Un universitaire chinois est détenu pour avoir proposé une transition vers la démocratie

Par Alexander Zhang
12 mai 2020
Mis à jour: 12 mai 2020

Un spécialiste du droit constitutionnel chinois au franc-parler a été détenu toute une nuit après avoir rendu publique une lettre adressée à l’assemblée législative du régime, qui critiquait le système politique à parti unique et proposait une transition vers un véritable gouvernement démocratique.

En fin de journée, le 10 mai, Zhang Xuezhong, 43 ans, a été enlevé à son domicile de Shanghai par la police, a déclaré le dissident chinois Mo Zhixu sur sa page Facebook. Des officiers sont arrivés au domicile de Zhang à bord de trois voitures de police et l’ont emmené en détention, c’est ce qu’ont déclaré à la BBC chinoise deux amis de Zhang demeurant à Shanghai .

Mais tard le 11 mai, Wang Aizhong, un autre dissident chinois, a écrit sur Twitter que Zhang avait été libéré.

Dans sa lettre, Zhang attribuait l’épidémie due au virus du PCC* (virus du Parti communiste chinois) aux mesures arbitraires de répression et de contrôle strict du régime sur la société, qui, selon lui, avait « presque complètement détruit la capacité d’organisation et d’auto-assistance de la société chinoise ».

La lettre a été adressée aux députés du Congrès national du peuple (NPC), le corps législatif du PCC qui se réunira le 22 mai à Pékin pour sa session plénière annuelle. Elle devait précédemment se tenir en mars, mais a du être reportée à cause de l’épidémie.

Après avoir été postée sur WeChat, une plateforme chinoise de médias sociaux, le 9 mai, la lettre est rapidement devenue virale et a été largement diffusée en ligne.

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« Une fausse constitution »

La constitution actuelle de la Chine est « une fausse constitution », a écrit M. Zhang, car elle n’est « qu’un manuel utilisé par le parti au pouvoir pour organiser et diriger son régime ».

« Parce que la Chine n’a pas construit un système politique moderne en accord avec une véritable constitution, sa gouvernance sociale reste extrêmement arriérée », a-t-il écrit, ajoutant que « l’apparition et la propagation de l’épidémie ont été une bonne indication du problème. »

Selon Zhang, le manque de transparence et de contrôle, le silence des lanceurs d’alerte, l’incompétence des autorités locales et les catastrophes en matière de droits de l’homme causées par les mesures de quarantaine draconiennes ont montré que « les 70 dernières années [de règne du PCC] ont été un échec complet non seulement dans la construction de la nation mais aussi dans la gouvernance sociale ».

Zhang a exhorté les députés du NPC à transformer le corps législatif en « un organe spécial pour initier la transition politique nationale », qui formule des règles électorales et nomme une commission électorale impartiale.

Le NPC devrait ordonner la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et de conscience, mettre fin à l’interdiction des médias libres et des partis politiques, et abolir le statut spécial du PCC, afin qu’une « autorité suprême de transition » puisse être élue au suffrage universel direct, selon la lettre.

L’« autorité suprême de transition » créera ensuite un comité de rédaction pour une nouvelle constitution, et le projet de constitution sera soumis à un référendum, a proposé M. Zhang.

M. Zhang a également joint à la lettre un projet de constitution qu’il a rédigé pour la « République chinoise unie », qui stipule que les dirigeants et les parlementaires de la nation doivent être choisis par des élections démocratiques.

Quitter le PCC

Zhang est un spécialiste réputé du droit constitutionnel et un avocat des droits de l’homme.

En 2011 et 2012, il a écrit à deux reprises au ministre de l’Éducation Yuan Guiren, l’exhortant à supprimer les cours sur le marxisme et le maoïsme du programme obligatoire des étudiants universitaires.

En 2012, après avoir annoncé sur Weibo, une plateforme chinoise de microblogage, qu’il avait renoncé à son adhésion au PCC, sa publication a rapidement été supprimée par les censeurs.

En 2013, Zhang a été licencié de son poste d’enseignant à l’Université de politique et de droit de Chine orientale à Shanghai pour avoir enseigné et écrit des articles sur le constitutionnalisme. Cette notion a été un point de ralliement pour les réformistes en Chine qui cherchent à limiter le pouvoir de l’État, tout en étant vivement attaquée par les idéologues communistes qui y voient la destruction de la « dictature démocratique du peuple » du Parti communiste.

En avril 2019, les autorités de Shanghai lui ont retiré sa licence d’exercice du droit.

* Epoch Times qualifie le nouveau coronavirus, à l’origine de la maladie covid-19, de « virus du PCC » parce que la dissimulation et la mauvaise gestion du Parti communiste chinois ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale.

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