[Vidéo] Guerre électronique: le retard des forces militaires françaises et occidentales avec du matériel hyper-sophistiqué mais vulnérable

Par Vincent Honorat
24 février 2020
Mis à jour: 25 février 2020

Délaissée depuis la chute de l’URSS par les armées occidentales, la guerre électronique a fait son grand retour sur le devant de la scène durant la guerre dans le Donbass et en Syrie. Avec des moyens simples et peu couteux, les armées syriennes et russes ont réussi à perturber fortement et déjouer les activités de l’armée américaine.

Ces évènements ont mis en lumière les failles des armées occidentales en matières de stratégie militaire : des armes et matériels toujours plus chers, sophistiqués et connectés, mais toujours très vulnérables aux actions de guerre électronique.

Olivier Dujardin, spécialiste de la guerre électronique avec vingt ans d‘expérience dans l’armée française et chercheur associé au Centre français de recherche sur le renseignement, nous explique les enjeux liés à ces questions.

Epoch Times: Olivier Dujardin, qu’est-ce que la guerre électronique ?

Olivier Dujardin : La guerre électronique est un espace de bataille. C’est un environnement, comme il y a un environnement aérien, sous-marin, terrestre. Le principe de la guerre électronique est de pouvoir exploiter au mieux le spectre électromagnétique et en priver l’adversaire d’emploi.

Quelles sont les armes de la guerre électromagnétique ?

O. D. : Tout ce qui utilise les ondes électromagnétiques. Ça va de la radio HF très basse fréquence jusqu’à l’optique, puisque ça reste des ondes électromagnétiques.

Comment l’armée américaine a pris conscience de sa vulnérabilité dans ce domaine ?

O. D. : Au large de la Syrie, les Syriens ont mis en place des brouilleurs GPS sur des chalutiers de manière à priver toute la zone de signal GPS et un certains nombre de missiles Tomahawk ont perdu le signal GPS et sont tombés en mer. Ils (les Russes) ont gêné les transmissions, les télécommandes de drones… les Américains perdaient la liaison avec leurs drones par moment… ils ont aussi gêné les systèmes d’armes solaires déployés en Turquie. Dès que les avions russes décollaient, ils (les russes) faisaient en sorte de gêner les systèmes d’armes ( américains anti aérien basés en Turquie) de manière à ce qu’ils ne puissent pas prendre à partie les avions russes. À partir de ce moment-là, ils se sont rendus compte de la grande vulnérabilité des forces occidentales aux actions de guerre électronique.

Cette prise de conscience a-t-elle changé les rapports de force entre grandes puissances ?

O. D. : D’une certaine manière oui, parce que les actions de guerre électronique ont appuyé sur un point faible qui n’était pas ressenti. C’est appuyer sur une vulnérabilité très forte des forces occidentales qui sont très dépendantes des moyens de communication et de leurs réseaux et d’un seul coup ça disait : en cas de guerre électronique, quelqu’un qui n’a pas de gros moyens, il peut nous bloquer rien qu’avec ça. (…)

Comment a réagi l’armée américaine ?

O. D. : La première réaction des Américains a été de lancer plusieurs programmes pour se ré-équiper en matériel de guerre électronique, surtout offensive… et de repenser la guerre électronique. Ils ne l’ont jamais vraiment abandonnée parce qu’ils ont toujours des avions brouilleurs qu’ils utilisent mais c’est du brouillage un peu brut, de fonderie, ils envoient de la puissance… de manière à travailler sur des brouillages plus élaborés et de se rapprocher des tactiques russes et de ce qu’ils sont capables de faire.

Mais le problème, c’est qu’entre perdre une compétence et regagner une compétence… on la perd beaucoup plus rapidement qu’on ne la regagne… (…) Il n’y aura pas d’effet dans l’immédiat, pas avant cinq à dix ans…

Comment se positionne la France dans ce domaine ?

O. D. : Dans les années 90, c’est un domaine qui a été largement sacrifié. Il n’y a que la partie renseignement qui a survécu mais même là le niveau a largement baissé. On a commencé à remonter en puissance milieu des années 2000, sur la partie renseignement. Sur la partie offensive, c’est quelque chose sur lequel on n’est pas du tout là…

Découvrir la totalité de l’interview en vidéo.

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