Toulouse : une pédopsychiatre condamnée par l’Ordre des médecins pour avoir dénoncé des maltraitantes sur une enfant

Par Sarita Modmesaïb
4 mars 2021
Mis à jour: 4 mars 2021

Une pédopsychiatre de Toulouse a été condamnée par le conseil de l’Ordre des médecins à une interdiction d’exercer pendant 3 mois pour avoir signalé des faits de maltraitance sur une enfant. Elle dénonce ce jugement sur une vidéo devenue virale sur YouTube.

Eugénie Izard exerce son métier de pédopsychiatre depuis 16 ans à Toulouse. Il y a 5 ans de cela, elle a effectué un signalement de maltraitance sur une enfant par son père. Mais celui-ci, médecin, va alors déposer plainte contre la pédopsychiatre.

« J’ai juste tenté de protéger une enfant qui avait révélé des maltraitances de la part de son père qui était aussi… médecin et qui à la suite de mes signalements a contacté l’Ordre », explique Mme Izard.

Coïncidence, la plainte est déposée quelques mois après qu’Eugénie Izard a créé, avec d’autres collègues, le réseau professionnel pour la protection des enfants et des adolescents (REPPEA). Confrontés au déni et aux blocages lors d’affaires de maltraitances et notamment d’inceste, ces professionnels de l’enfance ont mis en place ce réseau afin de mieux faire entendre la parole des victimes, en particulier dans les situations de violences sexuelles.

Condamnée pour « avoir saisi le juge pour enfants »

Après cette plainte, s’ensuivront cinq ans de procédures qui ont abouti à cette condamnation : trois mois d’interdiction d’exercice de la médecine, précisément d’avril à juin 2021.

Précisément, Eugénie Izard a été jugée par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins, car elle lui reproche d’avoir saisi le juge pour enfants à la place du procureur de la République et, en conséquence, d’avoir enfreint le secret médical.

La pédopsychiatre s’en défend : « Contrairement à la condamnation de l’Ordre, cela n’est nullement interdit, c’est même essentiel à la protection des enfants, et c’est autorisé par les dispositions de l’article L.226-2-2 du code de l’action sociale et des familles issues de la loi n° 2007-293 du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance qui autorisent le partage de tels éléments qualifiés ‘d’informations préoccupante’ entre professionnels concernés par la protection de l’enfance. Je n’ai jamais pu me défendre de cela puisqu’on ne m’en a jamais accusée jusqu’à la condamnation finale », explique-t-elle dans une interview à Marie-Claire.

En outre, sur son site public, le conseil de l’Ordre des médecins de Haute-Garonne mentionne lui-même que « le signalement peut être effectué […] auprès du procureur de la République ou du juge des enfants ».

« Immixtion dans les affaires de famille »

Selon Stéphane Oustric, actuel président du conseil de l’Ordre, il y a eu « immixtion dans les affaires de famille ».

« En l’occurrence, le Conseil a considéré qu’Eugénie Izard avait outrepassé sa mission et qu’elle avait manqué à la déontologie de la profession. On n’est pas là pour s’immiscer dans des affaires de familles mais pour attester de faits réels », justifie-t-il.

Eugénie Izard nie cette accusation, rappelant avoir en fait « soutenu l’enfant et soutenu sa mère dans le fait qu’elle puisse faire reconnaître la maltraitance sur son enfant mais jamais de la vie en mettant en cause publiquement le père ».

La pédopsychiatre, présidente du REPPEA, s’insurge de ces accusations et établit un lien avec son implication dans l’association d’aide aux victimes de maltraitances : « Je ne comprends pas pourquoi il y a une telle cabale… quand on m’accuse sans cesse de tout ce qu’on peut trouver pendant cinq ans, quand on entrave volontairement la diffusion de l’information sur un colloque qu’organise l’association dont je suis présidente, colloque officiel avec des professionnels reconnus tels que le juge Edouard Durand… je me pose des questions sur cet acharnement. »

Eugénie Izard ne compte pas en rester là et a fait un recours auprès du Conseil de l’État.

« J’espère juste que mon témoignage servira pour que les enfants maltraités arrêtent de tomber dans l’oubli et que les professionnels qui les signalent et tentent de les aider soient enfin reconnus, considérés et protégés eux-mêmes des représailles inhérentes à ces affaires. »

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