Stéphane Bern : « La France n’est plus la France si elle ne comprend pas que son patrimoine, c’est son avenir »

Par Séraphin Parmentier
10 septembre 2019 Mis à jour: 10 septembre 2019

Le présentateur de Secrets d’histoire a de nouveau clamé son amour de la France, de sa culture et de son héritage, réaffirmant avec force le rôle fondamental du patrimoine qu’il considère comme l’un des principaux vecteurs de l’identité française.

Dans un long entretien publié sur le site de l’hebdomadaire Valeurs actuelles le 5 septembre, Stéphane Bern a donné son sentiment sur de nombreux sujets d’actualités, revenant notamment sur la mission de sauvegarde du patrimoine que lui a confiée Emmanuel Macron.

Chargé dès septembre 2017 d’établir une liste de monuments et de bâtiments en péril par le chef de l’État dans le cadre d’une mission de sauvegarde du patrimoine national, l’animateur de l’émission Secrets d’histoire a expliqué qu’il avait eu parfois des rapports pour le moins tendus avec certains membres de l’administration française.

« Sur le terrain, la plupart des fonctionnaires sont très compétents. En revanche, dans les bureaux, c’est parfois terrible, avec des gens hors sol. Certains font preuve d’un immobilisme total. J’ai ainsi croisé au ministère de la Culture une collaboratrice qui m’expliquait qu’elle ne pouvait pas traiter plus de dix e-mails par jour. La phrase de Clemenceau m’est alors revenue : ‘Les fonctionnaires sont comme les livres d’une bibliothèque : ce sont les plus haut placés qui servent le moins.’ », a ainsi déclaré M. Bern.

« Comment ces gens peuvent-ils ensuite demander nos suffrages ? »

Farouchement opposé à l’idée de taxer le Loto du patrimoine lancé en septembre 2018 par la Française des Jeux (FDJ) pour permettre de collecter des fonds afin de restaurer plusieurs monuments historiques en péril, Stéphane Bern n’a pas hésité à exprimer son incompréhension concernant l’attitude des députés de l’Assemblée nationale sur la question.

« En France, il y a une taxe sur les jeux d’argent. Mais le Loto du patrimoine n’en est pas un ! L’État ne va quand même pas nous faire les poches ! Voilà ce que je ne comprends pas en France : on reprend d’un côté ce qu’on nous donne de l’autre. Je croyais qu’on allait vers plus de fluidité et de simplification… Par trois fois les sénateurs ont voté contre la taxation de ce jeu philanthropique. Par trois fois les députés ont infirmé leur vote. Comment ces gens peuvent-ils ensuite demander nos suffrages ? […] »

« Les Français n’en peuvent plus de voir leurs paysages défigurés ! » 

Interrogé à propos de la loi d’Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Élan) promulguée le 23 novembre 2018, le natif du Rhône a de nouveau fait part de ses réserves, considérant que le patrimoine n’était « pas un coût » mais « un investissement ».

« […] Nous sommes censés être en pleine période de sensibilité écologique, et on continue de défigurer notre patrimoine et nos sites naturels », a-t-il ajouté avant de pourfendre les éoliennes.

« […] L’industrie des éoliennes paie des paysans pour qu’ils en installent dans leurs champs. Ces machines dégradent la flore et la faune, leurs pales tuent des oiseaux parfois rares. […] Les Français n’en peuvent plus de voir leurs paysages défigurés ! Veut-on devenir un pays laid ? »

Las des «modernistes à tous crins qui du passé veulent faire table rase », l’ami des têtes couronnées a également déploré que ce soit «toujours la France périphérique qui [soit] abandonnée ».

« La seule chose que je reconnais, c’est la communauté nationale et l’amour de mon pays »

À la question de savoir s’il y avait « comme un petit malaise avec l’identité chrétienne de la France », Stéphane Bern a répondu par l’affirmative avant d’expliquer que la négation de cette identité avait fini par figer le pays et étouffer les énergies.

« […] On a un problème avec l’origine chrétienne de la France. La grande bêtise, c’est de ne pas avoir réussi à dire que l’Europe était chrétienne. Une fois que c’est dit, on peut avancer, mais nier son propre passé et sa propre histoire, cela empêche d’avancer. Je pense que l’on pourra avancer d’autant plus facilement que le port d’attache est solide. Le port d’attache, c’est l’identité judéo-chrétienne de la France. À partir du moment où on l’assume, on peut dire que l’on peut sauver toutes nos églises mais aussi d’autres monuments et d’autres édifices religieux. »

« Moi, je n’appartiens à aucune communauté, et je déteste le communautarisme. La seule chose que je reconnais, c’est la communauté nationale et l’amour de mon pays. On sauve des églises, des églises protestantes, des synagogues, une mosquée à Mayotte… », poursuit l’ancien rédacteur en chef du magazine Dynastie.

« Une nation particulière qui doit être fidèle à mille ans d’histoire »

S’il n’a pas manqué de se réjouir de l’intérêt rencontré par l’émission Secrets d’histoire auprès des Français, l’auteur de l’ouvrage L’Europe des rois a toutefois regretté l’indigence de certains « programmes de téléréalité et autres talk-shows ridicules » qui suscitent également l’appétence de nombreux téléspectateurs, y voyant une forme de contradiction.

« […] Il y a une tendance, aujourd’hui, à aller dans le sens de l’abrutissement, d’une déculturation, qui me fait peur. J’ai parfois le sentiment que toutes les valeurs dans lesquelles j’ai été éduqué et auxquelles je crois se font de plus en plus rares. Mais cette France éternelle, cette France qui défend le patrimoine, cette France qui est fière de son histoire, qui assume toutes les strates de son passé y compris les plus douloureuses, c’est une nation particulière qui doit être fidèle à mille ans d’histoire. Ce génie français, je me dis qu’il n’est pas mort. […] »

« […] Que ce soit dans les chaînes de télé ou de radio où je travaille, ou à l’Élysée, je vois des trentenaires qui ne connaissent rien. Cette inculture est partout. Cette méconnaissance de notre histoire, de notre passé me terrifie. Mais à côté de cela, je vois que le public est là. Ce sont les lecteurs de Valeurs actuelles, ceux du Pèlerin, les téléspectateurs de Secrets d’histoire. Les gens dans la rue également. L’autre jour, c’est un éboueur qui me lance : ‘C’est super ce que vous faites pour le patrimoine. Vous avez raison, ne lâchez rien !’», observe celui qui figure parmi les animateurs préférés des Français.

« […] J’ai le sentiment que notre identité passe par notre patrimoine. Je pense qu’une personne qui n’est pas française et qui souhaite le devenir s’intègre par la langue, la culture et l’histoire… donc le patrimoine. […] Le patrimoine nous relie les uns aux autres ; le lieu crée du lien. Mon espoir, c’est que le patrimoine nous sauve. Je pense que la France n’est plus la France si elle ne comprend pas que son patrimoine, c’est son avenir », conclut Stéphane Bern.

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