Une survivante de la traite sexuelle et sa mère luttent contre l’esclavage moderne

Par Charlotte Cuthbertson
26 novembre 2019 Mis à jour: 6 décembre 2019

« Le programme ‘Les survivantes’ est devenu un modèle copié par les corps policiers du Québec et de l’Ontario. Au début du mois de novembre, ce sont des policiers français réunis à Paris qui ont invité des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal pour en savoir davantage. »

HOUSTON – L’industrie nationale du commerce du sexe est en pleine croissance. Il est bien organisé et bien réseauté, et les prédateurs emploient des techniques de manipulation magistrales pour obtenir le contrôle mental et physique de leurs cibles.

Rien qu’au Texas, plus de 79 000 enfants sont victimes de la traite à des fins sexuelles, selon une étude de l’université du Texas à Austin.

Courtney Litvak, victime du trafic sexuel, est devenue une cible dans son école secondaire de banlieue de Katy, au Texas. Chrétienne, née de parents formidables, elle vivait des relations solides, fréquentait l’église et devint une excellente athlète à l’université jusqu’à l’âge de 17 ans, période au cours de laquelle elle a connu plusieurs événements douloureux, dont une agression après une danse à l’école, la laissant aux prises avec des difficultés d’adaptation.

« On m’a pris quelque chose et je suis devenue une personne différente, cherchant des mécanismes d’adaptation, essayant de me soigner, m’adonnant au tabagisme et à l’alcoolisme excessif. Et ce fut un domino qui a poussé un domino après l’autre et m’a menée sur cette voie », a expliqué la jeune Courtney, maintenant âgée de 21 ans, à l’édition américaine d’Epoch Times le 7 novembre.

La vulnérabilité de Courtney a fait d’elle une cible de choix pour ses camarades de classe, qui ont agi comme des « recruteurs », pour l’approcher et se lier d’amitié avec elle. Les recruteurs l’ont finalement mise en contact avec son premier proxénète, qui leur a versé une « commission d’intermédiaire ».

« [Devenir vulnérable] après une terrible expérience de vie, ou une perte, ne devrait pas faire en sore de devenir [une cible] pour des gens qui veulent prendre avantage sur ta personne, [tu ne devrais pas devenir] étiquetée comme une cible », a-t-elle précisé.

« Chaque enfant de cet âge, – de l’école primaire au premier cycle du secondaire, vivra quelque chose dans la vie qui le laissera blessé, déçu, trahi, et il voudra combler ce vide […] se sentir accepté, aimé, en quête de validation, d’affirmation. »

Les événements courants – divorce des parents, rupture, intimidation ou décès d’un membre de la famille – peuvent rendre un enfant vulnérable. De nombreux enfants victimes de la traite sont issus du système de placement familial. La plupart des enfants victimes de la traite sexuelle sont d’abord vulnérables à la suite d’abus sexuel – 70 à 90 % de ces enfants ont des antécédents d’abus sexuels, selon l’organisation de lutte contre la traite Path2Freedom.

Les recruteurs ont investi près d’un an à partir du moment où ils se sont liés d’amitié avec elle avant de la remettre à son premier trafiquant.

Prise dans le filet du proxénétisme, la jeune Courtney raconte : « Ma vie valait une somme pour eux. Ils ont pris leur temps et ils ont lentement brisé ces barrières et ces frontières jusqu’à ce que je n’aie pas remarqué le processus dans lequel je m’étais égarée. »

Courtney Litvak avec ses parents Kelly et Alan Litvak en 2001. (Avec l’aimable autorisation de Courtney Litvak)

Recrutement et manipulation

Pour la proie, l’exploitation sexuelle a commencé par la messagerie directe Instagram et la messagerie privée Snapchat, ainsi qu’en personne.

Dans le trafic sexuel domestique, il est rare qu’un étranger enlève une victime dans la rue, comme dans le film Taken, un thriller français. Habituellement, c’est un processus long et méthodique qui peut facilement être confondu avec une rébellion adolescente normale ou une phase de croissance.

Cinquante-cinq pour cent des victimes domestiques de la traite sexuelle qui sont entrées dans cette vie en 2015 ou plus tard ont rencontré leur trafiquant pour la première fois en utilisant une application mobile, un site Web ou un texte, a déclaré Tammy Toney-Butler, une coordinatrice anti-traite humaine pour Path2Freedom.

La jeune Courtney avait grandi avec la technologie et pour elle, « être capable d’établir ces relations authentiques et dignes de confiance avec quelqu’un derrière un écran ne lui semblait pas être une chose exagérée », a-t-elle précisé. Elle a été présentée à un « ami d’un ami », ce qui a donné de la crédibilité à la nouvelle relation.

C’est souvent la prochaine étape, selon le rapport Polaris.

« Le recrutement en ligne peut commencer par des commentaires sur les photos des victimes potentielles et l’envoi de messages directs, en construisant soigneusement le rapport et l’intimité nécessaires pour attirer les victimes dans un faux sentiment de confiance », indique le rapport.

La phase suivante est souvent celle du « petit ami »[ou le « raffinement »] – des manipulations telles que des intérêts romantiques feints, des flatteries extrêmes, des promesses de cadeaux ou d’autres aides financières, l’assurance qu’elles, et elles seules, peuvent prendre soin de la victime potentielle, ou même les sauver d’une violence domestique perçue ou d’abus sexuel.

Courtney a appris à faire confiance à cette personne, cet « ami d’un ami », au point qu’elle lui a permis de venir la chercher le soir. Elle a aussi commencé à quitter le campus avec lui. Si ses parents confisquaient son téléphone pour tenter de couper la communication, ses « amis » lui en donnaient simplement un autre à l’école le lendemain.

Courtney a pris soin de ne révéler aucun détail sur les personnes qui l’ont recrutée et trafiquée, car cela compromettrait à la fois sa sécurité et la possibilité d’obtenir justice.

« C’est très bien organisé et très bien réseauté. Ce n’est jamais un one-man-show. Il y a de nombreuses personnes qui œuvrent à faire fonctionner tout ce système », dit-elle.

La mère de Courtney, Kelly Litvak, avait remarqué des changements de comportement radicaux chez Courtney en 2016, mais elle ne comprenait pas ce qui se passait.

« Les comportements étaient si extrêmes que j’ai dû me poser des questions : était-ce un comportement normal chez les adolescents, était-ce une rébellion, est-ce hormonal ?

« Mais, malheureusement, ce n’était pas l’adolescence normale, ni ses phases ni ses émotions. C’était en effet la traite des êtres humains qui s’accrochait à ma fille et qui allait changer notre famille pour toujours. »

Courtney s’était confiée à une amie de la famille, qui s’est ensuite entretenue avec sa mère Kelly et son mari pour leur dire ce qui se passait.

« En tant que parents, je peux vous dire que nous n’étions pas du tout équipés pour comprendre comment faire face à cette dévastation », déplore Kelly Litvak.

Courtney Litvak, pendant sa première année au lycée, avec son père Alan Litvak en 2012. (Avec l’aimable autorisation de Courtney Litvak)

Malheureusement, à ce moment-là, Courtney avait déjà été conditionnée à résister à toute intervention parentale. Elle n’était qu’à quelques mois de ses 18 ans et ses recruteurs savaient qu’il serait plus facile d’attendre qu’elle ait atteint l’âge adulte avant de l’attirer loin de son milieu familial, de sa famille et des forces de l’ordre.

« Nous devions faire des pas importants », explique sa mère Kelly. « Nous l’avons retirée de l’école et l’avons envoyée à l’extérieur de l’État où nous vivions. On nous a dit de la sortir de l’environnement mais, malheureusement, nous l’avons ramenée dans sa ville natale, et dans les premières 24 heures, le contact a été rétabli. Donc, quelques jours plus tard, quand elle a eu 18 ans, elle est partie. Elle est partie toute seule.

« Et là a commencé un désastre complet, le pire cauchemar d’un parent. »

Courtney était sur les médias sociaux sous prétexte d’être en sécurité, mais sa mère Kelly a découvert plus tard que tout cela avait été scripté par les malfaiteurs avec qui elle était.

« Pendant ces 40 premiers jours, nous étions complètement à côté de la plaque, n’ayant pas la moindre idée du chemin à prendre, et nous avons échoué. Nous n’avons pas réussi à ramener notre fille à la maison », poursuit Mme Kelly.

Pendant plusieurs années, Courtney s’est vendue pour ses trafiquants, ne recevant pas d’argent personnellement, estimant, à la suite d’un sérieux lavage de cerveau, qu’elle le faisait pour le plus grand bien de sa famille de substitution.

Le lavage de cerveau

Courtney décrit le recrutement comme étant quelque chose « qui diverge du bon sens, et qui n’est pas clair aux yeux [de la victime]. »

« La principale forme de lavage de cerveau que je vois comme une constante dans chaque situation est de convaincre cette personne que vous l’aimez tellement que vous allez lui permettre de faire tout ce qu’il faut pour renflouer l’équipe, pour être un atout. Ils vous donneront la permission. Ils vous aiment tellement, mais ils veulent que vous soyez à la hauteur, indépendant et que vous apportiez quelque chose à la table. »

« Alors ils vont te laisser prendre toi-même la décision de vendre ton corps, de mettre un prix sur qui tu es. » Les méfaits en cours étaient « tellement scandaleux », mais elle croyait que la réalité était qu’on lui permettait de faire ce qu’elle voulait.

Derrière le lavage de cerveau se cache le désir de toute victime de combler ses besoins émotionnels, ce que Courtney affirme être présent chez toutes les personnes qu’elle a rencontrées pendant qu’elle était victime de la traite.

« Vous ne recherchez pas l’argent. Vous n’êtes pas prêt à vendre votre âme pour quelques centimes, mais vous feriez n’importe quoi pour trouver l’amour, la validation de soi, l’estime de soi. » « Ces choses n’ont pas de prix. Ce sont les choses pour lesquelles tu es prêt à vivre l’enfer. »

La plupart du temps, la seule somme d’argent que Courtney recevait lui était donnée quelques minutes avant qu’elle n’aille travailler, et cela couvrait seuls les frais de pourboires dans un club.

« Je peux gagner de l’argent, mais l’argent… ne sera jamais le mien. Les bons jours, ils peuvent dire que l’argent est ‘le nôtre’. Je leur appartiens. L’argent que leur ‘propriété’ rapporte est un retour sur leur ‘investissement’. Je suis toujours endettée, je ne gagnerai jamais assez d’argent, j’en devrai toujours davantage », a-t-elle martelé.

« Tout est sous leur contrôle. Il s’agit toujours d’eux. C’est leur argent, c’est leur domicile, c’est leur voiture, c’est leurs ongles, c’est leurs cheveux. Tout leur appartient. Toutes tes décisions sont les leurs. Tu n’es pas une personne. Tu es une marchandise. Tu es une propriété. Et c’est comme ça qu’on te perçoit et qu’on te traite. »

Ce type de traitement passe pour de l’amour.

« C’est le mal qui s’infiltre dans la vie des gens sous forme de trafic et de proxénétisme. Ce n’est pas de l’amour. Ce n’est pas gangster. Ce n’est pas une voie que l’on devrait souhaiter à son pire ennemi. C’est le mal à l’état pur », avance-t-elle.

Toney-Butler de Path2Freedom a déclaré que le revenu d’une victime peut atteindre près de 362 900 € (400 000 $) par an et que les survivantes ont déclaré avoir été forcées d’avoir des rapports sexuels plus de 20 fois par jour pendant leur grossesse de six à sept mois. Et lorsqu’une femme a plus de 18 ans, elle est souvent perçue par la société comme « une prostituée toxicomane plutôt qu’une victime du trafic sexuel », déplore-t-elle.

L’agente spéciale du FBI de Houston, Jeanette Milazzo, a déclaré que les victimes peuvent être difficiles à identifier, souvent parce qu’elles sont tellement contrôlées et qu’elles ont peur de s’identifier, même dans les lieux publics.

« Ces victimes sont également formées par des proxénètes pour raconter de fausses histoires, elles sont déplacées d’un endroit à l’autre, elles peuvent avoir de fausses pièces d’identité et elles se méfient des responsables de services et des forces de l’ordre », a dit Mme Milazzo.

Le FBI a mené une opération à l’échelle nationale en juillet, baptisée Opération Journée de l’indépendance, qui a permis de sauver 82 mineurs victimes de la traite sexuelle et d’arrêter 67 trafiquants. Le FBI a identifié 21 autres victimes mineures.

Les poursuites sont plus simples dans les affaires impliquant des enfants victimes, car il n’est pas nécessaire de prouver qu’il y a eu « force, fraude ou coercition », comme c’est le cas pour les adultes victimes de traite.

Spécialistes du FBI chargés des victimes à Denver lors d’une opération de lutte contre la traite des êtres humains en juillet 2019. (FBI)

Éliminer le brouillard

Bien que Courtney savait qu’elle souffrait, qu’elle savait que sa vie était en danger, qu’elle savait qu’elle allait à l’encontre de tout ce en quoi elle avait cru, elle ne pouvait toujours pas dire que c’était la faute de ses trafiquants, les gens qu’elle « aimait ».

« Les promesses vides deviennent une routine au quotidien. Il n’est jamais nécessaire de voir une seule chose exécutée, une seule promesse tenue, pour continuer à croire chaque jour au mensonge », affirme-t-elle.

« Parce que supposer qu’ils vous mentent, qu’ils ne pensent pas ce qu’ils disent et que c’est un piège, c’est insupportable. Donc vous croyez l’improbable, et la réalité vous semble [impossible]. C’est très complexe. »

Heureusement quelques moments de lucidité l’ont aidée à commencer à réaliser qu’elle devait s’en sortir.

« Dans l’endroit le plus insensé, j’ai commencé à réaliser que je n’étais pas seule. Quand tout vous a été pris, une chose était toujours présente en moi : la foi. Ce n’était pas de l’espoir, c’est trop ardent, mais de la foi. »

Dans les moments les plus sombres, elle a pu renouer avec sa croyance en Dieu, et croire qu’il y avait quelque chose outre elle-même qui pouvait combattre le mal qui l’entourait.

« Tu ne peux pas croire en Dieu sans croire au diable. Satan est là pour nous détruire. C’est son royaume. La traite des êtres humains – la vente d’êtres humains, d’enfants, d’adolescents, d’adultes, de femmes, d’hommes – est un fléau », avoue-t-elle.

Elle a lentement cessé de se droguer et de consommer de l’alcool, et ses pensées sont devenues plus claires ; elle a aussi commencé à s’interroger sur les gens avec qui elle était et sur la vie qu’elle menait. Courtney a ajouté des artistes chrétiens comme les Casting Crowns et MercyMe à sa liste de chansons. À quelques reprises, elle a trouvé une Bible et s’est mise à prier.

« J’ai dû prendre la décision de quitter ce style de vie. Il fallait que je me lève », dit-elle. « Désormais, c’est la décision qui resterait dans l’histoire comme la plus grande décision que j’aie jamais prise. »

Courtney est rentrée chez elle à la fin de 2018, mais les choses ont empiré avant de s’améliorer.

Toucher le fond

« Quand tu rentres à la maison, tu n’es pas vraiment chez toi », dit Courtney. Elle pesait 27 kg en moins et elle était brisée à l’intérieur.

« Je me suis entourée de relations similaires, d’environnements similaires. Je n’étais peut-être pas sous contrôle physique, mais j’étais absolument sous ce contrôle émotionnel, psychologique et de lavage de cerveau », avoue-t-elle. « J’avais oublié ce que c’était de vivre. Je ne pouvais pas m’adapter à mon nouvel environnement. »

Quelques mois après son retour chez elle, au début de l’année, Courtney a été arrêtée pour trafic de drogue. Ça a été son moment le plus bas, selon elle. Ainsi, elle ne pouvait plus que monter.

« C’était exactement ce dont j’avais besoin. » Elle considère maintenant son arrestation comme une bénédiction déguisée.

Refuge pour femmes

L’arrestation de Courtney l’a menée à un séjour de cinq mois dans un programme d’hospitalisation avec Refuge for Women, un organisme confessionnel à but non lucratif offrant des soins spécialisés aux femmes qui ont échappé à l’exploitation sexuelle.

« C’est comme une version des Alcooliques anonymes et de Narcotiques anonymes, mais beaucoup plus relaxe et beaucoup plus conviviale et décontractée, et ça a vraiment marché pour moi. »

« Le counseling orienté sur le traumatisme a été une énorme, énorme clé et un outil pour m’aider à guérir et à comprendre ce que le traumatisme complexe fait au cerveau. C’est quelque chose que je n’aurais pas pu comprendre par moi-même. »

Selon elle, le traumatisme crée une perturbation chimique du cerveau qui peut pousser une personne à fonctionner en « mode survie » et à continuer d’ajouter des couches et des couches de problèmes non résolus.

« Grâce à ce programme, j’ai pu enlever des couches de choses que je n’avais pas bien gérées. »

Courtney fait remarquer que le programme l’a aidée à réapprendre à faire confiance, à établir des relations saines et à s’épanouir en tant qu’adulte dans la société. « Et, en outre, de tirer profit de ce que vous avez vécu pour en faire bénéficier d’autres personnes. Je serai à jamais reconnaissante envers le Refuge des femmes, toujours reconnaissante. »

Courtney Litvak (à gauche), une survivante du trafic sexuel, et sa mère Kelly Litvak, fondatrice de Childproof America, à Houston le 7 novembre 2019. (Samira Bouaou/The Epoch Times)

ChildProof America

Courtney est l’une des rares victimes de la traite sexuelle à avoir réussi à sortir et à rester à l’écart.

Selon Tammy Toney-Butler, un enfant, après avoir été entraîné dans le trafic sexuel, « ne vit que sept ans avant de succomber à l’environnement ».

Courtney est maintenant prospère et utilise son expérience pour aider les autres.

Elle a rejoint ChildProof America, une organisation que sa mère a fondée, en tant qu’ambassadrice et prévoit de faire connaître son histoire dans tout le pays. Le 19 novembre, Courtney et sa mère ont rencontré Ivanka Trump, fille et conseillère principale du président Donald Trump, pour discuter de la traite des êtres humains.

Courtney veut devenir sponsor pour aider ses pairs en faisant un travail de particulier à particulier pour les autres survivantes.

« Il faut une personne pour changer le cours de la vie d’un autre être humain. Aider les autres grâce à cette organisation est ‘ma vocation, ce pour quoi Dieu m’a choisie’ ». Ce qui la définit aujourd’hui, c’est d’être au service des autres, plutôt que sur ce qui lui est arrivé.

ChildProof a aidé Courtney à trouver un but, tandis que sa mère a dit que le fait d’avoir fondé l’organisation l’a gardée saine d’esprit.

« Si je n’avais rien fait de […] positif, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. Cette organisation m’a probablement sauvé la vie », a révélé Mme Kelly.

Après les six premières semaines de terreur et de désespoir, Mme Kelly a dit avoir cherché en ligne des ressources pour les parents dont les enfants sont victimes de la traite sexuelle. Elle n’a rien trouvé.

« Et c’est pour cela que ChildProof America a été fondé », dit-elle. « Cela répondait à un besoin qui n’existait pas, et répondait à un besoin très crucial car, pendant ce temps, j’aurais tout donné, je voulais juste qu’une personne me dise quoi faire. Mais au lieu de ça, j’avais 20 personnes différentes qui me disaient 20 choses différentes chaque jour. »

ChildProof est une voix forte, un guide avec toutes les informations aux niveaux local, régional et fédéral pour fournir une voie claire aux parents dans le besoin. L’organisme lance un programme de guides familiaux qui enverra des bénévoles d’expérience pour offrir 90 jours de soutien en personne aux familles en crise.

« Le programme est conçu pour aider la famille à faire sortir l’enfant en toute sécurité et à le remettre sur pied, ce qui sera très probablement du counseling orienté sur le traumatisme, et peut-être des soins résidentiels de longue durée », a-t-elle fait savoir.

Les conseils et le soutien sont importants, selon Mme Kelly, mais la prévention par l’éducation est cruciale, surtout dans les écoles.

« Nous ne voulons pas qu’une famille dise : ‘Pas mon enfant.’ Et nous ne voulons pas qu’une famille dise : ‘Qu’est-ce que le trafic ?’ Ce n’est pas acceptable. Cela pourrait se trouver dans la salle de classe de votre enfant. C’est sur le portable de votre enfant. C’est dans votre église. »

« Si quelqu’un dit qu’il ne comprend pas ce que c’est, cela met cet enfant en danger. »

Les 6 étapes du recrutement

Sur ChildProof America, Kelly Litvak a adopté le « Processus de recrutement en 6 étapes » de John Clark, le père d’une victime. On donne également des conseils aux parents.

« C’est tellement important pour les parents de comprendre les étapes du recrutement et de la manipulation. Si vous comprenez les étapes et les comportements en jeu au sein de chacune de ces étapes, vous pouvez vraiment intervenir efficacement et réorienter votre enfant. Mais c’est tellement difficile car ces étapes peuvent prendre un an, voire deux ans. Ils sont si lents car les prédateurs qui recrutent votre enfant avec soin sont si patients », dit Mme Kelly.

Première étape : Se lier d’amitié

Le but est d’établir la confiance.

« La confiance et ce lien sont absolument essentiels. La première étape du recrutement est vraiment tout à fait ordinaire », dit Mme Kelly.

« Quelqu’un entre dans ta vie – quelqu’un qui peut-être fréquente ton église, ton école. Dans un environnement sûr, si peu menaçant, et qui t’approche vraiment comme le ferait un adolescent. Hé… J’ai entendu dire que tu traverses une période difficile. Je veux dire, nous sortons tous ce week-end, pourquoi tu n’y viendrais pas ? »

« Tous les adolescents vulnérables veulent être acceptés, et une invitation normale à sortir ensemble n’est pas très menaçante », explique Kelly.

« Mais je peux vous assurer que tout a été planifié bien avant cette première conversation. »

Pour les parents

« Il est difficile de reconnaître cette étape, mais il y a des choses que vous pouvez surveiller. Remarquez les nouveaux amis et soyez curieux au sujet de leurs parents, de leurs antécédents, de leurs conditions de vie, etc. S’il s’agit d’un nouvel ami, cherchez avec qui il était avant votre enfant. Passez en revue les photos sur le téléphone de votre enfant, cherchez de nouveaux lieux de rencontre ou passe-temps. Les changements introduits par le nouvel ami devraient soulever des questions et susciter des recherches », affirme le site Web Childproof America.

Deuxième étape : Intoxication

Le but est d’introduire des frictions à la maison et de créer une dépendance.

« La deuxième étape est l’introduction de drogues et d’alcool pour rendre la cible dépendante de ces produits chimiques. Peut-être que votre enfant est déjà en train d’expérimenter ; la deuxième étape du recrutement consiste à permettre l’accès facile à ces substances. Les drogues et l’alcool font absolument partie intégrante du recrutement », affirme Mme Kelly.

Pour les parents

Beaucoup d’enfants font des expériences à cette période de leur vie. Si vous voyez ou soupçonnez une consommation de drogue ou d’alcool, traitez-la rapidement. Découvrez s’il s’agissait d’une expérience avec de bons amis qu’ils ont eus pendant un certain temps ou s’il s’agit du résultat de l’arrivée de quelqu’un d’autre sur la scène. Si c’est quelqu’un de nouveau, soyez plus préoccupé par la possibilité d’un lien de trafic.

Troisième étape : Aliéner

Le but est de créer un fossé entre l’adolescent et sa famille.

« Peut-être que vous aviez une relation étroite avec votre enfant, et tout d’un coup vous voyez votre enfant se retirer. Eh bien, c’est normal. Ils deviennent adolescents. Ils ne veulent pas traîner avec leurs parents et tout leur raconter. La plupart des parents diront donc que c’est normal. »

« Mais en réalité, la troisième étape est l’une des plus dangereuses car il s’agit de la séparation émotionnelle des parents ou des fournisseurs de soins et de la cible. Et quand ça arrive, et que vous avez perdu le contrôle émotionnel, c’est très difficile de remettre cet enfant sur les rails. »

Pour les parents

Essayez de ne pas vous disputer sur la source (les nouveaux amis) de la friction, affirme le site Web Childproof America. « Essayez d’utiliser le raisonnement ferme et l’amour comme base de toute discipline. Le fait de s’engager dans une lutte ou simplement mettre le pied à l’étrier – par exemple, ‘Je suis ton père/mère, et tu feras ce que je dis !’ – travaille à l’avantage des recruteurs qui essaient de creuser un fossé entre toi et ton enfant. »

Quatrième étape : Isoler

Le but est de séparer l’adolescent de ses amis de longue date qui partagent ses valeurs fondamentales.

« Disons que tu as fréquenté cinq, six, sept pairs tout au long de tes années d’école élémentaire. Et ces enfants partagent probablement le même système de valeurs que toi. Il est donc important, à ce stade, que le recruteur te sépare des enfants qui te demanderaient des comptes », explique Mme Kelly.

« Par conséquent, les choses que vous avez commencé à faire sont des comportements que ce groupe de pairs n’approuvent pas, ne soutiennent pas ou n’auraient pas eux-mêmes. Il est donc très important à ce stade de séparer la victime potentielle de ses pairs normaux et de l’entourer de personnes qui participent à l’ensemble du processus de recrutement. »

Pour les parents

Une fois que les trafiquants ont emmené la victime jusqu’à l’étape 4, votre enfant est en danger réel et immédiat. « Envisagez l’intervention, le conseil résidentiel loin de leurs supposés ‘amis’. Pensez à déménager l’enfant pour qu’il vive avec un parent dans une autre région, ou à déménager toute la famille. Cela semble drastique, mais c’est logique », déclare le site Web Childproof America.

Cinquième étape : Désensibiliser

Le but est de désorienter la boussole morale de la victime. Le trafiquant convainc la victime qu’elle peut avoir une vie « meilleure ». Ils lui disent que ses parents ne comprennent pas leur génération.

« La boussole morale change de cap. Donc, alors que votre enfant disait un jour : ‘Je ne mettrai jamais ce genre de photos sur les médias sociaux. Je ne fumerai jamais de marijuana, je ne boirai jamais d’alcool.’ Maintenant, tout d’un coup, ça devient pour lui une chose normale à faire », de dire Mme Kelly.

« Leur boussole morale et toutes les valeurs sur lesquelles ils ont été élevés ont complètement foiré. C’est une manipulation si magistrale, c’est difficile de comprendre comment quelqu’un peut avoir ce genre de contrôle sur votre enfant. »

Pour les parents

Quand les choses ont atteint ce point, il est difficile de faire demi-tour, mais pas impossible, selon ChildProof America. Soyez à l’affût de signes indiquant que votre enfant est exposé ou participe à des activités qui sont normalement interdites. Si vous n’avez pas déjà tenté d’intervenir auprès d’un survivant ou d’un organisme de soutien, ou si vous n’avez pas retiré l’adolescent de l’environnement, le temps presse.

Sixième étape : Tirer parti

Le but est de vous enlever votre enfant par le lavage de cerveau, la coercition, l’enlèvement ou une combinaison des trois. Selon ChildProof America, seulement 1 à 2 % des enfants sont secourus après cette étape.

« C’est là que votre enfant est parti. Et c’est tellement important pour les parents de savoir que c’est un long processus », précise Mme Kelly.

Pour les parents

Connaissez vos options de rétablissement et de soutien, dit ChildProof America. Élaborez un plan d’action à exécuter si votre enfant disparaît. Présentez-vous aux personnes et aux organisations dont vous aurez besoin. Établissez un mot de passe que votre enfant peut utiliser s’il le désire. Ils ne voudront pas l’entendre maintenant, mais ils s’en souviendront peut-être quand ils en auront besoin.

RECOMMANDÉ