Toulouse, ville de cocagne

14 octobre 2019
Mis à jour: 15 octobre 2019

Chacun sait qu’un pays de cocagne serait celui plutôt imaginaire qui permettrait de vivre sans souci, dans l’abondance et la joie. Cependant sait-on que cocagne désigne vers la fin du 15ème siècle des petites coques façonnées à la main avec des feuilles de pastel broyées puis fermentées que l’on mettait à sécher ? C’est autour de Toulouse que va se développer la culture de cette plante Isatis Tinctoria qui va faire la fortune de la région jusque Albi et Carcassonne. On extrayait de ces coques un pigment bleu qui séduisit toutes les cours de la Renaissance : bleu roi, bleu de France, bleu parfait qui ne tirait ni vers le jaune ni vers le rouge. Ainsi naquit le pays de Cocagne car le pastel va enrichir de nombreux négociants toulousains jusqu’à ce que début du 17ème siècle débarque des Caraïbes l’indigotier, une plante plus facile à cultiver et donc moins chère…

La statue des 3 Grâces trône au centre de la place de la Trinité bordée par des très beaux immeubles en briques de terre cuite. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Somptueuse ville rose

La patine rose de ses briques de terre cuite que la lumière du sud enflamme tout comme l’élégance naturelle du patrimoine bâti de la vieille ville racontent cette période faste de l’histoire de Toulouse quand le commerce du pastel a enrichi les négociants au point d’en faire un centre de commerce international. Proche des ports qui mènent en Angleterre et en Flandres, Toulouse devient la capitale de l’or bleu. De splendides hôtels particuliers chapeautés par de hautes tours étroites, symboles de la richesse des princes du pastel, sont élevés à cette époque. Aujourd’hui ils ont été divisés en appartements ou sont devenus des musées comme l’hôtel d’Assézat, un joyau architectural qui abrite les précieuses collections de la fondation Bemberg.

Centre historique de la ville, la place du Capitole est le lieu de rassemblement des Toulousains lors des petites et grandes occasions. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Toute visite commence sur la place du Capitole, centre du pouvoir depuis le 12ème siècle. Face au superbe hôtel de ville dont la façade s’orne d’autant de colonnes de marbre rose que de capitouls s’ouvrent des arcades garnies de terrasses qui invitent à la flânerie avant d’emprunter la rue du Taur qui mène à la basilique St-Sernin, véritable phare sur la ville, un chef d’œuvre de l’art roman inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Non loin de Saint-Sernin, la forteresse du couvent des Jacobins, maison mère des Dominicains qui s’opposèrent à l’hérésie cathare, est aujourd’hui le lieu d’accueil de belles expositions d’art contemporain dans un décor exceptionnel à l’ombre des piliers qui à leur sommet dessinent l’étonnante silhouette d’un palmier de pierre polychrome.

Dans le couvent des Jacobins à Toulouse, la voûte du chœur toute en nervures fines et légères tourne autour d’un pilier que l’on appelle aujourd’hui le « palmier des jacobins ». (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La balade dans le labyrinthe des placettes et des ruelles tortueuses qui recèlent d’autres trésors architecturaux mène inévitablement vers les rives de la Garonne, ce large fleuve aujourd’hui paisible. La belle esplanade au pied de l’église de la Daurade est envahie par les étudiants, inspirés par la vue sur la rive gauche barrée par les silhouettes de l’Hôtel-Dieu, classé lui aussi à l’Unesco et du dôme de la chapelle St-Joseph de la Grave dont le lanternon a tout d’un phare guidant aujourd’hui les avions qui inlassablement fendent le ciel.

Cité envahie par les étudiants, Toulouse s’anime toujours en soirée, surtout dans les venelles de la vieille ville où le vélo est roi. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Les yeux dans les étoiles

C’est au hasard de la géographie que Toulouse doit sa success-story aéronautique. Durant la première guerre mondiale, le gouvernement français choisit la ville la plus éloignée du front pour y replier les usines d’aviation militaire chargée d’observer les lignes ennemies et de les bombarder. Au lendemain de la guerre, soucieux de donner une nouvelle impulsion à ses avions, l’industriel Pierre-Georges Latécoère lance des lignes aériennes tournées vers le Sénégal et plus tard vers l’Amérique du Sud. C’est la belle époque de Mermoz, St-Exupéry, Guillaumet et autres héros de l’Aéropostale qui sera absorbée en 1933 dans le nouveau groupe national de Air France. Mais Toulouse n’en finit pas pour autant de tourner les yeux vers le ciel. Caravelle, Concorde, Airbus A300, ils sont tous nés à Toulouse et l’installation du groupe Airbus en 1970 aux portes de la ville a confirmé son assise dans le secteur de l’aviation.

La collection du musée Aeroscopia est riche d’avions mythiques liés à l’histoire de Toulouse. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le musée Aeroscopia célèbre près d’un siècle d’histoire locale liée à cette épopée aéronautique et rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont ouvert les routes du ciel. Il abrite une impressionnante collection de maquettes et de véritables avions légendaires. Pour aller plus loin encore dans la découverte, la Cité de l’Espace rend compte de l’histoire et de l’actualité spatiales avec rigueur et inventivité, de quoi voyager aux confins de l’univers en vivant entre autres la mission de Thomas Pesquet à bord de l’ISS comme si vous étiez à ses côtés. La toute nouvelle Piste des Géants née sur le site historique de Montaudran où décollèrent les pionniers de l’aviation civile emmènent les visiteurs dans un voyage au cœur de l’aventure de ces hommes qui osèrent l’impossible. 1000 m2 d’exposition permanente dédiée à ces vols improbables ! On apprivoise le désert avec St-Exupéry, on traverse l’océan avec Mermoz, on survole les montagnes avec Guillaumet. Pour poursuivre l’aventure, la Halle de La Machine présente sur 6000 m2 l’écurie des fantastiques machines de spectacles dont l’une d’elles, le Minotaure (14  m de haut) a été créée  pour Toulouse.

La Halle de la Machine ouverte en novembre 2018 fait revivre l’écurie des machines de spectacle de rue. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ville rose et verte

La ville compte 160 parcs et jardins, de nombreuses allées arborées et même des potagers partagés. Il suffit de remonter le cours du canal du Midi jusqu’au port de plaisance St-Sauveur situé en plein cœur du centre de la ville pour rejoindre le Jardin des Plantes où paradent quelques paons. Une passerelle aérienne aux croisillons ornés de plantes fleuries mène au jardin du Grand-Rond, autre bel espace planté en forme de vaste boulodrome autour d’un bassin central animé par une fontaine. Une seconde passerelle enjambe le boulevard pour conduire au Jardin Royal, premier jardin public de la ville, organisé à l’anglaise autour d’un petit lac ombragé par de magnifiques vieux arbres.

Envie d’une partie de pétanque, d’une promenade au cœur d’un jardin ou d’un moment de rêverie ? Une escale au jardin du Grand-Rond s’impose… (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Des platanes centenaires bordent les anciens chemins de halage où badauds et cyclistes y goûtent les plaisirs de cet autre coin de verdure. Une péniche attire les regards, elle affiche les couleurs de la fameuse violette de Toulouse. C’est un soldat de Napoléon de retour d’une campagne militaire en Italie qui aurait ramené cette fleur originaire de Parme comme chacun sait. Séduits par sa floraison hivernale, les maraîchers y voient l’occasion d’un complément de culture et dès la fin du 19ème siècle, la violette fait vivre jusqu’à 600 familles qui vendent des bouquets dans les kiosques. Mais l’hiver rigoureux de 1956 gèle une grande partie des cultures qui disparaissent des marchés jusqu’à ce que quelques irréductibles passionnés de cette fleur délicate ne la remettent au goût du jour. Hélène Vié propose à bord de sa péniche convertie en Maison de la Violette des confitures et des savons, des bougies et des chocolats, des moutardes et du miel aromatisés à la violette mais aussi des fleurs cristallisées qui, quand elles sont plongées dans une flûte de crémant, se libèrent de leur gangue de sucre et s’envolent doucement vers la surface. Le plaisir d’un kir royal toulousain à déguster sur la terrasse de la péniche-boutique-musée-salon de thé.

La péniche Maison de la Violette présente la fleur toulousaine sous toutes ses formes au fil de son histoire. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le terroir est très présent également dans les assiettes car les toulousains sont des citadins proches de l’agriculture, élevés dans le culte d’une cuisine régionale qui met en avant les productions locales. Les nombreux marchés sont des lieux de brassage populaire qui perpétuent un art de vivre convivial. On connaît déjà le foie gras, le canard, les truffes et le cassoulet mais que dire des fruits et légumes proposés par les petits producteurs fermiers, des porcs gascons appelés Noirs de Bigorre qui ont gagné le 15 septembre dernier leur AOP (appellation d’origine protégée), des fromages maison comme le fameux pavé toulousain livré dans une boite d’affinage qui permet de le conserver dans des conditions idéales, etc. Sans oublier les vins du Sud-Ouest qui trouvent à Toulouse leur meilleure vitrine. Une raison de plus pour savourer un séjour dans cette cité attachante.

Le pavé toulousain à la texture fondante et livré dans sa boîte d’affinage peut s’emporter comme souvenir de votre passage à Toulouse. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

 

Infos pratiques :www.tourisme-occitanie.com et www.toulouse-tourisme.com. A visiter également www.musee-aeroscopia.fr; www.cite-espace.com; www.lenvol-des-pionniers.com; www.halledelamachine.fr; www.xavier.fr; www.lamaisondelaviolette.com et www.grainedepastel.com

Y aller : l’avion s’avère de loin le plus rapide et le plus utile car à Toulouse on circule aisément à pied ou en métro. De plus le Pass Tourisme qui inclut les transports en commun, les musées et monuments ainsi que des activités à tarifs réduits est proposé à un prix très abordable de 15€ à 29 € pour 24h ou 72h.

Se loger : l’hôtel Albert Ier*** à deux pas de la place du Capitole offre un havre de paix dans une rue calme. Avec son Eco label européen, il assure une atmosphère respectueuse de l’environnement palpable entre autres au petit déjeuner garni de pains authentiques et de produits saisonniers et bio www.hotel-albert1.com

La boutique Graine de pastel propose des produits cosmétiques entre tradition et innovation à partir de l’huile récoltée dans les graines de pastel. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Se restaurer : nul besoin de tables étoilées pour déguster de savoureux petits plats dans des décors vivants comme celui du marché couvert Victor-Hugo qui invite au mélange des saveurs à prix doux. Proche de l’Aeroscopia ou de la Cité de l’Espace, le Sky-trotter est installé dans une ancienne ferme où il propose une cuisine du terroir déclinée dans des formules qui invitent au voyage. Pour 20€ le Long-Courrier offre un menu 3 services tandis que le Fast&Fly se contente d’un plat et d’un café pour 12,50€ http://restaurant-sky-trotter.com.Dans le vieux centre nous avons testé tour à tour le J’Go à la fois boucherie et restaurant alimenté par des volailles du Gers, de l’agneau du Quercy et des porcs noirs de Bigorre achetés entiers et préparés sur place, de quoi assurer une antre du bien-manger toulouse@lejgo.com. Monsieur Georges  avec une belle terrasse ouverte sur la place du même nom où les tapas sont à l’honneur à l’heure de l’apéro  www.monsieurgeorges.fr. Autour du Capitole, le chef du Genty Magre a découvert dans de grandes maisons de New York puis de Tokyo de nouvelles saveurs qui parfument  une cuisine toulousaine réinventée  www.legentymagre.com. Le Glastag est une autre maison qui marie bar à cocktails et restaurant au cœur du quartier latin des Carmes avec de formules goûteuses de déjeuner 3 services à 19,50€.

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