[Édito] Touché-coulé : la France est-elle responsable de l’annulation du contrat des sous-marins ?

Par La Rédaction
19 septembre 2021
Mis à jour: 20 septembre 2021

Que s’est-il vraiment passé en amont du « Trafalgar » qu’est l’annulation du contrat militaire géant de la France avec l’Australie ? La crise diplomatique sans précédent que celle-ci a déclenchée est, dans ce monde feutré où les désaccords sont souvent tus, un grand révélateur de l’organisation des nouveaux champs de force – et de faiblesse – mondiaux. Blessée par l’annonce, la France a rappelé ses ambassadeurs en Australie et aux États-Unis, un geste diplomatique d’une gravité exceptionnelle qu’il faut tenter de comprendre mieux.

Le point de vue du gouvernement français est simple : il a été brutalement trahi par l’Australie et par les États-Unis, qui ont annoncé par voie de presse que les Australiens s’équiperaient avec des sous-marins américains plutôt que français. D’après les chiffres du dernier rapport au Parlement sur les exportations d’armement, ce sont 34 milliards d’euros de perte sèche pour l’industrie française. Le grand outrage est de constater qu’un allié, les États-Unis, a manœuvré en silence pour favoriser sa propre industrie militaire. Pour alimenter cette ligne de discours, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves le Drian a utilisé à dessein des mots particulièrement forts, évoquant « coup de couteau » (dans le dos) et « trahison ».

Cependant et bien que la brutalité de l’annonce soit incontestable, le ministre de la Défense australien Peter Dutton affirme avoir depuis des mois prévenu son homologue française Florence Parly des grandes difficultés posées par l’accord militaire, et du fait que celui-ci était à la fois mal exécuté par Naval Group et mal aligné avec les intérêts stratégiques australiens. Simple contre-feu médiatique ? Le ministre australien affirme devant tous les médias de l’île-continent que ces échanges étaient officiels et ont donc été tracés, laissant entendre qu’il serait prêt à ouvrir les dossiers si le ton de la France ne changeait pas.

Partout on entend également expliquer que c’est l’incapacité du français Naval Group à adapter une propulsion nucléaire pour ses sous-marins ainsi qu’à respecter les délais prévus au contrat de 2016 qui ont sous-tendu la décision d’annulation. Ce soupçon est malheureusement étayé : un rapport d’audit australien dénonçait en janvier 2020 les longs délais – et coûts – supplémentaires de l’industriel français Naval Group dans la phase d’initiation des travaux, alors que les relations se tendent en Asie et que le besoin est pressant. Ceci déjà faisait supposer à de nombreux médias une rupture possible du contrat. Le PDG de Naval Group, Hervé Guillou, tentait alors de rassurer, dans la presse française, sur l’absence de risque.

Plus récemment, le manque d’écoute et de capacité de réponse pragmatique du gouvernement français a été dénoncé par plusieurs voix australiennes, laissant entendre que tous les messages d’alerte avaient été ignorés. Ces éléments mettent la France face à sa propre part de responsabilité dans cet échec.

Les opposants à Emmanuel Macron dans la course à la présidentielle vont bien sûr s’emparer du sujet pour ouvrir un procès en incompétence diplomatique, qui pourrait coûter de précieux points au président sortant. La colère marquée de celui-ci pourrait donc être aussi bien due à l’humiliation publique que représente la décision australienne qu’à la période très sensible durant laquelle celle-ci est faite.

Mais le plus fondamental reste peut-être encore à dévoiler. La commande de nouveaux sous-marins par l’Australie servait un objectif presque unique : faire face à l’agressivité croissante du régime chinois et à son piratage des câbles sous-marins dans la zone indo-pacifique. L’exclusion de facto de Paris de l’alliance pour contrer le régime chinois dans le Pacifique peut donc aussi – peut-être principalement – être lue comme une absence de confiance vis-à-vis de la France. Celle-ci, derrière la louable vision à long-terme d’une indépendance stratégique et d’une puissance renouvelée, n’est plus jugée comme solide ni fiable ; or, face aux menaces dans la zone indo-pacifique, l’on ne peut confier les clés de sa défense militaire à un pays qui d’un côté tolère l’espionnage massif par le régime chinois sur son sol et, de l’autre, montre vis-à-vis de ce même régime une attitude plus qu’amicale.

Ce qui pourrait avoir manqué à la France dans ce dossier sont donc deux niveaux juxtaposés de fiabilité : fiabilité dans le respect d’engagements d’efficacité industrielle, mais surtout fiabilité dans ses relations stratégiques et dans le choix de ses alliés. Certains domaines ne permettent visiblement pas de jouer la musique du « en même temps ».

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