Traduire en justice un ancien dictateur chinois

19 juillet 2016 Mis à jour: 19 juillet 2016

Les personnes qui ont vécu le 20 juillet 1999 en Chine, ont été témoins d’une campagne de répression qui semblait jaillir d’un autre âge, d’une époque plus obscure.

Les rues de Pékin étaient encerclées par des camions hurlant à travers leurs haut-parleurs des messages de mise en garde des citoyens contre la pratique du Falun Gong, ou Falun Dafa, une discipline spirituelle traditionnelle chinoise populaire.

Pendant plusieurs jours d’affilée, les chaînes de télévision publiques ont matraqué à la une de leurs programmes d’informations, les dénonciations du régime contre une pratique devenue tout à coup « illégale ». Les étudiants et les enseignants devaient se livrer à des « séances de lutte » contre le Falun Gong, en adoptant l’attitude « correcte » envers cette « religion déviante », sous peine d’être expulsés ou de perdre leur emploi.

Les pratiquants de la discipline pacifique, qui avaient demandé aux autorités chinoises de cesser la campagne d’éradication de leur foi, ont été arrêtés et emprisonnés ou détenus dans des camps de travaux forcés. Ils y subirent des sessions de lavage de cerveau, des tortures et dans certains cas furent tués pour avoir refusé de renoncer à leurs croyances.

Cette politique installait partout une atmosphère de terreur et de silence.

Dans une récente interview, Zhu Keming, un designer d’intérieur devenu millionnaire et qui avait commencé à pratiquer le Falun Gong en 1998, confia que « le Parti communiste chinois était persuadé que les pratiquants de Falun Gong n’oseraient pas lui résister et à plus forte raison s’opposer ouvertement, ni encore moins à déposer une plainte en utilisant leurs vrais noms ».

Bien sûr, c’est exactement ce qu’il fit.

Wang Jie, mort à la suite des blessures infligées par les tortures durant sa détention pour avoir pratiqué le Falun Gong. (Minghui.org)
Wang Jie, mort à la suite des blessures infligées par les tortures durant sa détention pour avoir pratiqué le Falun Gong. (Minghui.org)

Zhu, sa femme et le neveu de cette dernière étaient révoltés par l’injustice de la persécution, une tentative publique de détruire une croyance entière. Ils ont cherché un recours juridique devant les tribunaux chinois. Le 25 août 2000, Zhu et son neveu (le nom de la femme a été retiré du dépôt à la dernière minute) sont devenus les premiers pratiquants de Falun Gong à déposer une plainte pénale contre l’ancien chef du Parti, Jiang Zemin, pour son rôle de commanditaire de la persécution.

Leur audace a valu à Zhu Keming et Wang Jie, son neveu par alliance, d’être arrêtés pour un long emprisonnement, de subir d’horribles sévices lors de leur garde à vue, qui conduit finalement à la mort de Wang. Ce dernier a été libéré après avoir subi d’extrêmes tortures durant sa détention. Il a succombé à ses blessures six mois plus tard. Zhu est sorti de prison au bout de cinq ans, décharné, chauve, avec neuf dents en moins.

Presque seize années plus tard, des centaines de milliers de procès ont été intentés contre Jiang Zemin, dans les divers organes juridiques les plus élevés du régime. Certains des pratiquants de Falun Gong et d’autres citoyens chinois qui ont porté plainte, ont fait l’objet de représailles de la part des forces de sécurité locales, mais rien d’aussi grave que le traitement infligé à Zhu et Wang au début des années 2000.

La vague de procès contre Jiang constitue un effort sans précédent pour traduire un ancien dictateur chinois en justice. Alors que le Falun Gong reste le groupe le plus persécuté en Chine aujourd’hui, l’élan des poursuites à l’encontre de Jiang peut fournir au chef du Parti actuel, Xi Jinping, une opportunité acceptable de résoudre l’un des problèmes sociaux et politiques qui rongent le plus la Chine. Xi a le pouvoir de mettre fin à la campagne contre le Falun Gong, de la jeter aux pieds de son responsable et de reconsidérer l’avenir des arrangements politiques de la Chine, si tant est qu’il le veuille.

De patron dur et buveur à courtois et abstinent

Les pratiquants de Falun Gong faisant les exercices à Chengdu, dans la province chinoise du Sichuan, avant le début de la persécution en 1999 (Minghui.org)

Dans la Chine des années 1980 et 1990, les pratiques énergétiques chinoises, appelées qigong, étaient devenues extrêmement populaires, principalement en raison des bénéfices pour la santé que les pratiquants ressentaient. Malgré les approches spirituelles intégrées au qigong, les dirigeants communistes chinois, athées, ont soutenu la « fièvre du qigong » et les instituts de recherche réputés publièrent des études sérieuses sur le phénomène.

Le Falun Gong était la pratique vedette de qigong des années 1990. En 1992, son fondateur, M. Li Hongzhi, a présenté les exercices au public, sans faire payer les frais d’adhésion habituels pour ce genre de séminaire. Sept ans plus tard, une enquête officielle du Parti communiste chinois a estimé que 70 millions de personnes dans le pays — des cuisiniers aux techniciens de surface, en passant par les soldats et le secrétaire d’un ponte du parti— pratiquaient le Falun Gong.

Duan Wei, la femme de Zhu Keming, a expliqué avoir commencé la pratique du Falun Gong après avoir été témoin oculaire de sa capacité de guérison.

Dans un parc de Pékin, Duan est tombée sur un pratiquant qui avait été diagnostiqué au stade 4 du cancer du foie, mais semblait être en parfaite santé. « En tant que médecin, je suis en mesure de reconnaître à son visage, un patient qui souffre de problèmes de foie, de cœur ou de troubles rénaux. Mais son teint et sa mine contredisaient le diagnostic médical qu’il avait reçu » a-t-elle déclaré. Duan Wei est un médecin très respecté, qui comptait parmi ses patients de hauts généraux du Parti et de hauts responsables gouvernementaux de l’Asie du Sud-Est. Elle avait accordé à Taïwan une interview à New Tang Dynasty Television, un réseau chinois de diffusion indépendant qui, avec ce journal, fait partie du groupe de médias Epoch Media Group basé à New York.

Les pratiquants de Falun Gong, accompagnés de leurs enfants, exécutant les exercices à Pékin avant le début de la persécution en 1999. (Minghui.org)

Duan a présenté le Falun Gong à Zhu Keming quand ils ont commencé à se fréquenter, en 1998. Pour Zhu, qui avait été affairé pendant des années à faire fortune, le point marquant principal du Falun Gong était l’aspect de l’auto-cultivation — l’amélioration ou l’élévation personnelle du pratiquant grâce à son adhésion aux principes de vérité, compassion et tolérance. Les employés de Zhu ont été fascinés par les changements dans le comportement et les habitudes de leur patron: Zhu, le patron dur, est devenu plus compréhensif et courtois. Il est passé d’une consommation chaque soir d’une douzaine de bouteilles d’alcool de riz et de bières à une abstinence totale.

Wang Jie, âgé alors de 36 ans, était l’un des employés de Zhu et un pratiquant de Falun Gong. Wang s’était plaint auprès de sa tante Duan, de Zhu qu’il décrivait comme quelqu’un de difficile. Mais il a révisé son jugement après avoir réalisé que Zhu travaillait à améliorer continuellement son caractère, en accord avec les enseignements du Falun Gong. Zhu et Duan se sont mariés quelques temps plus tard.

La nuit en plein jour

Plus de 10 000 pratiquants de Falun Gong manifestent pacifiquement près de l’enceinte de la direction du pouvoir à Zhongnanhai à Pékin le 25 Avril, 1999 (Minghui.org)

Après avoir soudainement pris conscience de l’ampleur du Falun Gong, le chef du parti Jiang Zemin a décidé à la hâte qu’il fallait « l’éradiquer ». Une tentative pour renforcer sa domination sur le parti, analysent les experts de la politique du Parti communiste.

« Comment est-ce possible que nous, membres du Parti communiste, avec nos armes du marxisme, du matérialisme et de l’athéisme, ne puissions pas vaincre cette chose du Falun Gong? », interrogeait Jiang dans une lettre adressée aux hauts fonctionnaires du Parti. C’était après la manifestation qui avait rassemblé plus de 10 000 pratiquants de Falun Gong devant Zhongnanhai (siège du gouvernement à Pékin), le 25 avril. Les manifestants demandaient aux autorités de mettre fin au harcèlement illégal suite à l’arrestation de pratiquants à Tianjin. À l’issu de cette journée, la situation semblait avoir été réglée à l’amiable par le premier ministre Zhu Rongji.

Mais le 20 juillet 1999, Jiang a lancé la persécution à l’encontre du Falun Gong.

Pour Zhu Keming, un homme d’affaire de Hong Kong qui a déposé une plainte pénale contre le dirigeant chinois Jiang Zemin, le Parti communiste chinois est le groupe politique le plus ignoble qui soit. (Epoch Times)

«Quand j’ai vu à la Télévision Centrale de Chine, toute la propagande calomnieuse à l’encontre du Falun Gong … j’ai fondu en sanglot », se souvient Zhu Keming sur NTD. « C’était comme s’ils affirmaient qu’il fait nuit alors qu’on est en plein jour — tellement de personnes sont devenues meilleures grâce à la pratique du Falun Gong, en meilleure santé… mais sur les ondes on martelait que le Falun Gong était « mauvais» et «pervers». »

Pire encore, partout dans le pays les pratiquants étaient pourchassés par le dispositif de sécurité du régime, arrêtés, puis envoyés dans des centres de détention, dans des services psychiatriques et les camps de travail, pour y être exploités et torturés à mort.

Zhu, Duan Wei et Wang Jie ont été les premiers à envoyer des lettres au chef du Parti, Jiang Zemin, pour défendre le Falun Gong et réclamer l’arrêt de la répression. Mais ils n’ont jamais reçu de réponse. Ils ont ensuite envoyé des milliers de lettres semblables à d’autres responsables du régime, ainsi qu’aux médias continentaux et étrangers.

Leurs appels sont tous restés sans suite. Peu après, des récits de pratiquants torturés à mort commencèrent à apparaître sur le site Minghui.org, un centre d’informations de première main sur la persécution.

Les morts causés par la persécution les ont convaincus de faire l’impensable — intenter un procès contre un dirigeant chinois en place, pour crimes contre l’humanité.

Zhu constata que Jiang avait violé plusieurs articles de la loi chinoise, parce qu’il avait illégalement interdit le Falun Gong, sans mentionner qu’il avait déclenché une campagne étatique de torture organisée.

Zhu, Duan et Wang se sont jetés à corps perdu dans les livres des procédures de la Constitution chinoise, ceux sur le droit pénale et criminel du pays. Ils ont constaté que Jiang avait violé plusieurs articles de la loi chinoise, parce qu’il avait illégalement interdit le Falun Gong, sans mentionner qu’il avait déclenché une campagne étatique de torture organisée. Ils ont conclu que le meilleur recours juridique consistait à déposer une plainte pénale écrite auprès du Parquet populaire suprême, la plus haute instance de poursuite du régime.

La plainte initiale contre le chef du Parti Jiang Zemin, le chef de la sécurité Luo Gan et le directeur du département de la logistique du Parti, Zeng Qinghong, contenait les signatures de Zhu Keming, Duan Wei et Wang Jie. Craignant de féroces représailles, Zhu et Wang ont plus tard décidé de retirer le nom de Duan et d’envoyer par la poste la version modifiée, en août 2000.

Choisis par l’histoire

1/4 Une plainte légale contre Jiang Zemin et son accusé de réception par la Cour, fournis par la femme d’un pratiquant persécuté de Heilongjiang, au Nord-Est de la Chine. (Minghui.org)
2/4 Plus de 1 400 habitants de Anshan, dans la province du Liaoning ont signé la plainte pénale contre Jian Zemin, entre mai 2015 et juillet 2016. (Minghui.org)
3/4 Plus de 3 000 habitants du comté de Jianli, dans la province de Hubei, ont apposé leur signature et l’emprunte de leur pouce à l’encre rouge, pour se joindre à la plainte pénale contre l’ancien chef du Parti communiste chinois Jian Zemin, depuis mai 2015. (Minghui.org)
4/4 Plus de 1 200 habitants du comté de Ningxiang, dans la province de Hubei, ont rempli la plainte en justice contre l’ancien directeur du Parti communiste chinois, entre mai 2015 et juillet 2016. (Minghui.org)

La tentative suivante d’un pratiquant de Falun Gong pour traduire Jiang Zemin en justice a dû attendre le 15 mai 2015.

Zhang Zhaosen, un pratiquant de Falun Gong de la province du Hubei, a remis une plainte pénale contre Jiang à un représentant du procureur de l’État au cours de son procès pour « diffusion d’information sur le Falun Gong par internet».

Le tribunal a accepté de recevoir les documents et Zhang a pu rentrer chez lui sain et sauf.

Galvanisés par le succès de Zhang, les pratiquants de Falun Gong à travers tout le pays ont envoyé leurs propres plaintes juridiques à la Cour populaire suprême et au Parquet populaire suprême. Dans ces plaintes, ils décrivent les actes de persécution dont eux et leurs parents ont souffert, une liste de crimes dont Jiang était le commanditaire et les lois constitutionnelles spécifiques et criminelles chinoises, que Jiang avait violées durant sa campagne de persécution.

Selon les données incomplètes recueillies par Minghui, ce sont à ce jour plus de 209 000 pratiquants de Falun Gong et citoyens chinois qui ont déposé des plaintes à l’encontre de Jiang, auprès des plus hautes autorités judiciaires du régime.

En vertu d’une réforme juridique adoptée en mai 2015, qui exige que les organismes juridiques supérieurs du régime reçoivent et reconnaissent toutes les plaintes pénales, les tribunaux acceptent d’enregistrer toutes les poursuites.

Sous le pouvoir de Jiang et de son successeur direct Hu Jintao, toute tentative de lancer des poursuites judiciaires contre un dirigeant du Parti, même à la retraite, aurait été inconcevable et impossible.

Ce sont les efforts de Zhu Keming et Wang Jie en août 2000, bien qu’alors sans succès, qui ont déclenché une évolution progressive de l’état d’esprit, tant de la communauté des défenseurs des droits chinois que des pratiquants de Falun Gong et ont permis de contester la persécution de Jiang sur des bases juridiques, rappelle Hugo Peng, un ancien avocat des Droits de l’Homme en Chine.

« Ils ont été les premiers à manger du crabe », dit Peng lors d’une entrevue avec Epoch Times, utilisant un proverbe chinois pour décrire une activité difficile lorsqu’elle est effectuée pour la première fois. « Sans leur action, peut-être qu’il aurait moins de personnes enclines à utiliser la loi pour s’attaquer à la répression, ainsi qu’aux crimes commis par Jiang et d’autres ».

« Après tout, il faut bien que quelqu’un prenne l’initiative et l’histoire les a choisi ».

Destruction physique
Dans la soirée du 6 septembre 2000, Zhu Keming et Wang Jie ont été arrêtés dans la maison de Duan Wei à Pékin. Plus tard, grâce à son réseau personnel, Duan a pu apprendre que Jiang Zemin et son chef de la sécurité Luo Gan, avaient ordonné l’arrestation de son mari et de son neveu.

Zhu et Wang ont d’abord été emmenés dans un centre de détention secret, dans le quartier de Fangshan à Pékin. Ils ont ensuite été transférés au centre de détention n ° 1 de Pékin, une prison infâme qui détenait les prisonniers politiques pendant la Révolution Culturelle et après ceux de la répression de la place Tiananmen.

En 2001, des pratiquants de Falun Gong issus de 36 pays différents sont venus protester sur la place Tiananmen à Pékin, et appeler à mettre fin à la persécution et la torture des pratiquants chinois. (Minghui.org)

Zhu et Duan pensaient que Wang serait mieux traité en détention puisque ses parents étaient des membres de haut rang du Parti. Mais dans les centres secrets de détention puis dans la prison, les geôliers de Wang obéissaient avec zèle aux instructions de Jiang, « pour détruire » physiquement les pratiquants de Falun Gong.

Dans le centre de détention secret de la région montagneuse et glaciale de Fangshan à l’Ouest de Pékin, à l’automne, les gardiens lui ont enlevé ses vêtements et l’ont placé sous un robinet qui fuyait. Puis ils se sont défoulés, lui assénant des coups de pieds violents dans le dos et la poitrine. Selon Duan, médecin, les blessures internes qu’il a reçues lors de ces maltraitances ont plus tard contribué à le tuer.

Au centre de détention n ° 1 de Pékin, les menottes enserrant les chevilles de Wang ont lacéré sa peau jusqu’à exposer ses os. Wang a révélé plus tard à Duan avoir subit de nombreuses méthodes de tortures administrées aux pratiquants de Falun Gong, telles que documentées sur le site Minghui à l’époque : de terrible séances de rouage de coups, des brûlures et des marquages avec des cigarettes, des cure-dents plantés sous les ongles. Wang est resté dans le coma pendant un mois à la suite des coups qu’il avait reçus.

Lorsque Wang a été libéré sous caution le 30 novembre 2000, son corps était presque entièrement détruit— il lui fallait une dialyse tous les deux jours et il avait perdu tout contrôle sur sa vessie et ses intestins. En avril 2001, quelques amis ont fait passer Wang clandestinement de la Chine vers l’Indonésie, où son oncle Duan s’était alors installé. Un peu plus d’un mois plus tard, Wang s’effondrait sur le carrelage froid de la salle de bain, avant d’y mourir.

Duan a trouvé un hôpital indonésien pour effectuer une autopsie et déterminer la cause exacte de la mort de leur neveu. Après avoir effectué l’autopsie, mais avant la rédaction du rapport, le médecin lui a confié que : « Le cœur de Wang a deux fois la taille normale … ce n’est pas une anomalie qui s’installe en un jour ». Et d’ajouter que les reins, eux, s’étaient rétrécis. Il ne restait plus qu’à récupérer le rapport officiel d’autopsie à la fin de la semaine.

Mais à leur arrivée à l’hôpital, on leur a annoncé que le médecin s’était absenté pour un voyage à l’étranger. Il leur a fallu plus d’un mois et plusieurs visites à l’hôpital, avant d’enfin pouvoir rencontrer à nouveau le médecin. Enfin, ce dernier a livré son rapport qu’il a conclu de manière inattendue, déclarant que le corps de Wang ne présentait aucune anomalie. « Nous savions qu’ils avaient été achetés », a soupiré Duan.

Zhu qui a passé cinq années en prison, a subit des tortures semblables — avec des matraques électriques, les gardiens de prison lui ont envoyé des décharges à la tête, aux aisselles et à l’aine. Ils l’ont battu et privé de sommeil en l’obligeant à se tenir assis sur un petit tabouret en plastique six jours de suite. Il a été libéré en 2006.

Dans l’attente d’un changement

Plus de 10 000 pratiquants de Falun Gong ont marché lors du défilé de la Journée mondiale de Falun Dafa, à New York, le 13 mai 2016. (Benjamin Chasteen/Epoch Times)

Aujourd’hui encore, certaines personnes qui ont porté plainte pour traduire Jiang Zemin en justice, se font arrêter et sont placées en détention, mais aucun cas d’abus n’a été répertorié équivalent à ce qui est arrivé à Zhu Di Ming et Wang Jie. Dans une interview téléphonique accordée à Epoch Times, Zhang Zanning, avocat et professeur de droit à l’Université du Sud-Est de la ville de Nanjing reconnaît que : « La persécution contre ceux qui poursuivent Jiang s’est sensiblement adoucie. Même s’il y a encore des arrestations, ce n’est plus sous le prétexte d’avoir poursuivi Jiang ».

Le cas de Sheng Xiaoyun, la belle-mère d’une personnalité de YouTube, Ben Hedges, est un exemple.

En octobre dernier, les agents de sécurité du nord de la Chine ont fait irruption dans sa maison et l’ont arrêtée après qu’elle ait envoyé une plainte pénale contre Jiang. Un certain nombre de pratiquants de Falun Gong de la ville de Daqing dans le Heilongjiang, une province qui se classe parmi les régions les plus sévèrement persécutées de Chine, ont également été emprisonnés avec Sheng.

Toutefois, lors de sa détention, Sheng et d’autres pratiquants ont été autorisés à effectuer des exercices de Falun Gong et à réciter les enseignements du Falun Gong. Dix jours après sa libération, la police a même retourné à Sheng l’ordinateur qu’elle avait saisi. Dans un entretien téléphonique, elle a déclaré que ces derniers temps, « la police avait mieux traité les pratiquants de Falun Gong. Les policiers savent que les pratiquants sont de bonnes personnes à qui ont a collé une mauvaise étiquette ».

Zhang Zanning, professeur de droit, estime que les responsables de la sécurité publique et du système judiciaire commencent lentement à reconnaître que la persécution du Falun Gong était une erreur et ils attendent de voir comment les orientations politiques vont évoluer. « En l’occurrence, dans la plupart des cas récents que j’ai traité, impliquant des pratiquants de Falun Gong, les tribunaux ont utilisé diverses excuses pour ajourner le procès des pratiquants », a expliqué Zhang. « Je pense que les tribunaux attendent des changements de politique en haut lieu ».

Depuis son arrivée au pouvoir, Xi a évincé plusieurs des lieutenants de Jiang Zemin, ainsi que leurs sous-fifres à mesure qu’il consolidait son contrôle sur le régime. Des hommes comme Bo Xilai, l’ancien membre du Politburo et l’ancien tsar de la sécurité Zhou Yongkang sont connus pour avoir été profondément impliqués dans la persécution du Falun Gong. Même Li Dongsheng, le directeur de l’agence extralégale créée par l’ancien dictateur pour éliminer le Falun Gong, connue sous le nom de Bureau 610, a été évincé — un signe sans équivoque, indiquant que les auteurs des persécutions ne seront plus à l’abri.

Le chef du Parti communiste Xi Jinping (à g) avec son prédécesseur Jiang Zemin, regardant le défilé militaire de la place Tiananmen à Pékin, le 3 septembre 2015. (STR/AFP/Getty Images)

Récemment Xi a « opéré tous ces mouvements qui sont plus ou moins ambiguës », tels que le « démantèlement de la faction de Jiang Zemin » et la « prise de contrôle sur la direction du Bureau 610 », a analysé lors d’une entrevue, Andrew Junker, sociologue à l’Université de Chicago, actuellement en train d’écrire un livre sur le Falun Gong.

« Je ne vois aucune bonne raison pour que le Falun Gong cristallise sa relation avec Xi Jinping ; il est plutôt parfaitement logique d’ouvrir la porte, autant que possible pour l’encourager à agir dans la bonne direction », a ajouté Junker.

En plaçant l’entière responsabilité de la persécution sur la personne de Jiang Zemin dans leurs plaintes, les pratiquants de Falun Gong pourraient avoir involontairement offert à l’actuel chef du Parti, Xi Jinping, l’opportunité de mettre fin à la persécution et de ne pas impliquer immédiatement sa direction.

Selon certaines sources bien informées, qui préfèrent rester anonymes pour des raisons de sécurité, Jiang Zemin et ses fils auraient vu leurs mouvements limités en mars dernier et seraient placés sous une certaine forme de détention douce.

Zheng Enchong, un avocat des droits de l’homme réputé de Shanghai, qui avait été placé en résidence surveillée suite à des échauffourées avec des membres du « gang de Shanghai » de Jiang Zemin, a déclaré récemment à la radio internationale Sound of Hope, que les forces de sécurité qui le surveillent, discutent ouvertement de la situation de Jiang et de ses fils. Un de ses anciens camarades de classe avec des relations hauts placées l’avait même invité à célébrer « la fin de Jiang Zemin ».

Dans une précédente interview avec Epoch Times, Zheng a déclaré que de nombreux habitants de Shanghai, ainsi que des avocats des droits de l’homme soutenaient l’action visant à conduire Jiang en justice. Zhen Enchong se porte volontaire pour être le représentant du mouvement lorsque le cas de Jiang apparaîtra au tribunal.

À la lumière de la vague de procès, Zhou Keming a décidé de poster une nouvelle plainte.

« Les pratiquants de Falun Gong ne poursuivent pas Jiang Zemin par formalité … À cause de la persécution, tellement de familles de pratiquants ont été brisées; certaines personnes ont été tuées pour leurs organes, alors comment peut-on rester indifférent? », questionne-t-il. « J’espère que cette vague de procès contre Jiang Zemin va prendre progressivement plus d’ampleur », a poursuivi Zhu.

« Nous traduirons Jiang Zemin en justice, seulement alors nous reprendrons le cours normal de nos vies».

Juliet Song et Matthew Robertson ont contribué à la rédaction de cet article.

Version anglaise : Bringing a Former Chinese Dictator to Justice

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