Soudan : les femmes ont maintenant la liberté de porter des pantalons et de danser

Par Epoch Times avec AFP
12 décembre 2019 Mis à jour: 12 décembre 2019

La loi sur « l’ordre moral et public » qui restreignait la liberté des femmes depuis 1989 a été abolie à la fin novembre. Pendant tout ce temps, des femmes ont été fouettées, emprisonnées et humiliées en vertu de cette loi.

Sept mois après la chute du régime du président déchu Omar el-Béchir, qui a duré 30 ans, le gouvernement soudanais a annulé le mardi 26 novembre une loi controversée ayant restreint sévèrement les droits des femmes, a rapporté l’agence officielle Suna.

Des milliers de femmes ont été fouettées, condamnées à des amendes et même emprisonnées pendant le règne d’Omar el-Béchir en vertu de la loi sur l’ordre public pour « actes indécents et immoraux ».

Le Washington Post ajoute que les policiers, en vertu de cette loi, « pouvaient arrêter les femmes qui dansaient, celles qui portaient des pantalons, celles qui faisaient du commerce dans la rue, ou qui fréquentaient des hommes qui n’appartenaient pas à leur famille. Les peines allaient des coups de fouet aux amendes et pouvaient même, dans de rares cas, être la lapidation ou l’exécution ».

« Le Conseil des ministres a convenu lors d’une réunion extraordinaire (mardi) d’annuler la loi sur l’ordre public dans toutes les provinces », a rapporté Suna.

La décision du cabinet doit encore être ratifiée par le Conseil souverain au pouvoir.

Sous Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en 1989 par un coup d’État soutenu par les islamistes, le Soudan a appliqué une version très rigoriste de la charia, la loi islamique, et limité considérablement le rôle des femmes dans le pays pendant des décennies.

Des milliers de Soudanaises ont été condamnées à de lourdes amendes et flagellées, pour « tenue indécente » ou consommation d’alcool, selon des membres de la société civile.

M. Béchir a été destitué par l’armée le 11 avril après des mois de contestation de son régime.

Les femmes étaient à l’avant-garde de ces manifestations qui ont ensuite ciblé les militaires lui ayant succédé.

Les militants affirment que la loi sur l’ordre public a été utilisée comme une arme, les forces de sécurité arrêtant régulièrement des femmes, même pour avoir assisté à des fêtes privées ou porté des pantalons.

Le nouveau gouvernement soudanais dirigé par le Premier ministre Abdallah Hamdok a promis qu’il défendrait les droits des femmes.

« Le gouvernement a tenu ses promesses. C’est une vraie victoire pour nous », a déclaré Tahani Abbas, éminente militante soudanaise des droits des femmes, en réaction à l’annulation de cette loi controversée.

« Beaucoup de femmes ont été fouettées et humiliées à cause de cette loi honteuse. Avec cette décision, le Soudan s’oriente maintenant vers une nouvelle vie dans laquelle les femmes peuvent jouir de la dignité », a-t-elle ajouté.

En revanche, un haut responsable du Parti du Congrès national de l’ex-président déchu a affirmé que le problème résidait dans l’application de la loi par des individus plutôt que dans la loi elle-même.

« Certains policiers se servaient de cette loi pour harceler les femmes », a déclaré Mohamed Al-Amin, qui est également l’un des avocats de la défense de M. Béchir, jugé pour corruption.

Le Premier ministre, Abdallah Hamdok, a écrit sur son compte officiel Twitter que cette victoire n’est pas une « revanche, mais [permet] bien de rendre leur dignité aux Soudanais après des années de tyrannie. Cette loi a été utilisée pour exploiter, humilier et violer les droits fondamentaux. Elle a servi à asservir financièrement et psychologiquement les femmes. De nombreuses Soudanaises ont subi des préjudices intolérables. Je leur rends hommage ».

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