Taïwan : le président tchèque reçoit un soutien international en réponse à la menace de la Chine à propos de sa visite sur l’île

Par Ella Kietlinska
5 septembre 2020
Mis à jour: 14 septembre 2020

« Je suis un Taïwanais », s’est s’exclamé le chef du Sénat tchèque dans un discours au Parlement de Taïwan mardi, un retour au défi que le défunt président américain John F. Kennedy avait lancé au communisme à Berlin en 1963. En réponse à cette déclaration, la Chine accuse et condamne Milos Vystrci de « franchir la ligne rouge ».

La Chine, qui considère la Taïwan démocratique comme une de ses provinces, a menacé de faire payer au président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, un « lourd tribut » pour sa visite sur l’île. La République tchèque, comme la plupart des pays, n’a pas de relations diplomatiques officielles avec Taïwan.

Dans son discours, M. Vystrcil faisait directement référence au fameux discours de J-F Kennedy « Ich bin ein Berliner » et a souligné les libertés démocratiques adoptées par la République tchèque depuis qu’elle a mis fin au régime communiste à la fin de la guerre froide et à celles de Taïwan depuis que celle-ci est sortie de la loi martiale à la fin des années 1980.

« En 1963, le président américain JFK, dans son célèbre discours « Je suis un Berlinois », s’est clairement opposé au communisme et à l’oppression politique, et soutenait le peuple de Berlin-Ouest », a lancé M. Vystrcil. Il a déclaré : « La liberté est indivisible et, quand un homme est asservi, tous ne sont pas libres. »

« Permettez-moi également d’exprimer en personne mon soutien à Taïwan et à la valeur ultime de la liberté, et de conclure le discours d’aujourd’hui… par une déclaration peut-être plus humble, mais tout aussi forte : ‘Je suis un Taïwanais.' » Milos Vystrcil a rerçu une ovation en prononçant la dernière phrase en chinois mandarin.

M. Vystrcil a affirmé que sa visite à Taïwan soulignait la politique étrangère, « fondée sur les valeurs », mise en place par le défunt président Vaclav Havel, un dissident anticommuniste et ami personnel du leader tibétain en exil, le Dalaï-Lama.

Le voyage de M. Vystrcil à Taïwan a attiré la colère de Pékin, qui considère l’île comme une partie de son territoire et s’oppose aux paroles ou aux actions des représentants des gouvernements étrangers qui pourraient renforcer le statut de Taïwan au sein de la communauté internationale. Taïwan est une île autogérée, avec ses propres représentants élus démocratiquement, son armée et sa monnaie.

Réactions internationales

À la suite d’une réunion à Berlin avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le conseiller d’État Wang Yi, le plus haut diplomate du gouvernement chinois, a dénoncé le président du Sénat Milos Vystrcil.

« S’il veut se rendre à Taïwan pour la désigner comme un État indépendant, n’est-ce pas un affront public, une provocation ouverte ? C’est pourquoi nous devons le dénoncer et nous avons dit au président du Sénat tchèque : ‘Vous avez franchi la ligne rouge' », a protesté Wang Yi.

Le ministre allemand Maas, dont le pays occupe la présidence tournante de l’Union européenne, a indiqué qu’il avait été en contact avec son collègue tchèque au sujet de la visite du président du Sénat.

« Les Européens sont très proches les uns des autres en matière de politique étrangère et de sécurité, nous traitons nos partenaires internationaux avec respect et attendons la même chose de leur part », a déclaré M. Maas. « Les menaces ne font pas partie de cela », a-t-il ajouté lors d’un briefing à Berlin mardi après les entretiens avec Wang Yi.

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré mardi : « Les relations entre l’Europe et la Chine doivent être fondées sur le dialogue, le principe de réciprocité et le respect mutuel, conditions préalables essentielles à l’approfondissement de notre partenariat. À cet égard, aucune menace contre un État membre de l’UE n’est acceptable, et nous exprimons notre solidarité avec la République tchèque. »

La présidente de la Slovaquie, Zuzana Čaputová, a déclaré dans un message sur Twitter que la Slovaquie « se tient aux côtés de la République tchèque. Les relations UE-Chine sont basées sur le dialogue et le respect mutuel. Les menaces dirigées contre l’un des membres de l’UE et ses représentants sont en contradiction avec l’essence même de notre partenariat et, en tant que telles, sont inacceptables ».

La visite tchèque à Taïwan a reçu le soutien de 70 parlementaires du monde entier, dont des membres du Parlement de l’Union européenne, du Congrès américain, des parlements d’Allemagne, de France, du Canada, d’Australie, du Royaume-Uni, de Lituanie, de Slovaquie et d’Estonie.

Les parlementaires ont condamné la pression exercée par les autorités chinoises sur M. Vystrcil pour tenter de le décourager de se rendre à Taïwan.

« La République tchèque a le droit de développer une coopération économique et culturelle avec Taïwan, et le président Vystrčil, constitutionnellement deuxième plus haut représentant de la République tchèque, n’a pas besoin de l’approbation de la République populaire de Chine pour visiter Taïwan », ont réaffirmé les parlementaires dans la déclaration commune.

Le sénateur américain Marco Rubio (républicain, Floride), les représentants américains Mike Gallagher (républicain, Wisconsin) et Ted Yoho (républicain, Floride) ont également signé cette déclaration.

Réponse tchèque

Bien que le gouvernement tchèque n’ait pas soutenu sa visite, il a été bouleversé par la forte condamnation de la Chine et a convoqué l’ambassadeur chinois. Lundi, Pékin a également convoqué l’ambassadeur tchèque pour une dénonciation.

Selon Radio Prague International, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Tomas Petříček, a déclaré à son homologue chinois que la République tchèque est un État souverain : « Nous rejetons fermement ces déclarations qui n’ont pas leur place dans les relations entre deux pays souverains. Bien que je n’aie pas soutenu la visite en tant que telle, je défendrai toujours la souveraineté de la République tchèque. » 

Milos Vystrcil, président du Sénat de la République tchèque (Avec l’aimable autorisation de Milos Vystrcil)

Relations entre Taïwan et la République tchèque

Milos Vystrcil est arrivé à Taïwan le 30 août pour diriger une délégation de 89 personnes comprenant des chefs d’entreprise, plusieurs sénateurs, des scientifiques, des journalistes et le maire de Prague Zdeněk Hřib.

Pendant la visite, M. Vystrcil a assisté à la signature de trois protocoles d’accord dans lesquels les deux nations coopéreront dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, l’internet des objets, la fabrication intelligente et la médecine.

La visite sera l’occasion de concrétiser la volonté de l’ancien sénateur tchèque Jaroslav Kubera, un partisan de longue date de Taïwan, décédé d’une crise cardiaque en janvier dernier.

Milos Vystrčil, le successeur de Jaroslav Kubera, a critiqué le gouvernement tchèque pour sa dépendance excessive sur le Parti communiste chinois (PCC) et estime que Taïwan a créé plus d’opportunités d’investissement et d’emploi en République tchèque que ce que le PCC a fourni.

L’ancien président du Sénat du Parlement de la République tchèque, Jaroslav Kubera, s’exprimant devant le bâtiment de la Radio tchèque à Prague lors d’un événement commémoratif pour le 74e anniversaire du soulèvement de Prague le 5 mai 2019. (David Sedlecký)

Jaroslav Kubera avait également prévu de se rendre à Taïwan, mais il est décédé subitement quelques jours avant sa visite. Après sa mort, une lettre de l’ambassade de Chine à Prague a été découverte dans sa valise. Cette lettre avertissait que si Jaroslav Kubera réalisait son projet de visiter l’île autonome de Taïwan, les entreprises tchèques ayant des activités en Chine « paieraient au prix fort ».

La lettre menaçait les entreprises tchèques opérant en Chine continentale, telles que la filiale de Volkswagen Skoda Auto et le prêteur Home Credit Group, ainsi que d’autres, de souffrir si Jaroslav Kubera se rendait à Taïwan.

La République tchèque se classe au quatrième rang des investissements taïwanais en Europe, selon les données fournies par le ministère taïwanais des Affaires économiques et rapportées par CNA et Taïwan News. L’année dernière, Taïwan a exporté pour 383 millions € (454 millions $) de marchandises vers la République tchèque et a importé pour 308 millions € (365 millions $) de produits tchèques, selon la même source.

Le président tchèque Milos Zeman a cherché à resserrer les liens commerciaux et politiques avec la Chine depuis son arrivée au pouvoir en 2013, mais ses efforts ont été contrariés par ses plans d’investissements qui ne se sont pas concrétisés.

Milos Vystrcil doit rencontrer la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen plus tard dans la semaine et participer à un forum organisé par l’American Institute à Taïwan, l’ambassade américaine de facto sur l’île, selon les médias locaux.

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