Un survivant d’un camp de travail raconte comment il a échappé de justesse au prélèvement d’organes en Chine

Par Jocelyn Neo
28 janvier 2020
Mis à jour: 13 avril 2020

Lorsque Liu Jintao (Tony), un ancien étudiant diplômé de l’Université chinoise du pétrole, a été enfermé dans une cellule du Centre de rééducation par le travail Tuanhe à Pékin en 2007, un détenu est entré en courant de l’extérieur pour passer l’ordre d’un gardien : « N’endommagez pas ses organes », s’est rappelé Liu dans une interview à l’édition chinoise d’Epoch Times. Il a été surpris par l’ordre, car un détenu drogué était en train battre Liu au dos et à la taille.

« J’ai trouvé étrange que ces types ne se soucient pas de mon bien-être mais de mes organes », a expliqué le jeune homme de 39 ans dans son témoignage présenté au Tribunal indépendant sur le prélèvement forcé d’organes des prisonniers d’opinion en Chine, connu sous le nom de Tribunal chinois.

les pratiquants de Falun Gong s’exerçant dans la ville de Shenyang, dans la province de Liaoning, en 1998 (©Minghui)

Avant son arrestation, Liu avait déjà appris l’existence des prélèvements forcés d’organes en Chine. Cependant, il ne pouvait pas le croire.

« J’ai choisi de ne pas y croire », a raconté Liu au 10 Daily. « Mais c’est très clair maintenant. Il y a de plus en plus de preuves que cela s’est produit en Chine à grande échelle. »

Un autre jour, Liu a entendu un toxicomane dire à d’autres toxicomanes : « Le mari d’une femme de Pékin (une pratiquante de Falun Gong) a disparu après avoir été arrêté ».

Liu est également un pratiquant de Falun Gong, et la pratique de cette ancienne discipline spirituelle est la raison de son arrestation.

Le Falun Gong, également connu sous le nom de Falun Dafa, est une pratique de cultivation de l’esprit et du corps. Les personnes qui le pratiquent suivent les principes de Vérité, Compassion et Tolérance. En juillet 1999, sept ans après l’introduction de cette pratique en Chine, le Parti communiste chinois (PCC) a lancé une persécution brutale après avoir vu que le nombre de personnes qui la pratiquaient montait en flèche pour atteindre au moins 70 millions. Depuis lors, des dizaines de milliers de pratiquants de Falun Gong en Chine ont été arrêtés, détenus et torturés.

Liu, qui a commencé à pratiquer le Falun Gong en août 1997, était l’un d’eux.

Une illustration du gavage, une des méthodes de torture utilisées dans les camps de travail et les prisons chinoises. (©Minghui)

Après que Liu a été transféré au Centre de rééducation par le travail de Tuanhe à Pékin, puis au Camp de rééducation par le travail de Tuahhe, il a subi des tortures – il a été affamé, battu, électrocuté avec des matraques électriques, privé de sommeil, gavé par un tube mélangé à de l’urine, et on lui a enfoncé ses propres excréments dans la bouche, a-t-il dit au Tribunal. Il a ajouté que les prisonniers lui ont également enlevé ses vêtements et lui ont enfoncé de force un manche de brosse à toilettes dans l’anus.

Les méthodes de torture brutales ont été utilisées pour forcer Liu à abandonner sa pratique du Falun Gong, ce qu’il a refusé.

En plus de la torture, les autorités prélevaient également du sang à Liu et d’autres pratiquants. Ils ont également eu une radiographie.

« Ils ont radiographié tout mon torse », a déclaré Liu au Sydney Morning Herald. « Un an plus tard, ils m’ont fait passer une autre radio et ont prélevé plus de sang. »

Cependant, ces pratiquants n’ont jamais été informés des résultats des tests, ce qui a fait soupçonner Liu que les tests pouvaient être liés à des prélèvements d’organes.

Cependant, l’intuition de Liu n’était pas sans fondement ; un rapport de 2016 intitulé « Bloody Harvest/ The Slaughter » : An Update » de David Kilgour, ancien secrétaire d’État canadien (Asie-Pacifique), Ethan Gutmann, candidat au prix Nobel de la paix, et David Matas, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, le confirme.

Le rapport indique que les pratiquants de Falun Gong « ont fréquemment subi des tests sanguins et des examens médicaux alors que d’autres prisonniers (à l’exception des Ouïghours, des Tibétains et de certains groupes de chrétiens de maison qui ont également été ciblés) ne reçoivent aucun traitement de ce type. »

Liu Jintao (C) lors d’un rassemblement à Sydney, le 16 avril 2015. (©The Epoch Times | Shar Adams)

« La conclusion ultime de cette mise à jour et de nos travaux précédents est que la Chine s’est engagée dans l’assassinat massif de prisonniers de conscience, principalement des pratiquants des exercices spirituels du Falun Gong, mais aussi des Ouïghours, des Tibétains et certains chrétiens de maison, afin d’obtenir des organes pour des transplantations », a déclaré M. Matas.

En novembre 2007, Liu a signé une déclaration pour renoncer à sa foi après qu’il n’a plus supporté la torture. Il s’est enfui en Australie en 2013 avec sa femme et a demandé l’asile.

Liu Jintao at a rally held in front of the Australian Parliament in Canberra, March 20, 2013. (©The Epoch Times | Luo Ya)

Après avoir échappé de justesse au prélèvement forcé d’organes, Liu s’exprime aujourd’hui au nom des nombreux pratiquants de Falun Gong qui sont toujours détenus en Chine et qui subissent un sort similaire.

« C’est vraiment un monde différent en Australie », a-t-il dit lors d’un rassemblement organisé devant le Parlement australien à Canberra en 2013. « Je peux parler librement de la vérité sur la persécution. De nombreux pratiquants chinois de Falun Gong sont encore torturés en Chine. J’espère que la société internationale pourra aider à y mettre fin et à traduire les meurtriers en justice. »

Liu Jintao lors d’un rassemblement organisé à Sydney en 2019. (© The Epoch Times | Shen Ke)
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