Transformer les écoles en prisons n’a pas de sens

Par Michael Zwaagstra
9 mai 2020
Mis à jour: 9 mai 2020

Le Québec sera la première province à ré-ouvrir les écoles pour alléger les restrictions mises en place pour lutter contre la pandémie. Les élèves du primaire hors de Montréal y retourneront le 11 mai, tandis que les élèves des écoles de la région de Montréal y retourneront le 25 mai.

Bien sûr, les écoles ne vont pas vraiment revenir à la normale au Québec. Le nombre d’élèves par classe sera limité à 15, les pupitres seront espacés de 2 mètres, les récréations seront réglementées, les élèves n’auront pas accès aux structures de jeux, il n’y aura pas de travail de groupe ni d’apprentissage pratique. Les élèves n’auront pas accès à la salle de sport et n’auront pas accès à des cours d’art ou de musique. Toute utilisation des toilettes sera soigneusement surveillée par les enseignants.

En outre, aucun devoir ne sera noté, de sorte que rien de ce qui se passera au cours des deux prochains mois ne comptera dans les bulletins de notes. Pour résumer, il y aura des contrôles stricts sur la circulation des élèves, des activités de loisirs étroitement réglementées et des travaux scolaires non significatifs pour les élèves qui retournent à l’école.

Soyons honnêtes. Dans ces conditions, les élèves québécois ne retournent pas à l’école, ils vont en prison.

Si vous voulez faire de l’école une expérience vraiment désagréable pour les élèves, la mise en œuvre de ces exigences strictes en matière de distance est la solution idéale. Tous ceux qui ne détestaient pas l’école avant vont la détester maintenant. Forcer les enfants à rester assis toute la journée sur les mêmes pupitres, physiquement éloignés, limiter les pauses pour aller aux toilettes et contrôler étroitement leurs mouvements dans la cour de récréation, dans les couloirs et dans les bus scolaires n’est pas seulement déraisonnable, c’est carrément cruel.

Une chose est sûre. Dans ce type d’environnement scolaire, les apprentissages seront peu nombreux. Les élèves étudient mieux dans un contexte où les relations élèves-professeurs sont solides, où il y a une interaction saine avec leurs camarades de classe, où le contenu des programmes est significatif et intéressant, où l’évaluation de leur travail se fait en temps utile et où les horaires de classe sont structurés, mais pas rigides. Cela ne se produira pas au Québec d’ici la fin du mois de juin.

Selon toute probabilité, l’expérience québécoise de réouverture des écoles plus tôt que les autres provinces va échouer, mais pas à cause du Covid-19. Les meilleures preuves scientifiques dont nous disposons montrent que les enfants sont beaucoup moins exposés à ce virus que les adultes et qu’ils sont moins susceptibles de le transmettre à d’autres personnes également. Avec un vaccin efficace pendant de nombreux mois – et peut-être même des années – le ministère de l’Éducation doit se préparer à affronter cette réalité : « Ce virus risque d’être présent pendant très longtemps. »

L’expérience du Québec va échouer, car son plan de réouverture perpétue la légende selon laquelle la distanciation sociale dans les écoles peut ressembler à la distanciation sociale dans les épiceries ou les salons de coiffure. Ce n’est pas le cas, et ce n’est pas possible. L’école n’est pas une épicerie, et les élèves – quel que soit leur âge – ne sont pas des adultes.

Si les règles actuelles d’éloignement physique rendent les courses beaucoup moins agréables qu’avant la pandémie, elles ne les rendent pas impossibles. Cependant, si le gouvernement vous disait que vous ne pouvez aller que dans un seul magasin, vous obligeait à acheter les mêmes articles que tout le monde, vous empêchait de toucher à quoi que ce soit dans le magasin et retirait tous les aliments savoureux des rayons, ce serait une meilleure comparaison avec ce que les écoliers québécois vont vivre dans les prochaines semaines.

Étant donné que l’année scolaire en cours sera terminée dans quelques semaines, les provinces doivent se concentrer sur le mois de septembre. Malheureusement, certaines provinces envisagent des règles strictes de distanciation sociale pour l’automne, comme le fait actuellement le Québec. Par exemple, la ministre albertine de l’Éducation, Adrianna LaGrange, a récemment déclaré que son ministère envisageait d’échelonner les jours de classe et de rendre obligatoire la distanciation sociale dans les couloirs et les salles de classe. Ce n’est pas la bonne approche.

Si les écoles doivent ré-ouvrir, il faut qu’elles le fassent en tant qu’établissements d’enseignement et non en tant que prisons. Cela signifie que les élèves doivent pouvoir suivre des cours réguliers pendant toute la journée et cinq jours par semaine. Cela signifie également que les enfants vont sans aucun doute entrer en contact les uns avec les autres, car c’est ce que font les enfants : ils poussent, ils bousculent, ils parlent et ils se chamaillent. De plus, lorsque les élèves sortent pour la récréation, ils ont besoin d’un temps de jeu non structuré, au lieu d’être obligés de se déplacer selon un schéma préétabli en gardant deux mètres de distance entre eux ou toute autre notion absurde que les responsables inventent pour essayer de les contrôler.

En bref, l’école doit redevenir une école. Les enseignants doivent être capables d’enseigner et les élèves doivent être capables d’apprendre en classe et entre eux. Ce n’est pas possible dans les écoles du Québec à l’heure actuelle. Plutôt que de suivre le modèle québécois, il serait préférable que les écoles des autres provinces restent fermées jusqu’en septembre et ré ouvrent ensuite comme si c’était une année scolaire normale.

Cela ne signifie pas que les écoles ne doivent pas prendre de précautions à l’automne. Les écoles peuvent annuler les activités extrascolaires et suspendre les grands rassemblements tels que les assemblées, les concerts et les événements sportifs. Il est logique de limiter l’accès du public aux bâtiments scolaires pendant la journée scolaire et d’exiger des enseignants et des élèves qu’ils restent à la maison lorsqu’ils sont malades. Ces règles de bon sens sont bien plus réalisables que l’étalement des journées scolaires, l’espacement des pupitres, la surveillance étroite des récréations et la limitation des pauses pour aller aux toilettes.

Malgré la pandémie du Covid-19, l’apprentissage est toujours aussi important. La dernière chose dont nous avons besoin est de transformer l’apprentissage en une expérience misérable pour les enseignants et les élèves. Les écoles ne sont pas des prisons, et ne devraient pas l’être. Revenons à l’enseignement et à l’apprentissage au début du mois de septembre.

Michael Zwaagstra est professeur dans un lycée public et auteur de A Sage on the Stage : Common Sense Reflections on Teaching and Learning (Peut se traduire en français par : « Un sage sur la scène : Réflexions de bon sens sur l’enseignement et l’apprentissage »).

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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