Une recherche universitaire remet en question la propagande de Pékin sur l’état de développement de l’économie

Par Milton Ezrati
17 juillet 2021
Mis à jour: 17 juillet 2021

De nouvelles recherches universitaires remettent en question les affirmations de Pékin sur le niveau de développement réel de l’économie chinoise. Contrairement à la description faite par Pékin d’une économie qui a atteint la parité avec l’économie américaine, voire l’a dépassée, les auteurs de cette étude, intitulée La puissance de la destruction créatrice (The Power of Creative Destruction) et rédigée par Philippe Aghion, Celeste Antonin, et Simon Bunel, déterminent que la Chine, bien qu’elle ait fait de grands progrès au fil des ans, gère encore largement son économie en adoptant et en imitant les innovations faites ailleurs et, malgré quelques projets de démonstration impressionnants tels que l’exploration spatiale et le développement d’armes, n’est pas encore passée à la dernière phase de développement dans laquelle elle innoverait elle-même à la frontière de la technologie et du développement.

Ce livre traite du développement économique au sens large et pas seulement de la Chine. Il s’appuie sur les travaux du célèbre économiste autrichien Joseph Schumpeter, qui a été le premier à caractériser le développement économique comme une forme de « destruction créatrice » dans laquelle les innovations détruisent les anciennes façons de faire mais font néanmoins progresser la croissance et la prospérité en créant de nouvelles façons de faire et de nouvelles industries. Pour l’économiste Schumpeter et pour ces chercheurs, l’innovation est la clé de la croissance et du développement. La diffusion des connaissances est au cœur du processus, mais pour que l’économie innove vraiment, elle doit également encourager la recherche et le développement (R&D) et protéger les droits de propriété afin d’inciter les innovateurs. Elle doit également se prémunir contre la tendance naturelle des pratiques et des entreprises établies à utiliser des moyens politiques et autres pour bloquer les nouvelles façons de faire les choses. À travers ce prisme, ils examinent un certain nombre de débats en histoire économique ainsi que des questions d’actualité. Leur regard sur la Chine est né d’un examen général de la manière dont les économies en développement convergent vers des leaders économiques.

Le premier stade de développement que les auteurs identifient est ce qu’ils appellent la « croissance par imitation ». Elle se développe lorsqu’une économie moins développée commence à imiter les économies à la frontière de l’innovation. Les auteurs notent comment le Japon, la Chine, la Corée du Sud, Taïwan et d’autres nations ont réussi à atteindre des taux de croissance spectaculaires de cette manière en suivant quatre étapes : 1) promouvoir l’importation de technologie provenant d’économies plus avancées ; 2) investir massivement dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur afin de préparer leur main-d’œuvre à exploiter les technologies importées ; 3) réaffecter des fonds dans l’investissement en capital et la recherche ; et 4) cultiver les compétences en matière de gestion. Tous ces pays, à des moments différents, ont réussi de façon spectaculaire à produire de la croissance et de la richesse de cette manière, y compris, peut-être surtout, la Chine.

Cette vue générale montre la ligne d’horizon du quartier central des affaires à Pékin, le 13 août 2019. (Wang Zhao/AFP via Getty Images)

Mais la croissance induite par l’imitation ne peut pas aller plus loin. Le plus difficile pour toute économie en développement est de passer à une croissance tirée par l’innovation. Les auteurs estiment que la Chine n’a pas réussi à prendre ce virage, du moins jusqu’à présent. Taïwan et la Corée du Sud ont réussi cette transition, en grande partie parce que la crise financière asiatique de la fin des années 1990 leur a permis de surmonter le pouvoir des grandes sociétés monopolistiques en Corée du Sud (chaebols), par exemple, qui bloquaient l’entrée de nouvelles entreprises innovantes. Selon les auteurs, la Chine n’a pas été en mesure d’effectuer cette transition, en partie parce que son secteur financier est très peu développé et qu’il est de toute façon orienté vers les entreprises d’État massives et dominantes. La faveur politique et la domination des entreprises d’État ont également empêché la Chine de former des gestionnaires efficaces, capables de mettre en œuvre les avantages de l’innovation. À cet égard, ils citent le World Management Survey qui place les pratiques de gestion de la Chine loin derrière celles des États-Unis et de l’Europe, et même de l’Amérique latine. Comme la R&D en Chine est également motivée par des considérations politiques au lieu d’aller là où elle pourrait générer les plus grands bénéfices économiques, les entreprises qui dépensent beaucoup en R&D ne se développent pas plus vite que celles qui dépensent peu. L’approche de la Chine, concluent-ils, constitue un obstacle à la croissance tirée par l’innovation plutôt qu’une transition vers celle-ci.

Une étude de cas, intitulée La diffusion des technologies (The Diffusion of Technology) et réalisée par Cyril Verluise et Antonin Bergeaud, est particulièrement révélatrice à cet égard. Ce travail, qui n’a pas encore été publié, suit les brevets dans les différents pays et dans le temps. En se concentrant sur le domaine critique du séquençage génétique à titre d’illustration, ils notent qu’entre les années 1990 et 2019, quelque 70 % des brevets dans ce domaine ont été délivrés à des Américains. La Chine arrive loin derrière, avec quelque 11 % des brevets. Bien que la plupart de ces brevets aux États-Unis eurent déjà connu un certain succès dès 2000, il a fallu attendre les années 2010 pour qu’ils atteignent la Chine. Puis la Chine a commencé – mais seulement commencé – à rattraper son retard, de sorte qu’en 2018, elle a délivré environ 20 % des brevets dans ce domaine. Les auteurs constatent que même ces brevets étaient pour la plupart dérivés de ce qu’ils appellent des « brevets de base », développés plus tôt aux États-Unis et ailleurs. Qui plus est, la plupart des brevets chinois sont associés à des technologies de pointe.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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