Une bénévole des Restos du cœur exclue de l’association après avoir refusé de retirer son voile islamique

Par Séraphin Parmentier
28 novembre 2019
Mis à jour: 28 novembre 2019

L’association caritative fondée par Coluche en 1985 a motivé sa décision en expliquant que chaque bénévole devait s’engager à appliquer une charte prévoyant notamment le respect du principe de neutralité religieuse.

Ce lundi, le très controversé Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) indiquait qu’une bénévole des Restos du cœur de Toulon avait été exclue de l’antenne locale de l’association début septembre parce qu’elle refusait de retirer son voile islamique. Une décision que le CCIF juge discriminatoire.

Contactée par Libération, la direction de la communication des Restos du cœur a confirmé qu’elle avait bien été saisie de l’affaire le 3 octobre par le CCIF.

Si l’association explique qu’une « réponse [au CCIF] est en cours », elle n’en assume pas moins sa position avec fermeté.

« Notre charte d’engagement des bénévoles précise notre exigence de neutralité politique, syndicale ou religieuse. Nous n’acceptons pas de signes religieux ostentatoires parmi les bénévoles. Cela ne vaut évidemment pas pour les personnes que l’on accueille dans les centres, qui peuvent venir comme elles l’entendent. »

Composée de six points que chaque personne souhaitant devenir bénévole doit s’engager « à appliquer intégralement », la charte en question exige en effet de ses membres « une indépendance totale vis-à-vis du politique et du religieux ».

« Les bénévoles viennent de façon volontaire et adhèrent donc tout aussi volontairement à nos règles. Par conséquent, pour les bénévoles, aucun signe ostensible d’appartenance à un mouvement religieux ou à une formation politique ne peut être affiché pendant l’activité de l’association et dans les locaux où se trouvent d’autres bénévoles ou des personnes accueillies », précise la direction de la communication de l’association.

« Les bénévoles ne peuvent porter aucun signe distinctif religieux »

D’après le CCIF, la bénévole ayant été invitée à retirer son voile islamique pour pouvoir poursuivre ses activités auprès du centre des Restos du cœur de Toulon avait déjà frôlé l’exclusion pour les mêmes raisons un mois et demi après son arrivée, en septembre 2018.

« Depuis trente-cinq ans que les Restos existent, nous avons toujours eu ce principe d’indépendance vis-à-vis du politique et du religieux. On n’accepte pas les badges syndicaux, les personnes en responsabilité dans un centre ne peuvent pas être des élus politiques et de même, pour que tout le monde soit à l’aise, les bénévoles ne peuvent porter aucun signe distinctif religieux, quelle que soit la religion », a observé la responsable de la communication de l’association caritative dans les colonnes de La Croix.

Si elle admet qu’il y « a pu y avoir des ajustements pour des personnes portant un turban » par le passé, elle souligne néanmoins que « la question ne s’est jamais posée pour d’autres religions » que l’islam.

« Nous avons 73 000 bénévoles et le respect de notre charte ne pose que très peu problème », poursuit-elle.

Ce n’est pas la première fois que l’association fondée par Coluche refuse d’accueillir une femme voilée parmi ses bénévoles. En 2013, des membres de l’association Coexister avaient déjà reproché aux Restos du cœur de ne pas accepter des femmes portant le voile islamique parmi ses équipes.

À l’époque, l’association caritative avait avancé les mêmes arguments pour motiver sa décision, expliquant que le port du voile allait à l’encontre des principes d’indépendance religieuse prévus par sa charte des bénévoles.

RECOMMANDÉ