Tunisie: la prise de pouvoir de Saied, un pari « risqué »

Par Epoch Times avec AFP
8 août 2021
Mis à jour: 8 août 2021

Pour le politologue tunisien Hatem M’rad, le coup de force du président Kais Saied, qui a pris le pouvoir en suspendant le Parlement pour un mois, est un pari « risqué » pour mettre fin à des dérives fragilisant la jeune démocratie.

Réponse: Kais Saied part d’un constat largement partagé sur les dérives du système en place en Tunisie, avec la corruption, l’impunité judiciaire, la violence parlementaire, une classe politique amateur.

Il veut notamment résoudre le problème du noyautage de la justice et du ministère de l’Intérieur par (le principal parti au Parlement, la formation d’inspiration islamiste) Ennahdha, qui a manipulé la justice en fonction de ses objectifs politiques, ce qui alimente la corruption et l’impunité.

La quête absolue de justice est risquée

Il y a des alliances entre certains juges, des réseaux sécuritaires parallèles et des milieux d’affaires ou lobbys politiques.

C’est ça qu’il veut faire tomber, c’est sa cible depuis longtemps.

Ces réseaux ont notamment empêché de juger les coupables du meurtre des opposants de gauche Chokri Belaid et Mohamed Brahmi (en 2013, ndlr), alors qu’il y a des éléments accablants contre le ministère de l’Intérieur et des islamistes.

C’est un Robespierre assoiffé de justice. Mais la quête absolue de justice est risquée.

Déclencher des procédures judiciaires

R: Il s’est arrogé le droit d’interpréter la Constitution, de remanier le gouvernement, de prendre en main la justice — sans aucun contre-pouvoir, car il a suspendu le Parlement.

L’horizon s’obscurcit, c’est une lutte acharnée, une guerre de tranchée, qui s’instaure, menée par un « sauveur » qui n’a pas l’expérience de l’Etat, fut- il populaire et aujourd’hui largement suivi. L’armée est associée au pouvoir, puisque le président s’est entouré des officiers militaires pour faire tomber Ennahdha et déclencher des procédures judiciaires.

Les intellectuels auraient pu accepter la révocation du chef du gouvernement, même si elle est anticonstitutionnelle, car ce dernier n’est pas élu et dirigeait un gouvernement de technocrates sans poids politique.

Mais le Parlement, ce sont les élus du peuple, on ne plaisante pas avec cette institution, même s’il y a des dérives et des violences, cela nous inquiète beaucoup.

Cela dit, nous ne sommes pas en Egypte, la dynamique de la révolution a fait évoluer les comportements en Tunisie depuis dix ans et il y a des contre-pouvoirs solides au sein de la société civile.

La liberté d’expression est intouchable, c’est le seul grand acquis de la révolution.

Kais Saied subit une forte pression des médias, des intellectuels et des militants. Il y a des gardes- fous.

Parmi les premières rencontres de Kais Saied (après sa prise de pouvoir, ndlr), il y avait d’ailleurs le syndicat UGTT, l’organisation patronale Utica, l’Association tunisienne des femmes démocrates et d’autres organisations qui pèsent lourd.

R: Le président seul sait ce qui va se passer.

Il doit choisir un Premier ministre à sa mesure pour constituer un gouvernement avec des hommes de confiance, surtout à la Justice et à l’Intérieur.

Mais lui-même peut toujours changer de stratégie, ou peut être poussé à improviser si les circonstances l’y conduisent. Il y a un aspect d’imprévisibilité à ne pas occulter.

Nous serons attentifs aux prochaines nominations et à la façon dont il dialogue ou pas avec la société civile, les organisations nationales, et prend en compte les critiques.

C’est un ancien collègue, d’un naturel moral et rigide, qui fuit la discussion et accepte rarement les concessions. Il y a de quoi être inquiet.

Mais il n’est pas plus fort que la révolution.

 

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