La « subversion idéologique » de la Russie soviétique et ses effets dans les pays occidentaux

Un ex-espion du KGB a révélé les détails et les conséquences de la « guerre d'agression communiste mondiale » menée par l'Union soviétique
Par Michael Wing
31 janvier 2020 Mis à jour: 31 janvier 2020

La défection de l’officier de renseignement russe Igor Gouzenko, qui opérait sous couverture à l’ambassade soviétique au Canada pendant et après la Seconde Guerre mondiale, a été un cas de défection très médiatisé – on disait même qu’il a déclenché la guerre froide.

Gouzenko a révélé l’étendue du réseau d’espionnage soviétique en Occident à cette époque, ainsi que les efforts du dictateur Joseph Staline ayant comme but le vol des secrets nucléaires et l’infiltration des agents dormants dans les pays occidentaux.

Vingt-cinq ans plus tard, des informations encore plus effrayantes ont été révélées par un autre espion qui a fait défection au Canada : il a dévoilé la stratégie de l’Union soviétique qui visait à créer le chaos et la discorde en Occident – le chaos et la discorde dont les effets se manifestent toujours aujourd’hui.

Youri Bezmenov, un ancien espion du KGB et ex-propagandiste des médias d’État soviétique, a expliqué que la subversion idéologique – en d’autres termes, le lavage de cerveau de masse – était un moyen très efficace utilisé par les régimes communistes pour affaiblir et déstabiliser les pays occidentaux.

Après avoir réussi à fuir de son poste d’informateur pour la fameuse agence d’espionnage soviétique, Bezmenov a exercé plusieurs professions avant de devenir correspondant de la chaîne de télévision russe de la CBC à Montréal. Toutefois, il a dû quitter ce poste en 1976, affirmant par la suite que les Soviétiques avaient exhorté Pierre-Elliott Trudeau, le premier ministre libéral canadien de l’époque, à faire pression sur la CBC pour qu’elle le démette de ses fonctions.

Dans les années 1980, Bezmenov s’est fait connaître pour ses interviews, conférences et livres dévoilant les stratégies et tactiques communistes. Son livre le plus célèbre est Love Letter to America (Lettre d’amour à l’Amérique), un pays qu’il a décrit comme la cible principale de la « guerre d’agression communiste mondiale ».

L’ex-agent secret a expliqué que l’élément essentiel de la guerre d’agression communiste était « la subversion idéologique – le processus de changement graduel de la perception de la réalité dans les esprits des millions de personnes à travers le monde ». Cette stratégie visait surtout l’Occident. C’est ce que Youri Andropov, ancien chef du KGB devenu à l’époque secrétaire général du Parti communiste et maître du Kremlin, appelait la « lutte finale pour les esprits et les cœurs des gens ».

Le cercueil avec le corps de Youri Andropov, ancien chef du KGB devenu secrétaire général du Parti communiste de l’URSS, passe par les rues de Moscou lors de ses funérailles, le 13 février 1984. Andropov a qualifié la stratégie soviétique de subversion idéologique de l’Occident de « lutte finale pour les esprits et les cœurs des gens ». (AFP via Getty Images)

M. Bezmenov a évoqué le sujet de la subversion idéologique de l’Occident dans une interview accordée en 1984 à l’auteur et producteur de films documentaires américain G. Edward Griffin. Prenant les États-Unis comme exemple, il a tout d’abord souligné que le KGB ne consacrait seulement qu’environ 15 % de ses ressources aux opérations de renseignements.

« Les 85 % restants sont attribués à un long processus que nous appelons soit ‘la subversion idéologique’, soit, dans le jargon du KGB, ‘les opérations actives’, soit ‘la guerre psychologique’ », a-t-il expliqué.

« Cela signifie essentiellement de changer la perception de la réalité de chaque Américain à tel point que, malgré l’abondance d’informations, personne n’est capable de tirer des conclusions sensées et correspondants aux intérêts de sa propre défense, de la défense de sa famille, de sa communauté et de son pays. »

C’est un « immense processus de lavage de cerveau » conçu comme une stratégie à long terme en quatre étapes – une stratégie qui est bien « ouverte et visible – vous pouvez la voir de vos propres yeux », a souligné M. Bezmenov. Ses quatre étapes sont la démoralisation, la déstabilisation, la crise et, finalement, la normalisation.

La démoralisation

L’étape de la démoralisation, qui consiste essentiellement dans l’éducation « propagandiste », dure de 15 à 20 ans, a précisé l’ex-espion du KGB. C’est la durée nécessaire pour éduquer au moins une nouvelle génération en l’exposant à « l’idéologie de l’ennemi » – c’est-à-dire celle du marxisme-léninisme dont les idées inspirent toujours de nombreux mouvements en Occident.

« L’idéologie marxiste-léniniste a été injectée dans les têtes malléables d’au moins trois générations d’étudiants américains – sans être remise en cause ou contrebalancée par les valeurs fondamentales et le patriotisme américain. »

Aux États-Unis, la plupart des diplômés des années 1960 qui occupaient vingt ans plus tard des postes de pouvoir au sein du gouvernement, de la fonction publique, des entreprises, des médias et du système éducatif ont été déjà « démoralisés », a confié l’ex-espion. Ils étaient « programmés pour penser et réagir à certains stimuli selon un certain schéma » et ce processus était « achevé et irréversible ».

« On ne peut pas changer leurs têtes », a martelé M. Bezmenov.

« Leur donner des vraies informations ne sert pas à grand-chose. Une personne démoralisée est incapable d’évaluer les vraies informations… Même si je l’inonde d’informations, de preuves authentiques, de documents, de photos ; même si je l’emmène de force en Union soviétique et que je lui montre un camp de concentration, elle refusera d’y croire. »

M. Bezmenov a expliqué que si l’on commençait à éduquer une nouvelle génération, il faudrait encore de 15 à 20 ans pour « ramener sa perception idéologique de la réalité à la normale et au patriotisme ».

La déstabilisation

Youri Bezmenov a indiqué que, lors de la deuxième étape de subversion idéologique, des idéaux tels que la justice sociale et l’égalité ne servent plus à rien. L’attention se déplace vers les secteurs contenant des éléments qui peuvent déstabiliser la situation – tels que l’économie, l’application de la loi, les relations étrangères, les médias et le système de défense.

« Il ne faut que deux à cinq ans pour déstabiliser une nation », a-t-il précisé.

Le procédé consiste à radicaliser les relations humaines au point que les gens sont incapables de résoudre les problèmes de manière civique, à casser les relations traditionnelles en créant des groupes – des syndicats, des mouvements associés à la lutte pour les droits des femmes, aux tensions raciales, etc. « Tant que ces groupes s’affrontent de manière antagoniste… c’est de la déstabilisation. »

M. Bezmenov a également fait entendre qu’au cours des 14 années qui se sont écoulées depuis sa défection, le processus de déstabilisation aux États-Unis avait progressé de façon étonnamment rapide.

La crise

Lors de la troisième étape, a poursuivi l’ex-agent secret, la société déjà déstabilisée va s’effondrer dans le chaos et, inévitablement, les gens auront besoin d’un gouvernement qui pourra intervenir et assurer la stabilité.

« Alors un pays étranger pourrait intervenir ou un groupe local de gauchistes, de marxistes » qui prend le pouvoir – en d’autres termes « un sauveur qui vient et déclare : ‘Je vais vous guider’ », a-t-il expliqué.

La crise peut mener à une guerre civile, par exemple, l’insurrection de l’OLP au Liban qui a commencé en 1968, ou à une invasion directe, comme celle de l’Afghanistan par les Soviétiques en 1979.

La normalisation

En fin de compte, le pays subversif prend d’une façon ou d’une autre le contrôle du pays cible, y compris en renversant son gouvernement par des moyens militaires. Ainsi, le chaos est stabilisé et la situation est « normalisée ».

L’utilisation dans ce contexte du mot « normaliser » est bien ironique, a commenté M. Bezmenov.

« Lorsque les chars soviétiques sont entrés en Tchécoslovaquie, en 1968, le ‘camarade’ Brejnev a déclaré : ‘Maintenant, la situation est normalisée.’ » Une telle « normalisation »  sous une forme ou une autre pourrait arriver à un autre pays, y compris « aux États-Unis si on permet à tous ces imbéciles d’amener ce pays à la crise », a mis en garde l’ex-espion du KGB.

« [Il y aura des promesses de] toutes sortes de bonnes choses et de paradis sur terre dont le seul but est de déstabiliser votre économie, d’éliminer le principe de la concurrence sur un marché libre et de mettre en place à Washington un gouvernement du ‘Big Brother’ avec des dictateurs ‘bienveillants’ qui promettront plein de choses. Peu importe que ces promesses soient tenues ou non. »

La manipulation des médias

Dans son livre Love Letter to America, Youri Bezmenov a également constaté que les médias américains « sont des réceptionnaires volontaires de la subversion soviétique » – la subversion qui vise à détruire la société occidentale traditionnelle et ses valeurs.

« Je le sais parce que j’ai travaillé avec des journalistes et des correspondants américains à Moscou lorsque j’étais du côté soviétique, ainsi qu’après ma défection à l’Occident », a-t-il confié, soulignant que le paysage médiatique américain est « monopolisé à la fois financièrement et idéologiquement par ceux qu’on appelle les ‘libéraux’ ».

La propagation des « faux problèmes » est l’une de leurs tactiques, a-t-il précisé.

« Un problème dont la solution crée des problèmes encore plus nombreux et plus importants pour la majorité d’une nation, même si quelques-uns peuvent en bénéficier, est un faux problème. Le but principal des faux problèmes et le résultat dévastateur de leur introduction est le détournement de l’opinion publique, de l’énergie (à la fois mentale et physique), de l’argent et du temps dont on a besoin pour trouver des solutions constructives. »

« La propagande soviétique a élevé l’art de s’infiltrer et de mettre l’accent sur les faux problèmes dans la vie publique américaine au niveau de la politique d’État. »

En même temps, a noté M. Bezmenov, « l’un des plus dévastateurs » moyens de subversion soviétique reflétés dans les médias américains a été le discrédit de ceux qui avaient des preuves de crimes communistes contre l’humanité.

« D’après ma propre expérience, les transfuges des pays communistes qui ont demandé et parfois carrément supplié pour que les histoires de leur vie soient racontées aux Américains, par le biais des principaux médias, ont été complètement ignorés. »

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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