Un Institut Confucius en Russie menacé de fermeture

31 juillet 2015
Mis à jour: 3 avril 2016

 

L’Institut Confucius, bras controversé de l’appareil diplomatique du régime chinois, est sous pression en Russie, alors que des procureurs de la ville de Blagoveshchensk, à l’extrême-est du pays, demandent à ce que la section locale soit fermée parce qu’incorrectement enregistrée auprès des autorités.

Dans une plainte posée auprès du tribunal de la ville le 27 juin, un procureur de Blagovechtchensk a déclaré que la section locale de l’Institut Confucius se situant dans l’Université Pédagogique d’État de Blagoveshchensk (BPSU) devrait être officiellement enregistrée en tant que centre culturel étranger, rapporte le Moscou Times. Il a ajouté que l’institut enfreint actuellement la loi russe parce qu’il s’exonère de taxes de travail pour des professeurs étrangers, s’étant déclaré en tant qu’organisation non-commerciale non enregistrée. Selon son site Internet, dans l’Institut Confucius de Blagoveshchensk, 11 professeurs chinois viennent du continent, dont 4 sont bénévoles.

En réponse, la BSPU a répondu que l’institut, dirigé en tant que projet commun avec une université de la ville chinoise septentrionale voisine de Heihe, faisait partie de sa propre organisation, selon une déclaration d’Amur.info, un site Internet de nouvelles locales. De plus, les « activités de l’institut ne constituent aucune menace à la structure sociale et politique de Russie » a affirmé dans sa déclaration le BSPU.

Mais au cours des deux années passées, les instituts éducatifs en Russie et dans d’autres pays en sont venus à des conclusions différentes concernant les Instituts Confucius, soit-disant programme de promotion de la langue et de la culture chinoises, dirigé et financé par Pékin et intégré dans les universités et les écoles à l’étranger – depuis leur création en 2004.

En décembre 2014, l’Université de Stockholm en Suède, a annoncé la fermeture de son institut Confucius, qui avait été créé en 2005, mettant en avant que de meilleurs liens avec la Chine rendaient l’institut superflu et que le fait qu’un institut financé par un pays étranger puisse faire partie de l’université était une pratique « douteuse. »

En Amérique du Nord, plusieurs universités—les Universités de Chicago et de l’État de Pennsylvanie aux États-Unis, les Universités McMaster et de Sherbrooke au Canada—ont aussi coupé leurs liens avec les instituts Confucius entre 2013 et 2014, après que des controverses locales aient mis en lumière la nature ouvertement politique de ces instituts.

En 2010, une université de la République russe extrême orientale de Sakha a fermé son Institut Confucius parce que, selon le journal russe L’homme d’affaires (Kommersant), il a été découvert qu’il « faisait la promotion de l’avancée de l’idéologie et de l’expansion économique chinoise sur le territoire de Russie. »

Le Parti lui-même a admis que les Instituts Confucius faisaient partie des efforts doux de projection du pouvoir à l’étranger—l’ancien chef de la propagande du Parti, Li Changchun a déclaré qu’ils sont « une partie importante de la propagande chinoise créée à l’étranger. » De nombreux commentateurs ont comparé les Instituts Confucius à un Cheval de Troie chinois, parce que la rhétorique et le point de vue du Parti Communiste – Taiwan faisant partie de la Chine continentale, critiques contre le Dalai Lama, catégorisation des activistes des droits de l’homme Ouïghours comme des « terroristes » – sont diffusés dans les pays étrangers, sous le vernis de culture.

Les Instituts Confucius exportent aussi la censure du Parti. Par exemple, ils font de la discrimination contre les pratiquants de Falun Gong, discipline spirituelle traditionnelle chinoise persécutée en Chine – le cas le plus notable étant celui de Sonia Zhao, ancienne professeure de l’Université McMaster, à qui il a été demandé de signer une déclaration promettant de ne pas pratiquer le Falun Gong, dans le but d’obtenir son poste.

Les ministres de l’Éducation russes et chinois ont discuté de l’affaire à Pékin, le jour où cela a été jugé, a déclaré Nicolaï Kukharenko, directeur de l’institut, au Moscou Times. On ne sait si une solution a été trouvée, mais l’affaire sera traitée à nouveau le 4 août.

Version anglaise disponible à :
Confucius Institute in Russia Threatened With Closure in Legal Case

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