Trois bonnes raisons de fuir les cure-dents fabriqués en Chine

5 août 2016
Mis à jour: 14 mai 2017

Que ce soit pour piquer dans un morceau de fruit ou pour enfin déloger ce bout de nourriture coincé entre vos dents, vous feriez bien de vous demander d’où viennent les cure-dents que vous utilisez. Si par hasard, ces petits morceaux de bois venaient de Chine, alors leur histoire pourrait vous laisser bouche bée.

Des cure-dents trempés dans l’eau chaude (ishibk.com)

En 2013, Huang Bo, une star des médias sociaux chinois, a procédé à un test sanitaire avec des baguettes qu’il a plongées dans de l’eau chaude. En février dernier, un site internet chinois de santé et bien-être s’en est inspiré et a réalisé des tests similaires avec cinq marques de cure-dents.

Les résultats se sont avérés tout aussi inquiétants que les baguettes : toute l’eau a pris une teinte jaunâtre. D’un des lots de cure-dents, émanait une odeur fétide et une mince couche de résidu blanc s’était déposée après avoir vidé l’eau. Des résidus similaires ont été observés dans trois autres lots et certains cure-dents dans le cinquième lot étaient devenus tout noirs.

Pour Ma Zhaoli, chercheur en génie chimique au département de l’environnement à l’université de Qingdao, l’odeur piquante pourrait provenir du soufre qui aurait servi à traiter les cure-dents ou du bois vernis, tandis que la noirceur des pics proviendrait de la moisissure.

Sans surprise, les raisons pour lesquelles il faut éviter ces cure-dents fabriqués en Chine sont les mêmes que celles pour lesquelles vous devriez manger votre plat chinois à emporter avec des baguettes fabriqués aux États-Unis, ou tout simplement vous servir d’une fourchette et d’une cuillère.

1. Des cure-dents cancérigènes
En 2009, le médias chinois Sina a rapporté que de la rongalite cancérigène avait été utilisée à Longmen, dans le sud de la Chine, dans la production des cure-dents. Avec plus de 150 usines produisant environ 33 600 tonnes par an, cette commune de la province de Guangdong assure 70% de la production nationale.

La rongalite est un agent détergent qui blanchit. C’est un substitut rentable du peroxyde d’hydrogène de qualité alimentaire. Ses effets immédiats comprennent la diarrhée, des maux de tête et des vomissements.

Sina a rapporté que dans certaines usines de Longmen, les ouvriers qui n’avaient aucun équipement sanitaire de protection fabriquaient les cure-dents dans des cours à proximité des cages de poules et de canards.

De la rongalite, cancérigène, dans des jerricanes. (Sina)

2. Des cure-dents fabriqués dans les camps de travaux forcés
La triste réalité des produits chinois importés a été mise en évidence en janvier 2013, lorsqu’une femme de l’Oregon nommée Julie Keith avait trouvé une lettre glaçante dans son achat de Halloween. Elle avait été écrite par un prisonnier dans un camp de travail forcé.

Les cure-dents ne font pas exception.

Le site Minghui.org, spécialisé dans la couverture de la persécution de la pratique spirituelle du Falun Gong en Chine, a identifié deux camps de travaux forcés. Le premier est le centre de détention de Changliu dans la ville Tonghua, au nord-est de la Chine et le centre de détention de Wangfangdian dans la province du Liaoning. Sur ces deux sites, les prisonniers dont des pratiquants de Falun Gong ont été forcés à produire des cure-dents, comme ceux sur la photo.

Des cure-dents fabriqués au centre de détention de Changliu (Minghui.org)

À Changliu, plus de 30 détenus s’entassaient dans une petite cellule de moins de 28 m2. Les conditions sanitaires étaient déplorables : les détenus se partageaient deux toilettes et ceux qui étaient infectés par les poux ou la gale restaient avec les détenus sains.

Parfois les prisonniers regroupaient et emballaient les cure-dents qu’ils avaient eux-mêmes utilisés pour l’expédition à Wangfangdian et la colle était stockée dans des vieux seaux de toilettes qui ont servit des années durant. Selon le site Minghui.org, beaucoup de ces cure-dents étaient expédiés vers les États-Unis et l’Europe.

3. Même les médias d’État chinois reconnaissent la médiocrité de la réglementation
Le Global Times, le bras droit de la propagande des médias d’État chinois en langue anglaise, a répertorié un ensemble de problèmes réglementaires et juridiques majeurs liés à la production de cure-dents en Chine.

« Il n’y a aucune norme de sécurité, ni aucune règlementation spécifique régissant le processus de production, de distribution ou de consommation des cure-dents », concédait le Global Times en 2009.

Ironiquement, les problèmes ont été exacerbés par la bureaucratie superflue — au moment du rapport, il y avait en Chine, pas moins de dix organismes d’État en charge de la santé publique.

« Avec le chevauchement et l’ambiguïté de leurs assignations, aucun organisme n’arrive à maitriser tous les règlements de sécurité des produits, ni à les appliquer dans le pays », confirme le rapport. « Compte tenu du manque de clarté dans les attributions, la confusion et les conflits ont jailli », poursuit l’article.
Et de conclure : « Avec tant d’acteur-régulateurs différents, les citoyens sont souvent perdus et ne savent plus vers quel organisme chercher de l’aide. »

Version anglaise : 3 Reasons Not to Use Chinese-Made Toothpicks

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