« Aucun signe de reprise » de l’économie chinoise, le virus paralysant les commandes à l’exportation

Par Eva Fu
4 mai 2020
Mis à jour: 4 mai 2020

Avant que l’épidémie ne frappe, les machines à bois des usines chinoises de meubles ronronnaient continuellement – même les nuits du week-end – à mesure qu’entraient les commandes en provenance d’Europe et du Japon.

Aujourd’hui, les employés ont deux jours de congé par semaine et s’estiment heureux s’ils travaillent deux heures les autres jours.

« C’est la première fois que cela se produit », a déclaré dans un interview Chen, qui supervise l’usine de Shenzhen.

Les usines chinoises accélèrent la cadence de leur production alors que la Chine lutte pour se remettre sur pied après la récession provoquée par la pandémie. Selon les autorités commerciales chinoises, environ 80 % des petites et moyennes entreprises et presque toutes les grandes entreprises ont repris le travail. Toutefois, l’analyse des données récentes du pays suggèrent qu’un rebond rapide n’est pas à l’horizon.

À mesure que l’épidémie bouleverse l’économie mondiale et que la main-d’œuvre se raréfie, en Chine, les commandes à l’exportation s’amenuisent, incluant celles de ses principaux marchés tels que les États-Unis et l’Europe, et les perspectives d’avenir des entreprises chinoises demeurent incertaines.

L’indice des directeurs d’achat (indice PMI – « Purchasing Managers’ Index ») de la Chine, un indicateur de la confiance de l’industrie manufacturière, est passé de 52 à 50,8 en avril, dépassant à peine la barre des 50 points qui marque la ligne entre l’expansion et la contraction.

Selon une enquête de la China Beige Book (CBB), une plateforme de données indépendantes sur l’économie chinoise, menée auprès de 547 entreprises et publiée à la fin du mois d’avril, 81 % des dirigeants sont inquiets d’un possible retour du virus à l’automne.

Malheur pour les petites entreprises locales

Le secteur privé, qui contribue à 60 % du PIB chinois, est frappé de plein fouet par l’épidémie. Plus des deux cinquièmes des entreprises, majoritairement privées, de l’enquête du CBB ont déclaré fonctionner à moins de la moitié de leur capacité, 4 % seulement atteignant la pleine capacité.

Une entreprise sur quatre a signalé une baisse de sa production.

Contrairement aux entreprises d’État, les entreprises privées et les petites entreprises ne bénéficient pas du « crédit gratuit » pendant les périodes difficiles, ce qui en fait des indicateurs particulièrement importants pour évaluer la reprise économique du pays, a déclaré le directeur général de la CBB, Shehzad Qazi.

« Pour le moment, il n’y a aucun signe de reprise là-bas », a-t-il déclaré à Epoch Times.

Une ouvrière produit des poussettes pour bébés dans une usine de Handan, dans la province du Hebei, au nord-est de la Chine, le 29 avril 2020. (Photo by STR/AFP via Getty Images)

En avril, les manufacturiers et les entreprises de fourniture de services ont continué à voir leurs ventes dégringoler, et les trois cinquièmes des entreprises ont attribué leur perte de revenus à l’impact prolongé du virus, selon l’enquête. Environ 69 % des entreprises interrogées considèrent que le mois écoulé a été « aussi bon que la situation le permet », les conditions commerciales étant restées les mêmes ou s’étant détériorées, selon l’enquête.

Bao, qui tient, avec son épouse, un magasin de saucisses très fréquenté à Mudanjiang, une ville du nord-est de la Chine, a dû mettre à pied tous ses employés afin de couper les frais.

Depuis la réouverture du magasin il y a cinq semaines, le couple ne gagne qu’un dixième des revenus qu’il gagnait avant l’épidémie, une somme même insuffisante pour couvrir les frais de loyer et de fonctionnement de base. Entre-temps, près de la moitié des restaurants de la région ont fait faillite.

« Même 100 yuans (12,77 €) est toujours mieux que rien », a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils « tiennent bon ».

Lors d’une conférence de presse le 27 avril, le gouverneur de la province du Gansu, dans le centre-nord du pays, Tang Renjian, a lancé un appel pour aider les petites entreprises à passer le « rude hiver ». Bien que depuis janvier peu d’entreprises de sa province aient fermé leurs portes, il a averti que l’impact de l’épidémie commence tout juste à se faire sentir.

« Certaines ne tiennent qu’à un fil », a-t-il déclaré.

« Si nous ne surmontons pas cet obstacle, les risques à sa suite entraîneront certainement un effet papillon », a-t-il dit, évoquant les troubles sociaux et les crises politiques comme étant des effets « très probables ».

Une vendeuse chinoise de jus de fruits porte un masque de protection alors qu’elle attend les clients dans la chaleur pendant les vacances de mai, le 2 mai 2020 à Pékin, en Chine. (Kevin Frayer/Getty Images)

Personne n’en sort indemne

Au cours du premier trimestre de 2020, près d’un demi-million d’entreprises ont fait faillite en Chine, la plus grande économie d’exportation du monde, – un signe révélateur du bilan économique de la pandémie. Parmi ces dernières, 260 000 sont des entreprises liées à l’exportation.

Selon les données officielles, le taux de chômage était de 5,9 % pour le mois de mars, soit une baisse de 0,3 % par rapport au mois précédent. Or, des analystes indépendants ont mis en garde contre la fiabilité de ces données.

En début de mois d’avril, jusqu’à 205 millions de travailleurs – près d’une personne sur 15 – auraient peut-être perdu leur emploi en raison de l’épidémie, selon des estimations de Liu Chenjie, président du fonds spéculatif Upright Capital, basé à Shenzhen.

Des enquêtes menées entre février et avril, auprès de près de 4 000 entreprises, ont également montré que « les licenciements ont été plus nombreux que les nouvelles embauches », a déclaré M. Qazi.

« Nous observons une importante croissance négative […] avec des contractions de tous les principaux indicateurs de performance des entreprises », a-t-il déclaré.

À Harbin, une ville du nord de la Chine devenue le centre de préoccupations d’une seconde vague d’épidémie, des petits kiosques de marchandises et de nourriture se sont mis en place alors que les habitants peinent à joindre les deux bouts.

Dans la province de Guangdong, au sud de la Chine, une usine de fabrication de chaussures a suspendu ses trois lignes de production et mis à pied tous ses employés, à l’exception du PDG et de quelques directeurs, selon un ouvrier. Ce dernier s’est récemment fait dire qu’il « n’a pas besoin de revenir cette année ».

Dans le Hunan, une province située immédiatement au sud de la province de Hubei (dont la capitale est Wuhan), un chauffeur de taxi a déclaré que ses affaires ont chuté de 30 à 40 % à la suite à l’apparition du virus.

« Personne n’en sort indemne ni ne peut y échapper », a-t-il déclaré.

« Ce n’est pas seulement un problème chinois, c’est vraiment un problème mondial », a déclaré M. Qazi. « À moins que l’Europe reprenne ses activités, à moins que les États-Unis reprennent réellement leurs activités, la Chine ne verra pas cette reprise, quel que soit le récit officiel. »

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