Taiwan et l’Amérique Latine sous le siège des fake news chinoises

23 septembre 2018 Mis à jour: 23 septembre 2018

En Chine, où les médias sont lourdement censurés, les articles doivent suivre la ligne autorisée par le parti communiste, ce qui rend les fausses informations fréquentes. Pékin a encore accru ses méthodes subversives pour les exporter hors de Chine : Taiwan et l’Amérique latine sont maintenant victimes de nombreuses informations manipulées faisant la promotion du régime.

La présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, alors qu’elle participait à un rassemblement de soutien à l’un des membres de son parti candidat à une mairie dans le sud de l’île, s’est inquiétée du problème des fake news venant de Chine et se diffusant via les médias sociaux, rapporte un article du Liberty Times du 16 septembre dernier.

Madame Tsai a ainsi remarqué que Pékin exploite le fait que Taiwan est démocratique et que le gouvernement n’y contrôle pas les médias, pas plus qu’il n’empêche la liberté d’expression. Pékin en profite pour diffuser de fausses informations qui polarisent et clivent la société taiwanaise, accuse la présidente.

Le conflit entre Taiwan et la Chine continentale vient du souhait de Pékin de limiter le rôle de Taiwan sur la scène internationale. Depuis que le parti nationaliste chinois a été vaincu par le parti communiste chinois pendant la guerre civile et qu’il s’est retiré à Taiwan, l’île a fait sa transition vers la démocratie avec sa propre constitution, son gouvernement, son armée. La Chine continentale la considère cependant comme une province rebelle qui doit rejoindre un jour la mère-patrie – par la force militaire si nécessaire.

Deux incidents marquants impliquant des fake news ont récemment joué sur l’armée taiwanaise : en mars 2017, au moment des exercices militaires quinquennaux appelés les Han Kuang, le ministère de la défense de Taiwan a indiqué avoir bloqué une tentative par la Chine continentale d’inonder les médias sociaux taiwanais avec des informations négatives sur ces exercices. Le Taipei Times, dans un article sur ce sujet, analyse l’attaque comme une façon de diminuer la confiance des taiwanais envers leur armée.

Les soldats taiwanais pendant les exercices Han Kuang en 2015. (Sam YehAFP/Getty Images)

Puis, en décembre 2017, les médias chinois ont abondamment commenté des photos publiées par l’armée chinoise sur le site Weibo, un équivalent chinois de Twitter, qui montraient des avions de combat chinois approchant du mont Yushan, la plus haute montagne de Taiwan, au centre de l’île. Les responsables militaires taiwanais et d’autres experts militaires ont affirmé que ceci était impossible, car si les avions volaient hors de la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan, ils étaient trop long de la montagne Yushan pour qu’on puisse l’apercevoir en photo.

Il y a quelques jours enfin, Su Chi-cheng, directeur du bureau de représentation de Taiwan à Osaka, au Japon, s’est suicidé dans la suite du typhon Jebi, expliquant ne pas supporter l’incroyable pression qu’il avait subie. Après qu’un bateau se soit encastré dans un des piliers du pont reliant l’aéroport Kansai au centre-ville d’Osaka, les voyageurs ont été confinés à l’aéroport pendant une nuit. Les officiels chinois au Japon ont fait savoir par voie de presse qu’ils avaient pu secourir plus d’un millier de chinois et taiwanais, alors que les représentants de Taiwan n’avaient rien fait. Les internautes taiwanais ont vertement critiqué leur gouvernement pour son inaction, sans réaliser que l’information était fausse.

Pour combattre cette vague de fake news, l’observatoire des médias taiwanais a créé le Taiwan FactCheck Center, dont la mission est de vérifier l’authenticité des informations diffusées au public taiwanais.

Rick Chu, enseignant en journalisme à l’Université nationale Chengchi et ancien rédacteur en chef du Taipei Times, a demandé au gouvernement taiwanais de réviser la loi sur la liberté d’expression afin de traiter le problème des fake news, explique le Liberty Times dans un article du 17 septembre. M Chu propose que la loi cible principalement les « médias personnels » – une terminologie généralement utilisée pour les comptes personnels sur les divers médias sociaux, qui publient des contenus non vérifiés et sont donc source fréquente de désinformation.

La présidente Tsai a encouragé les taiwanais à ne pas diffuser les messages douteux trouvés sur des plateformes comme Line ou Facebook, ainsi qu’à alerter leurs proches quand ils identifient des fake news.

Amérique latine

Les pays d’Amérique latine font aussi face au problème des fake news venues de Chine. Global Americans, un think-tank spécialisé dans les affaires sud-américaines, a lancé au mois de juin dernier deux semaines d’études sur une tendance inquiétante : « les désinformations déguisées en journalisme venant des médias officiels russes et chinois. »

L’association a publié le résultat de ses travaux le 12 juillet. Parmi les analyses menées, un article du Quotidien du peuple, média du régime communiste chinois, et trois articles d’un autre média d’État, Xinhua, – tous emplis d’informations fausses.

Le rapport insiste sur la forte infiltration de Xinhua en Amérique latine : « Ils ont ouvert 21 bureaux dans 19 pays de l’Amérique latine et des Caraïbes. »

Un homme lit son journal à Buenos Aires (Mario Tama/Getty Images)

Par exemple, dans un article du 21 juin dernier publié par Xinhua sur la visite en Chine du ministre de l’Économie de la République dominicaine, Isidoro Santana, Global Americans s’interroge sur le fait « qu’aucun article sur sa visite ne mentionne son soutien appuyé au projet de la Nouvelle Route de la soie ».

Le projet, appelé aussi « la Ceinture et la Route » ou OBOR), est un gigantesque investissement annoncé par Pékin en 2013 et qui vise à développer des routes commerciales au travers de plus de 60 pays en Asie, Europe, Afrique et Amérique du Sud, avec des infrastructures développées par l’État chinois. Les critiques considèrent que l’OBOR placera les pays en voie de développement dans « un piège d’endettement ».

Voir aussi :

Global Americans cite également un article de Xinhua du 7 août parlant de la visite en Chine de collégiens de l’école chinoise de  Montevideo, en Uruguay, et estime que celui-ci « exagère sa description de la Chine comme étant le meilleur partenaire dans l’éducation pour toute la région. »

Par exemple, l’article cite le directeur de l’école Irupé Buzzetti comme affirmant que « tous les pays devraient suivre l’exemple de la Chine », un commentaire qu’aucun autre média n’a entendu, d’après Global Americans

Références :

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