Avant les Ehpad, toutes les générations vivaient sous le même toit, dans la maison familiale

Par Emmanuelle Bourdy
27 avril 2020
Mis à jour: 27 avril 2020

Il y a encore quelques décennies, les personnes âgées ne finissaient pas leurs vieux jours dans des Ehpad, mais elles restaient près des leurs, dans la maison familiale. Plusieurs générations habitaient sous le même toit ; cela se pratiquait surtout en milieu rural.

Marie-Annick, habitante de La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique), a aujourd’hui 66 ans, ainsi que le rapporte Ouest-France. Elle se rappelle le passé, sa jeunesse dans la maison familiale où vivaient ses douze frères et sœurs, ses parents et sa grand-mère, Marie. Décédée en 1983, Marie était un réel soutien pour toute la fratrie. « Elle était notre deuxième maman », se souvient Marie-Annick en repensant avec tendresse à sa grand-mère. Même si la famille était nombreuse, ce qui était monnaie courante à l’époque, « on ne manquait ni de nourriture ni d’affection », ajoute-t-elle.

« Ce n’était pas le grand confort, mais ça ne pesait pas », se remémore Marie-Annick, qui explique qu’il n’y avait ni eau courante, ni espace pour avoir un peu d’intimité dans la modeste maison familiale. Les parents étaient d’un côté avec les enfants, et la grand-mère de l’autre, avec pour toute séparation une armoire.

Pourtant, malgré l’exiguïté des lieux, la question de mettre Marie dans une maison de retraite n’a jamais été évoquée. « La question ne s’est jamais posée. D’abord, parce que ça n’existait pas vraiment, à part l’hospice des bonnes sœurs, où l’on voyait des vieillards qui n’avaient pas l’air si malheureux, qui se rendaient utiles », explique Marie-Annick. Elle ajoute : « C’est triste, ces Ehpad. On a l’impression que certains n’attendent plus rien de la vie, ils ne se sentent plus utiles. »

« Avec treize enfants, elle était même indispensable », précise Marie-Annick qui se rappelle que Marie s’occupait des tâches ménagères tout en étant attentive à chacun.

L’histoire de Marie-Annick n’a rien d’exceptionnel, c’était ainsi dans de nombreuses familles.

Lorsque les grands-parents étaient valides, ils s’occupaient de diverses tâches domestiques ou aidaient aux travaux de la ferme s’ils vivaient en milieu rural. L’hospice était un lieu jugé dégradant pour beaucoup et mal vu aux yeux de la religion, qui insistait sur l’importance de la famille et du respect, au cœur des valeurs.

Et lorsque les grands-parents devenaient malades, bien souvent les parents s’en occupaient tant qu’ils le pouvaient, les accompagnant jusqu’au bout. C’était aussi une vie de labeur.

Aujourd’hui, en raison de l’épidémie de coronavirus qui sévit, nos aînés sont isolés dans leurs chambres individuelles, une autre forme de souffrance…

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