Un ingénieur de Google révèle près de 1.000 documents internes présentant la partialité voire censure de l’entreprise

Par Petr Svab
16 août 2019 Mis à jour: 17 août 2019

Un ancien ingénieur de Google a publié près de 1 000 documents prouvant que le géant californien oriente volontairement son contenu en fonction de ce que ses dirigeants estiment juste ou non.

Zach Vorhies, ingénieur informaticien de la firme, a d’abord fourni les documents à l’organisation de journalisme d’investigation Project Veritas. Il en a également transmis une copie à la division antitrust du ministère de la Justice, qui enquête actuellement sur Google pour comportement potentiellement anticoncurrentiel.

« Je pensais que notre système électoral allait être compromis à jamais par cette entreprise qui a pourtant assuré le public américain qu’elle n’allait pas faire de mal », a-t-il déclaré à Project Veritas dans une vidéo publiée le 14 août. « Et j’ai compris qu’ils faisaient de grands progrès dans certaines directions. […] Ils ont l’intention d’élargir le paysage de l’information afin de pouvoir créer leur propre version de ce qui est objectivement vrai. »

Révélations publiques

M. Vorhies indique avoir travaillé pour Google pendant huit ans, gagnant 260 000 $ par an – dont une partie de gains tirés des actions Google qu’il possède.

« J’avais toutes les raisons du monde de rester dans l’entreprise et de ne toucher que le salaire », déclare-t-il.

L’ingénieur confesse également qu’il s’en voudrait toute sa vie « si [je] ne parlais pas de ce que j’ai vu sachant que Google pourrait mettre en oeuvre ce qu’il planifie de faire ».

M.Vorhies est arrivé pour la première fois au Projet Veritas il y a plus d’un mois, divulguant des documents et répondant à des questions avec son visage caché et sa voix déguisée.

Toutefois, une fois retourné à son travail, Google lui a envoyé une lettre lui demandant, entre autres, de remettre son badge d’employé et son ordinateur portable de travail, ce qu’il a fait, et de « cesser et s’abstenir » de divulguer « tout fichier Google non public ». Craignant pour sa sécurité, il a affiché sur Twitter que s’il lui arrivait quelque chose, tous les documents qu’il avait pris seraient rendus publics.

Google a tenté une « vérification de santé », rapporte-t-il. La police de San Francisco a reçu un appel disant qu’il était malade mental. Ce qui a valu à M. Vorhies la visite d’agents de police qui l’ont attendu à l’extérieur de son domicile puis menotté quand celui-ci est sorti.

« C’est une façon importante d’intimider leurs employés qui font preuve de déloyauté à l’égard de l’entreprise », raconte-t-il.

M. Vorhies a alors décidé qu’il serait plus sûr pour lui de révéler en public ce qu’il sait.

M. Vorhies a qualifié Google de « machine politique » visant à empêcher quelqu’un comme le président Donald Trump d’être réélu. Il a également affirmé que d’autres employés de Google « voient ce qui se passe » et « ont vraiment peur ».

Ces changements dans l’entreprise du plus grand moteur de recherche au monde ont commencé en 2016.

Les documents indiquent que Google a mis l’accent sur la suppression de ce qu’il considère comme des « fake news ».  L’équipe de M. Vorhies a ainsi été amené à revoir et vérifier le contenu des informations d’actualité à l’aide d’une variété d’outils, manuels ou automatisés, pour sélectionner l’information semblant juste et écarter la « désinformation ».

La plupart des documents fournis semblent se rapporter à Google News, agrégateur crée par l’entreprise qui est une référence en la matière.

Google News

Un des documents mentionne le « Projet Purple Rain : Crisis Response & Escalation ». But affiché : établir des « processus de détection et de traitement de la désinformation » en « période de crise », avec pour processus l’installation d’ « une équipe d’analystes formés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, prêts à prendre des décisions politiques et des mesures sur les nouvelles plateformes, notamment News, News 360 et Feed ».

« News » semble se rapporter à « Google News » et « Feed », une nouvelle marque de l’ancien produit « Google Now », montrant les articles de nouvelles sous la barre de recherche sur l’application mobile Google.

D’après une présentation qui semble remonter à la fin de 2017, les sites Web qui demandent à être inclus dans les résultats de Google News doivent passer un examen automatisé qui vérifie leurs paramètres techniques.

Les pages du site sont ainsi soumises à un examen personnalisé de leurs « processus, politiques et directives rédactionnelles ». En cas d’acceptation, les sites sont ensuite contrôlés à plusieurs reprises et se voient infliger des « pénalités de rétrogradation » en cas de manquement.

Un document présente les prochaines étapes « potentielles » : l’extension de ses politiques de dépistage pour couvrir les contenus « marginaux ou controversés », tels que ceux qui sont « factuellement incorrects, faux, non pertinents ». En outre, le document suggère que Google devrait également aborder les contenus « sensibles », tels que ceux qui impliquent la « haine », la « diversité » et les « préjugés » ou qui sont « géopolitiquement sensibles ».

Parmi les objectifs justifiant cet effort, le document fait état de la création d’un corpus d’informations « propres et régulièrement assainies ».

Impossible, actuellement, de dire l’état d’avancement de ce projet.

Liste noire des flux

Un autre document énumère les sites Web dont le contenu est interdit de toute apparition dans le « Feed ».

Il énumère un certain nombre de sites marginaux de la droite conservatrice, dont les plus importants sont thegatewaypundit.com, truepundit.com et redstate.com.

Il comprend également certains sites de la gauche progressive, dont mediamatters.org, forwardprogressives.com, occupydemocrats.com, et learnprogress.org.

Mais il comprend aussi des sites de droite relativement courants tels que dailycaller.com, louderwithcrowder.com et newsbusters.org.

La liste indique que c’est parce qu’il s’agit de « sites à fort taux de blocage d’utilisateurs ». Il n’est toutefois pas clair pourquoi ces sites devraient être mis sur liste noire de façon automatique et personnalisée.

Orientation

Les documents que M. Vorhies a fournis précédemment, couplés à d’autres témoignages d’employés Google, indiquent que l’entreprise a créé un concept d’ « équité » par lequel elle insuffle les préférences politiques de ses employés, pour la plupart de gauche, aux plate-formes qu’elle met à disposition aux internautes. Et ceci malgré la « neutralité » que le géant du web a toujours affichée.

Plusieurs études ont montré que Google News, en particulier, s’oriente vers la gauche.

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Google a nié à plusieurs reprises présenter des préjugés politiques dans ses produits. M. Vorhies a toutefois suggéré que Google tente de se présenter comme une plateforme neutre pour préserver la protection juridique en vertu de l’article 230, qui protège les services Internet de la responsabilité des contenus générés par les utilisateurs.

« Google joue sur les deux tableaux », dit-il. « D’une part, ils disent qu’ils sont une plate-forme et qu’ils sont à l’abri de poursuites pour le contenu qu’ils hébergent sur leur site Web. D’un autre côté, ils agissent en tant qu’éditeurs, dans le cadre desquels ils déterminent le programme éditorial de ces sociétés, et ils appliquent cela. Si les gens ne s’alignent pas sur leur agenda éditorial, alors leurs articles d’actualité sont déboostéS et perdent en trafic. Et si les gens s’alignent sur leur agenda éditorial, ils sont stimulés et poussés vers le sommet. »

Robert Epstein, un psychologue qui a passé des années à étudier l’influence de Google sur ses utilisateurs, a publié une étude montrant qu’en décidant simplement de la séquence des meilleurs résultats de recherche, l’entreprise peut influencer les électeurs indécis.

Dr Epstein a déterminé que cela a conduit à un transfert de 2,6 millions de voix à l’élection présidentielle de 2016 à l’opposant de Trump, l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton. Il a averti qu’en 2020, si des entreprises comme Google et Facebook soutiennent toutes le même candidat, elles seront en mesure de changer 15 millions de votes – bien au-delà de la marge que la plupart des présidents ont gagnée.

M. Trump aurait travaillé à l’élaboration d’un décret exécutif pour lutter contre la censure politiquement biaisée exercée par les entreprises de médias sociaux.

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