Le siège de Changchun : souvenirs d’une famine sous le siège communiste

1 mai 2017
Mis à jour: 23 octobre 2017

Selon le journal officiel Xinwenhua Bao, le 4 juin 2006, lors de la construction d’un pipeline, un grand nombre de squelettes ont été découverts dans le district de Luyuan de la ville de Changchun. On y lisait que « chaque coup de pelle se butait à des ossements jaunâtres. Après quatre jours d’excavation, des milliers d’os ont été découverts ».

Les squelettes mettaient à jour une page sombre de l’histoire chinoise. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la défaite de l’Empire du Japon, la paix a été brève en Chine. En 1946, après que l’envahisseur étranger a été chassé du pays, une guerre civile a éclaté.

En 1948, le Parti communiste chinois (PCC), en pleine croissance, a renversé les troupes du gouvernement nationaliste envoyées pour sécuriser le nord-est du pays. Une série de défaites des nationalistes a abouti au siège de Changchun, du 23 mai au 19 octobre 1948 – une période pendant laquelle les forces communistes ont coupé tous les approvisionnements de nourriture dans la ville. En même temps, ils ont empêché les civils de quitter la ville assiégée, entraînant la mort de 150 000 à 300 000 personnes, selon les récentes estimations.

Le siège de la faim

La ville moderne de Changchun, bâtie par des architectes japonais et par la main-d’œuvre chinoise, a été encerclée à la suite des défaites des troupes nationalistes au sud-ouest de cette ville. Le 13 mars 1948, ce fut le début de la fin pour les troupes nationalistes lorsque le centre ferroviaire de Siping est tombé aux mains des communistes, coupant les nationalistes de leurs alliés. Les victoires ultérieures des communistes dans la région de la Grande Muraille n’ont fait que sceller le destin de la ville.

À la fin du mois de mai, le PCC a coupé les transportations aériennes vers Changchun, confinant la ville à un isolement militaire et économique complet. En juin, les officiers communistes Lin Biao, Luo Ronghuan et Tan Zhenglian ont élaboré leur « stratégie de siège de Changchun », qui consistait à couper tous les liens de transport et de commerce avec le monde extérieur et à arrêter, en particulier, l’approvisionnement en nourriture, en bois de chauffage et autres biens de première nécessité. Cette stratégie a été approuvée par le leader communiste Mao Zedong.

Comme les réserves alimentaires dans la ville ne pouvaient durer que jusqu’à la fin du mois de juillet, le dirigeant nationaliste chinois Chiang Kai-shek a ordonné au général Zheng Dongguo, commandant adjoint des forces nationalistes du nord-est, d’évacuer les civils de la ville dès le 1er août.

Or, les communistes ont eu vent de ce plan et ont interdit aux civils de quitter la ville à titre de réfugiés – leur présence étant requise pour mettre en œuvre la stratégie de siège.

Dans son livre Memoirs of Defeat in War, Duan Kewen, fonctionnaire de la province du Jilin, cite des conversations dont il a été témoin :

« Une sentinelle a dit à un réfugié : “N’allez pas plus loin. Si vous le faites, nous devrons vous tuer.” Le réfugié a répliqué : “Nous sommes tous de simples citoyens, comment pouvez-vous nous faire mourir de faim ?” La sentinelle a répondu : “C’est l’ordre du président Mao. Nous n’osons pas lui désobéir.” »

Des troupes communistes lors de la guerre civile en Chine (Domaine public)

Selon Duan, ceux qui avaient tenté de fuir, malgré tout, ont été abattus. À la même époque, on parlait d’un commandant communiste qui a préféré se suicider plutôt que d’être complice des crimes infligés à ses compatriotes innocents.

Le 9 septembre, Lin Biao, Luo Ronghuan, Liu Yalou et Tan Zhenglian ont rapporté à Mao : « Le siège a permis d’obtenir des résultats importants, entraînant une pénurie de nourriture grave dans la ville… pour se remplir l’estomac, des résidents mangent les feuilles des arbres et de l’herbe. Beaucoup sont déjà morts de faim. » Ils ont relaté que des réfugiés se mettaient à genoux devant les sentinelles communistes, les priant de les laisser partir, alors que d’autres mouraient devant les sentinelles qui les regardaient sans rien faire. Certains civils leur ont même laissé leurs bébés avant de repartir. D’autres se sont pendus devant les postes de garde.

Le 20 octobre, les troupes nationalistes qui restaient à Changchun sous le commandement du général Zheng, se sont rendues. Le PCC s’est vanté d’avoir repris Changchun sans tirer un coup de feu – bien qu’au prix de centaines de milliers de morts de civils. Le journal nationaliste Central Daily News a écrit qu’en quatre mois, soit de la fin juin au début octobre, il y avait eu au moins 150 000 cadavres près du front à Changchun. Shang Chuandao, ancien maire de Changchun, a écrit dans ses mémoires que, pendant le siège, au moins 120 000 personnes étaient mortes de faim ou de maladies.

L’enfer sur terre

Le général Zheng se rappelle des scènes ayant marqué le mois de juillet jusqu’à la capitulation :

Les gens qui sont sortis vivants de Changchun se rappellent « avoir mangé l’herbe et les feuilles des arbres, avoir bu l’eau de pluie qui s’était accumulée dans différents récipients. Et quand cette eau a été toute bue, c’est l’eau recueillie de crânes humains remplis de larves, que nous avons bue ». « Chaque jour, le [PCC] annonçait qu’il libérerait ceux qui avaient une arme à feu. Et ceux ayant rendu leurs armes ont effectivement été libérés. Chaque jour, des gens étaient relâchés, surtout des gens riches, qui avaient acheté des armes dans la ville. »

Plus tard, la faim a été si sévère qu’elle a engendré le cannibalisme qui est devenu un phénomène courant.

Duan Kewen, fonctionnaire de la ville, a relaté qu’il avait entendu que les habitants de Changchun avaient pris d’assaut un magasin où l’on vendait de la viande cuite. Duan a envoyé ses gens enquêter et a découvert que la viande vendue était en fait de la viande humaine. Plus tard, des trafiquants se sont mis à kidnapper des enfants et à les battre à mort. Après leur avoir coupé la tête, les enfants étaient dépecés, hachés et cuits.

Duan relate également qu’en raison de la pénurie, sa femme et son fils ont passé quelques jours dans la zone entre la ville et la ligne de front du PCC. Ne pouvant s’échapper, ils sont revenus finalement en ville. Pendant des jours après leur retour, ils ont eu tous les deux des problèmes mentaux, ils pleuraient sans cesse. Son fils lui parlait tout le temps des cadavres qu’il avait vus partout avec des ventres gonflés après des jours passés sous le soleil.

Témoin de la situation de faim chronique, du cannibalisme et des cadavres couvrant les rues sans avoir droit à un enterrement, le général Zheng a conclu :

« Changchun a été une belle ville, mais maintenant elle est dévastée avec des cadavres partout – elle est devenue un enfer sur terre. »

Se souvenir du siège

Homare Endo à l’âge de cinq ans dans sa ville natale de Changchun (Gracieuseté de Homare Endo)

Homare Endo, fille de colons japonais, est née à Changchun en 1941. À l’âge de 7 ans, elle a vécu le siège au cours duquel ses frères aîné et cadet sont morts de faim. Plus tard, elle a été aussi témoin de la folie de différentes campagnes politiques à la suite de la prise de pouvoir du PCC. En 1953, Homare Endo et sa famille sont retournées au Japon. En 1984, elle a publié un livre intitulé Qiaz : [« no-man’s land » autour de Changchun] No Escape from the Great Earth.

En août 2016, dans une entrevue accordée à Voice of America, Mme Endo se souvient : « La faim nous a contraints à manger des grains de distillation, puis nous avons commencé à manger des légumes sauvages, des feuilles d’orme et des écorces d’arbres. Partout, des corps morts jonchaient les rues et on voyait des chiens les dévorer. »

Un passage du livre décrit comment Homare Endo a conduit les 90 Japonais qui restaient encore à Changchun vers la zone « qiazi », qui était bouclée par deux rangées de fils barbelés. Comme des cadavres en décomposition et desséchés jonchaient la zone, ils ont tenté de trouver un espace propre pour dormir. Toutefois, à leur réveil, ils ont constaté qu’ils avaient dormi sur des corps morts, qu’ils étaient entourés de cadavres et de réfugiés.

L’ouvrage de Mme Endo ne peut être publié en Chine. Presque tous les éditeurs ont refusé de publier son livre pour la même raison : le sujet est trop « sensible ». En 2014, ce livre a cependant été traduit en mandarin et publié à Taiwan. En août 2016, le livre a été publié en anglais sous le titre de Japanese Girl at the Siege of Changchun.

Dans l’entrevue à Voice of America, Mme Endo a déclaré : « Je suis redevable à la Chine pour m’avoir élevée. Et comme je porte toujours cette souffrance indicible, je veux faire connaître la vérité, pour qu’on se souvienne de “qiazi” et aider les âmes de ceux qui y sont morts. Les Chinois ont le droit de connaître la vérité de cette page d’histoire et d’en tirer une leçon. »

En 1989, Zhang Zhenglong, colonel chinois à la retraite, a publié le livre White Snow, Red Blood consacré au siège de Changchun. Le livre décrit en détail l’enrôlement forcé et les morts massives à la suite de la famine. Une fois publié, ce livre a créé un émoi et a été vendu à 100 000 exemplaires. Or, peu de temps après, le livre a été interdit en Chine parce qu’il « honorait » le dirigeant nationaliste Chiang Kai-shek et contenait une « inexactitude » sur le général Lin Biao, officiellement considéré comme un traître du Parti. Par conséquent, Ma Chengyi, l’éditeur du livre, a été emprisonné pendant 23 jours et le colonel Zhang pendant un mois. En 2002, le livre a été publié à Hong Kong.

Le livre Mao : The Unknown Story de Jung Chang et Jon Halliday cite les paroles de Su Yu, général communiste de haut rang, qui explique que la famine des civils n’était en fait qu’une tactique pour forcer les nationalistes à se rendre à Changchun et que « le modèle de Changchun » a été reproduit dans « plusieurs autres villes ».

Plus tard, après que le PCC a pris le pouvoir, les politiques économiques et sociales qui servaient les intérêts du PCC ont conduit à la Grande famine en Chine – la famine la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité.

Dans son livre Changchun Hunger Siege, l’auteur et cinéaste chinois Du Bin parle de Wang Junru, un vétéran de 76 ans qui était parmi les 100 000 soldats communistes qui assiégeaient Changchun à l’époque. Wang regrettait d’avoir suivi les ordres du PCC qui avaient conduit à la mort des centaines de milliers de réfugiés. Quant à la raison pour laquelle le PCC avait affamé ces gens jusqu’à la mort, Wang a confié au New York Times : « Nous avions reçu l’ordre que [les réfugiés] étaient nos ennemis. Ils devaient donc mourir. »

On estime que le communisme a tué au moins 100 millions de personnes, bien que ses crimes ne soient pas recensés et que cette idéologie persiste toujours. Epoch Times tâche d’exposer l’histoire et les croyances de cette doctrine, qui a servi de base à la tyrannie et à la destruction des peuples depuis son émergence. On peut trouver la série complète de ces articles dans la rubrique « Histoire cachée du communisme ».

Avec la collaboration de Frank Fang

Version originale : Siege of Changchun: Memories From a Communist Famine

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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