Ils ont conclu que « le coronavirus meurtrier provenait probablement d’un laboratoire de Wuhan ». L’article a été rapidement retiré. Botao Xiao a ensuite déclaré au Wall Street Journal qu’il avait retiré l’article parce que ce dernier manquait de « preuves directes ».

Ainsi, l’Institut de virologie de Wuhan se trouve à 12 kilomètres du marché lié à l’apparition du premier grand groupe de cas Covid-19.

Une étude plus approfondie, menée par 27 scientifiques chinois et publiée dans The Lancet le 15 février dernier, a révélé que 27 des 41 patients admis à l’hôpital tout au début de l’épidémie avaient été exposés au marché, ce qui en laissait 14 qui ne l’avaient pas été. La première personne diagnostiquée avec le Covid-19 (le 1er décembre) n’a eu aucun contact avec le marché et habitait loin de là.

Richard Lucey, un expert en maladies infectieuses de l’Université de Georgetown qui avait étudié les premières données, a déclaré au magazine Science que le virus devait circuler silencieusement à Wuhan bien avant l’apparition du premier groupe d’infectés lié au marché. Les autorités, a-t-il dit, ont dû se rendre compte que l’épidémie ne provenait pas de ce marché de fruits de mer de Wuhan Huanan », bien qu’elles diffusaient cette version.

Le 14 février, le dirigeant chinois Xi Jinping a prononcé un discours devant la direction du Parti communiste déclarant que la Chine devait « combler les lacunes révélées par l’épidémie ». Il a annoncé la mise en place rapide d’une nouvelle loi sur la « biosécurité dans les laboratoires », visant spécifiquement l’utilisation d’agents biologiques qui « peuvent nuire à la sécurité nationale ». Cette loi était en cours d’élaboration depuis quelques mois et certains experts affirment qu’il faut s’attendre à un renforcement des mesures de sécurité dans les laboratoires après une épidémie comme celle-ci.

Le lendemain, le ministère chinois des Sciences et de la Technologie a publié une nouvelle directive : « Renforcer la gestion de la biosécurité dans les laboratoires de microbiologie qui manipulent des virus avancés comme le nouveau coronavirus ». Là encore, les experts étrangers qui avaient travaillé à l’Institut de virologie de Wuhan ont déclaré que c’était normal après une épidémie.

L’Institut de virologie de Wuhan est « le seul établissement en Chine autorisé à manipuler les agents pathogènes connus comme les plus dangereux, y compris les virus Ebola et Lassa ». Il étudiait depuis plusieurs années les nouveaux coronavirus liés au SRAS chez les chauves-souris. La recherche incluait notamment la manipulation des coronavirus pour les rendre plus efficaces. Les chercheurs doivent prendre des mesures strictes pour ne pas contacter des virus. On sait que des fuites de laboratoire ont eu lieu dans différents coins du monde.

En novembre 2019, l’Institut de virologie de Wuhan a émis un avis invitant des candidats à postuler pour rejoindre une équipe dirigée par le Dr Peng Zhou qui utilisait des chauves-souris pour ses recherches sur le virus Ebola et les coronavirus associés au SRAS. Peng Zhou étudiait comment les chauves-souris peuvent être porteuses de virus hautement pathogènes sans tomber malades elles-mêmes.

À la mi-janvier, le général Chen Wei, épidémiologiste et virologiste le plus haut gradé de l’armée chinoise, est arrivé à Wuhan avec une équipe de scientifiques militaires. Ils se sont installés à l’Institut de virologie de Wuhan. À cette époque, des messages circulaient sur les plateformes de médias sociaux chinois WeChat et Weibo, affirmant que le « patient zéro », le premier à avoir été infecté, était une chercheuse de l’Institut de virologie de Wuhan. Il a été suggéré que c’était une diplômée de cet Institut, qu’elle travaillait sur les coronavirus et qu’elle n’avait jamais visité le « marché des fruits de mer et d’autres animaux vivants ». Par la suite, l’Institut a publié une déclaration affirmant que la personne en question avait quitté Wuhan en 2015 et était en assez bonne santé.

Début février, alors que l’épidémie s’étendait à d’autres pays, l’État-parti chinois a commencé à s’inquiéter des dommages qui pourraient être infligés à sa réputation internationale et a commencé une campagne pour nier le fait que le virus avait son origine à Wuhan. Il a répandu des désinformations telles que l’affirmation extravagante que les militaires américains auraient apporté le virus à Wuhan ou, plus tard, que le virus provenait d’Italie.

Pékin a également pris des mesures rapides pour arrêter toute recherche dans ce domaine. Le mois dernier, le Conseil d’État chinois a ordonné aux universités et aux instituts de recherche chinois de mettre en place une gestion stricte de tous les documents scientifiques concernant le coronavirus, en particulier ceux qui traitent de son origine. Un contrôle politique est désormais requis avant toute publication. Le 9 avril, le directeur de l’Institut de virologie de Wuhan a envoyé un courriel à son personnel lui demandant de ne divulguer aucune information sur la maladie, pas même aux médias d’État chinois ou aux institutions partenaires.

Le régime chinois ne veut pas que la vérité soit connue, allant même jusqu’à supprimer, dans un article d’opinion de l’Union européenne, des mots indiquant que l’épidémie est originaire de Chine. Cependant, connaître la vérité est très important, car la prévention d’une catastrophe similaire en dépend. Si la pandémie était attribuable à un accident de laboratoire, la réponse serait alors un renforcement des contrôles en laboratoire (et les responsables auraient beaucoup d’explications à donner). Si le virus provient de la vente d’animaux vivants sur le marché, la réponse est alors de mettre fin au commerce d’animaux vivants. Ou, alors, la vérité se trouve peut-être ailleurs.

La question donc se pose : est-ce que le monde connaîtra la vérité sur l’origine du nouveau coronavirus ? Les scientifiques chinois sont parmi les leaders mondiaux en virologie, en génétique et en épidémiologie et ils ont beaucoup à nous apprendre. Cependant, Pékin, paranoïaque à l’idée d’être blâmé pour la pandémie, les a réduits au silence.

Si le virus s’est effectivement échappé d’un laboratoire, il semble que le monde ne le saura que si quelques âmes courageuses divulguent des documents appropriés ou donnent autrement l’alerte.

Clive Hamilton est professeur à l’université Charles Sturt de Canberra, Australie, et co-auteur avec Mareike Ohlberg de Hidden Hand : Exposing how the Chinese Communist Party is reshaping the world, qui doit paraître en juin 2020.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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