« Transcender la peur : l’histoire de Gao Zhisheng », un film sur l’avocat chinois emprisonné

26 novembre 2013
Mis à jour: 28 octobre 2017

La vie de l’avocat des droits de l’homme Gao Zhisheng, connu pour son courage pour avoir osé dénoncer les violations des droits de l’homme en Chine, vient d’être illustrée dans un documentaire lors d’un événement à Ottawa, The Free Thinking Film Fest, au début du mois de novembre.

« Craint par le Parti communiste, admiré par des millions de gens, enlevé et torturé, sa vie est suspendue à un fil », voilà les premières paroles de ce documentaire de 72 minutes, produit et réalisé à Taïwan par Wenjing Ma et intitulé : Transcender la peur : L’histoire de Gao Zhisheng.

Selon Edward McMillan-Scott, le vice-président du Parlement européen, Gao Zhisheng « est le symbole de ce que pourrait être la Chine, une Chine avec une démocratie, des droits de l’homme et la primauté du droit ».

Gao, que l’on nomme souvent « la conscience de la Chine », a été radié du barreau et « porté disparu » par les autorités chinoises à plusieurs reprises, gravement torturé pour avoir défendu les militants et les minorités religieuses, et pour son franc-parler. Gao est actuellement détenu dans la prison isolée du comté Shaya, dans la circonscription d’Aksu de la province du Xinjiang.

Gao est né dans une grotte à flanc de colline dans le nord de la Chine où vivait sa famille qui était extrêmement pauvre. Il a commencé à travailler en tant qu’ouvrier migrant, puis dans une mine à l’âge de 15 ans. Il est ensuite devenu vendeur de rue, tout en étudiant pour devenir avocat. Il a fait partie des 1% de candidats autodidactes qui ont réussi l’examen du barreau en 1994.

Bientôt tout un ensemble de victimes de l’État occupait son bureau, et celui-ci a commencé à gagner des affaires contre toute attente dans le système judiciaire notoirement injuste de la Chine. En 2001, le ministère de la Justice l’a sélectionné comme l’un des dix avocats « d’honneur » dans un concours national de télévision, mais ce titre lui fut retiré quatre ans plus tard lorsqu’il devint une cible du régime.

Libérer Gao
En 2009, Geng He l’épouse et les deux enfants de Gao sont parvenus à fuir la Chine. Voyageant en partie à pied et à moto, et avec l’aide d’un système de soutien souterrain, ils ont traversé la frontière vers la Thaïlande et se trouvent maintenant aux États-Unis.

Geng He a depuis activement plaidé en faveur de la libération de son mari. Lors d’un événement à Capitol Hill, le 5 mars, elle a déclaré que Gao avait toujours lutté pour les droits des groupes sociaux vulnérables en Chine, notamment en travaillant gratuitement pour les pauvres.

Selon Geng He, en 2005, Gao a commencé à défendre les chrétiens persécutés, les pratiquants de Falun Gong et d’autres groupes sociaux persécutés. En conséquence, les autorités chinoises l’ont ouvertement attaqué, fermant son cabinet d’avocats et révoquant sa licence professionnelle.

En août 2006, la police a enlevé Gao et, le 22 décembre 2006, il s’est retrouvé condamné à trois ans de prison et cinq ans de probation étant accusé d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Au cours de la probation, Gao a disparu six fois au moins et a été une fois porté disparu pendant 20 mois. Chaque fois qu’il disparaissait, il était gravement torturé.

Quatre jours avant la fin de la probation, l’agence de presse Xinhua a rapporté que Gao Zhisheng allait être incarcéré pour trois années supplémentaires. Fin 2011, les autorités l’ont secrètement transféré à la prison lointaine du comté Shaya dans la province du Xinjiang.

Les membres de sa famille en Chine étaient très inquiets au sujet de son état. Ne sachant pas s’il était mort ou vivant, ils ont fait de nombreuses demandes dans le but de lui rendre visite, mais elles ont été rejetées par les autorités. Enfin, après 10 mois, les membres de la famille ont été autorisés à le voir. Cependant, la police leur a interdit de poser des questions sur son état de santé et son traitement en prison.

Geng He a déclaré que, durant les quelques années où Gao était persécuté, la police restait à son domicile, la surveillant elle et ses enfants et empêchant leur fille d’aller à l’école. Tout cela a provoqué dans la famille un grand traumatisme mental et émotionnel.

« Nous avons finalement réussi à nous échapper de Chine. Les mauvaises actions commises par le régime chinois autoritaire seront à jamais gravées dans notre mémoire. Ils maintiennent leur régime autoritaire de mensonges et de violence. Ils sont tout simplement sans vergogne », dit-elle.

Geng He a déclaré qu’elle espérait des nouveaux dirigeants de la Chine, qu’ils libèrent immédiatement Gao et lui permettent de retrouver sa famille en Amérique. Elle espère également que les membres du Congrès américain et du Parlement européen, les représentants du gouvernement de tous les pays, continueront leurs efforts pour aider à libérer Gao Zhisheng.

« Quand vous écrirez une lettre pour lui, mentionnez son nom dans des discours, ou demandez à le rencontrer, vous lui donnerez un grand soutien et lui offrirez une mesure de protection », a-t-elle déclaré.

Défendre le Falun Gong
David Kilgour, un ancien député et secrétaire d’État au Canada, s’est exprimé après la projection du film. M. Kilgour est l’auteur, avec l’avocat des droits de l’homme canadien David Matas, du livre intitulé Prélèvements Meurtriers : Prélèvements forcés d’organes sur les pratiquants du Falun Gong, qui est un rapport d’enquête indépendant concernant les allégations de prélèvements d’organes des pratiquants de Falun Gong en Chine.

M. Kilgour a déclaré : « La défense de Gao des agriculteurs qui perdaient leurs terres et des chrétiens était déjà assez grave, mais faire de même pour les pratiquants de Falun Gong, alors que le régime avait interdit à tout avocat de les représenter, était totalement intolérable (pour le régime chinois). C’est Gao qui nous a écrit, nous invitant à venir en Chine pour enquêter sur les prélèvements d’organes à vif sur des prisonniers de conscience du Falun Gong. Comme on pouvait s’y attendre, pour avoir fait cela, son ambassade à Ottawa lui a refusé son visa et il a été arrêté peu de temps après. »

« Ses trois lettres ouvertes à l’ancien chef de l’État Hu Jintao et d’autres membres du gouvernement d’alors pour protester contre une série de violations, notamment des cas spécifiques de tortures et d’assassinats, ont entraîné la fermeture de son cabinet d’avocat par les autorités. C’est en masse littéralement que la police a commencé à le suivre lui et sa famille, jour et nuit. Dans une réponse déterminante, il a affiché les détails de cette campagne sur son site Internet, a démissionné du Parti communiste devenant publiquement un chrétien. »

« Pour les dirigeants du Parti, il leur importe peu que la licence de Gao pour pratiquer le droit ait été abrogée en 2005 parce qu’il a osé leur adresser une lettre ouverte sur la nécessité de la liberté religieuse, de juges indépendants, d’une démocratie et de la primauté du droit; de même qu’il leur importe peu que son épouse, Geng He, et ses deux jeunes enfants aient été constamment suivis, harcelés et intimidés par le personnel de la sécurité publique, voire que leur fille de 13 ans, Gégé, ait été battue par la police. »

« Notre rapport sur les vols d’organes, publié dans sa première forme le 6 juillet 2006, en est venu à la conclusion que ces allégations étaient vraies, qu’il y avait en effet un vol d’organes à grande échelle sur des pratiquants de Falun Gong et qu’ils étaient tués dans le processus. Nous avons fait ce que nous pouvions pour protéger Gao dans la première version de notre rapport en ne le mentionnant pas, ni son invitation, ni ses lettres ouvertes contre la persécution du Falun Gong. Néanmoins, nous lui étions redevables, non seulement pour son exemple, mais aussi pour son analyse et ses idées. »

« Lorsque presque immédiatement Gao a été arrêté, torturé et condamné, nous avons été consternés. Mais, étant donné ce que nous avions appris sur le Parti communiste chinois, nous étions loin d’être étonnés. »

« Ce qui est stupéfiant à propos de Gao, ce n’est pas tellement qu’il se soit soulevé pour la justice et la primauté du droit, aussi admirable que ce soit, ni qu’il ait été persécuté pour cela, aussi déplorable que ce soit. C’est plutôt qu’il soit resté sur ses positions alors que la persécution s’accumulait, alors qu’elle s’intensifiait. Il était impuissant à aider, cependant il savait que ce qu’il faisait allait faire venir le malheur sur lui, mais il l’a quand même fait. »

 

Version originale : ‘Transcending Fear: The Story of Gao Zhisheng’ Features Imprisoned Chinese Lawyer

Gao Zhisheng

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